Et d’aucuns poussent l’audace jusqu’à dire : « Le Jour de la Résurrection, j’érigerai ma tente au-dessus de la Géhenne afin que nul n’y pénètre. »
D’autres paroles du même acabit sont rapportées de certains cheikhs réputés ; or elles sont soit de pures inventions qu’on leur attribue, soit des erreurs commises par eux.
Un tel propos peut en effet jaillir dans un état de sukr (ivresse spirituelle), de prédominance intérieure ou de fanâ’ (anéantissement) où le discernement de l’homme s’écroule ou s’amenuise, au point qu’il ne sait plus ce qu’il dit. L’ivresse consiste précisément en un plaisir mêlé d’absence de discernement ; c’est pourquoi il arrive que l’un de ces hommes, lorsqu’il reprend ses esprits, implore le pardon pour les paroles qu’il a prononcées.
Quant aux cheikhs qui se sont largement adonnés à l’écoute de poèmes évoquant l’amour, la nostalgie, le blâme, le reproche ou la passion, c’était là le fond même de leur intention ; car ce genre de pièces poétiques réveille, quel qu’il soit, l’amour enfoui dans le cœur.
C’est ainsi qu’Allah a établi une épreuve afin de tester l’amant, lorsqu’Il dit : « Dis : “Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi ; alors Allah vous aimera.” » (Coran 3 : 31). N’est donc véritablement aimant envers Allah que celui qui suit Son Messager ; or, l’obéissance et la conformité au Messager ne se réalisent qu’en accomplissant la ʿubûdiyya (servitude).
Nombreux pourtant sont ceux qui se réclament de l’amour tout en sortant de la Loi et de la sunna du Prophète ﷺ ; ils revendiquent des états qu’il serait trop long d’énumérer ici, allant jusqu’à s’imaginer que les obligations sont tombées pour eux, que l’illicite leur est devenu licite, et autres attitudes contraires à la législation, à la sunna et à l’obéissance dues au Messager.
Bien au contraire, Allah a fait du jihâd dans Son sentier le fondement même de Son amour et de l’amour de Son Messager ; le jihâd implique en effet la plénitude de l’amour pour tout ce qu’Allah ordonne et la plénitude de la haine pour tout ce qu’Il interdit. C’est pourquoi, décrivant ceux qu’Il aime et qui L’aiment, Il dit (Coran 5 : 54) :