C’est pourquoi l’on a vu, chez certains auteurs tardifs, un tel déploiement dans la revendication de l’« amour » qu’ils en sont venus à une forme d’emportement et de prétention incompatible avec la ʿubûdiyya (la servitude), les faisant même pénétrer dans un type de rubûbiyya (seigneurie) qui ne convient qu’à Allah. L’un d’eux ira jusqu’à formuler des prétentions dépassant les limites assignées aux prophètes et aux messagers, ou à solliciter d’Allah ce qui, en tout état de cause, n’est approprié qu’à Allah seul – ce qui ne saurait convenir ni aux prophètes ni aux envoyés.
Voilà un domaine où sont tombés nombre de maîtres spirituels. La cause en est la faiblesse dans la réalisation effective de la servitude, telle que les messagers l’ont expliquée et que les commandements et interdictions qu’ils ont apportés ont clairement établie, mais aussi l’amoindrissement de la raison par laquelle le serviteur connaît sa propre réalité. Lorsque l’intelligence s’affaiblit, que la science religieuse se rétrécit et qu’un amour fougueux, entaché d’ignorance, couve dans l’âme, celle-ci s’élargit dans sa folie ; de même qu’un homme se laisse aller dans l’amour d’un autre homme par sottise et ignorance, il s’écrie : « Je suis un amoureux, on ne saurait donc me tenir rigueur de mes actes », alors même que ceux-ci comportent agressivité et ignorance. Voilà l’égarement à l’état pur.
Cette attitude rappelle la parole des juifs et des chrétiens – Coran, 5 : 18 : « Nous sommes les fils d’Allah et Ses bien-aimés. » Allah, exalté soit-Il, répond : « Dis : Pourquoi donc vous châtie-t-Il pour vos péchés ? Vous n’êtes que des êtres humains parmi ceux qu’Il a créés ; Il pardonne à qui Il veut et châtie qui Il veut. » Le fait même qu’Il les punisse pour leurs péchés prouve qu’ils ne sont ni aimés ni apparentés à Lui par quelque filiation ; il montre au contraire qu’ils sont des créatures dépendantes de Sa seigneurie.
Aussi, quiconque Allah aime, Il l’emploie dans ce qu’Il aime ; et celui qui est réellement Son bien-aimé ne commet pas ce que le Vrai – exalté soit-Il – déteste et réprouve, à savoir la mécréance, la perversité et la désobéissance.