Et ces amoureux des images figurent parmi les êtres les plus durement châtiés et les moins récompensés. En effet, lorsque le cœur de l’amant demeure attaché à l’image, réduit en servitude à son égard, il se trouve exposé à des variétés de maux et de corruptions que seul le Seigneur des serviteurs saurait dénombrer. Même s’il est épargné du forfait suprême – la turpitude majeure –, le fait que son cœur persiste à s’y accrocher, sans pourtant passer à l’acte, lui est plus nuisible que ne l’est pour un autre le fait de commettre un péché puis de s’en repentir, de sorte que toute trace en disparaisse de son cœur.
On compare ces personnes aux ivrognes et aux aliénés, comme il a été dit :
« Deux ivresses : l’une née du désir, l’autre du vin ;
quand donc se réveillera celui qui est pris des deux ? »
Et l’on a aussi chanté :
« — Vous dites : “Tu es devenu fou de celle que tu aimes.”
— L’ʿishq (l’amour passionnel) est une folie plus grande que celle des insensés.
L’ʿishq ne laisse jamais son amant reprendre ses esprits,
alors que le vrai dément n’est terrassé que par accès. »