le met à l’abri du besoin, de même que le dicton le rappelle : « Fais largesse à qui tu veux, tu deviendras son seigneur ; et tourne-toi, dans ta nécessité, vers qui tu veux, tu deviendras son captif. »
Ainsi, l’ardente convoitise qu’un serviteur nourrit pour la faveur de son Seigneur et l’espérance qu’il place en Lui établissent sa servitude envers Lui. À l’inverse, lorsque son cœur se détourne de la demande adressée à Allah et du fait d’espérer en Lui, cela l’éloigne de l’adoration d’Allah, surtout si son espérance se dirige vers la créature et non vers le Créateur. Son cœur s’en remet alors soit à son autorité, à ses soldats, à ses partisans et à ses esclaves ; soit à sa famille et à ses amis ; soit à ses richesses et à ses trésors ; soit encore à ses supérieurs et à ses notables – son protecteur, son roi, son shaykh, son maître, etc. – qu’ils soient déjà morts ou destinés à mourir.
Allah – Exalté soit-Il – dit ⦗58 al-Furqân⦘ : « Place donc ta confiance en le Vivant qui ne meurt jamais ; célèbre Sa louange, et Il suffit qu’Il soit Parfaitement Informé des péchés de Ses serviteurs. »
Quiconque accroche son cœur aux créatures dans l’espoir qu’elles le secourent, le pourvoient ou le guident, verra son cœur s’incliner devant elles et, à proportion de cette attente, il se retrouvera dans une forme de servitude à leur égard, quand bien même il paraîtrait extérieurement être leur prince, diriger leurs affaires et disposer d’elles.
L’homme avisé considère les réalités, non les apparences. Ainsi, lorsque le cœur d’un homme s’attache à une femme – fût-elle licite pour lui –, son cœur demeure captif d’elle ; elle le gouverne et dispose de lui comme elle l’entend, alors qu’en apparence il est son maître, puisqu’il est son mari ou son propriétaire. En vérité, pourtant, il est son prisonnier et son esclave – plus encore lorsqu’elle sait combien il dépend d’elle, l’amour passionné qu’il lui voue et son incapacité à la remplacer. Elle exerce alors sur lui l’emprise d’un maître dominateur et tyrannique sur un esclave vaincu qui ne peut s’évader ; c’est pire encore, car la captivité du cœur est plus grave que celle du corps, et l’asservissement du cœur plus sévère que celui du corps : celui dont le corps est asservi, réduit en esclavage et capturé ne s’en soucie guère pourvu que son cœur