L’être humain, nécessairement, a besoin d’obtenir la subsistance qui lui est indispensable ainsi que de repousser ce qui peut lui nuire. Pour l’un et l’autre de ces deux volets, la Révélation lui enjoint de réserver son invocation à Allah : qu’il ne recherche sa provision qu’auprès d’Allah et qu’il ne se plaigne qu’à Lui, comme l’a dit Ya‘qûb — paix sur lui — dans la sourate Yûsuf [86] : « Je ne me plains qu’à Allah de ma détresse et de mon chagrin. »
Allah — exalté soit-Il — mentionne dans le Coran l’« abandon gracieux », le « pardon gracieux » et la « patience gracieuse ». On a dit : l’abandon gracieux consiste à se détourner sans nuire ; le pardon gracieux, à absoudre sans reproche ; la patience gracieuse, à patienter sans adresser de plainte à une créature. C’est pour cette raison que, durant la maladie d’Aḥmad ibn Ḥanbal, on lui récita ce propos : « Ṭâwûs désapprouvait le gémissement du malade et disait : “C’est une plainte.” » Dès lors, Aḥmad ne laissa plus échapper le moindre gémissement jusqu’à sa mort.
Quant à la plainte adressée au Créateur, elle ne contredit en rien la patience gracieuse ; en effet, Ya‘qûb a dit [83 Yûsuf] : « Une belle patience ! » et il a dit [86 Yûsuf] : « Je ne me plains qu’à Allah de ma détresse et de mon chagrin. »
‘Umar ibn al-Khaṭṭâb — qu’Allah l’agrée — avait coutume de réciter, à la prière de l’aube, les sourates Yûnus, Yûsuf et an-Naḥl ; lorsqu’il parvenait à ce verset au cours de sa récitation, il pleurait au point que l’on entendait ses sanglots depuis les derniers rangs.