Al-ʿUbūdiyyahIbn Taimiya

par le terme harf est, chez eux, également appelé kalima (mot) ; ils ont en outre convenu que le mot harf ne s’emploie, à titre technique, que pour ce qui véhicule un sens sans être ni nom ni verbe, telles les ḥurûf al-jarr (particules régissant un cas) et autres éléments analogues.

S’agissant maintenant des lettres de l’alphabet, il arrive qu’on emploie le mot harf pour désigner la lettre elle-même, telle qu’elle est articulée, et d’autres fois pour mentionner le nom attribué à cette lettre. Comme cette convention s’est imposée, ceux qui y sont habitués s’imaginent qu’il en va ainsi dans la langue arabe d’origine.

Certains, par ailleurs, considèrent que le terme kalima, en arabe, est un vocable polysémique partagé, par exemple, entre le ism (nom) et la jumla (phrase). Or, dans la langue pure, kalima ne renvoie nullement à autre chose qu’à la proposition complète.

Ce qu’il importe de retenir ici, c’est que la prescription relative au dhikr d’Allah — exalté soit-Il — consiste à L’évoquer au moyen d’une proposition achevée : c’est ce qu’on nomme kalâm (parole), dont l’unité élémentaire est la kalima. Voilà ce qui profite aux cœurs, apporte récompense et mérite, et attire les âmes vers Allah, vers la connaissance de Sa grandeur, Son amour, Sa crainte, et vers d’autres aspirations élevées et nobles objectifs.

Quant au fait de se borner à un nom isolé, qu’il soit prononcé ou seulement conçu intérieurement, cela ne repose sur aucun fondement, et encore moins peut-on en faire un dhikr réservé aux initiés ou aux gnostiques.

Bien au contraire, cette pratique ouvre la porte à divers types d’innovations et d’égarements et constitue un trébuchet menant à des représentations et à des états corrompus, semblables à ceux que l’on rencontre chez les tenants de l’ilḥâd (déviation) et de l’ittihâd (fusion panthéiste).

Le sujet a d’ailleurs été développé de façon plus détaillée en un autre endroit.

بالحرف يُسمى كلمة وَأَن لفظ الْحَرْف يخص لما جَاءَ لِمَعْنى لَيْسَ باسم وَلَا فعل كحروف الْجَرّ وَنَحْوهَا. وَأما أَلْفَاظ حُرُوف الهجاء فيعبر تَارَة بالحرف عَن نفس الْحَرْف من اللَّفْظ وَتارَة باسم ذَلِك الْحَرْف وَلما غلب هَذَا الِاصْطِلَاح صَار يتَوَهَّم من اعتاده أَنه هَكَذَا فِي لُغَة الْعَرَب ومنم من يَجْعَل لفظ الْكَلِمَة فِي اللُّغَة لفظا مُشْتَركا بَين الِاسْم مثلا وَبَين الْجُمْلَة وَلَا يعرف فِي صَرِيح اللُّغَة من لفظ (الْكَلِمَة) إِلَّا الْجُمْلَة التَّامَّة. وَالْمَقْصُود هُنَا أَن الْمَشْرُوع فِي ذكر الله سُبْحَانَهُ هُوَ ذكره بجملة تَامَّة وَهُوَ الْمُسَمّى بالْكلَام وَالْوَاحد مِنْهُ بِالْكَلِمَةِ وَهُوَ الَّذِي ينفع الْقُلُوب وَيحصل بِهِ الثَّوَاب وَالْأَجْر ويجذب الْقُلُوب إِلَى الله ومعرفته ومحبته وخشيته وَغير ذَلِك من المطالب الْعَالِيَة والمقاصد السامية. وَأما الِاقْتِصَار على الِاسْم الْمُفْرد مظْهرا أَو مضمرا فَلَا أصل لَهُ فضلا عَن أَن يكون من ذكر الْخَاصَّة والعارفين. بل هُوَ وَسِيلَة إِلَى أَنْوَاع من الْبدع والضلالات وذريعة إِلَى تصورات وأحوال فَاسِدَة من أَحْوَال أهل الْإِلْحَاد وَأهل الِاتِّحَاد. كَمَا قد بسط الْكَلَام عَلَيْهِ فِي غير هَذَا الْموضع.

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