Quant aux littéralistes, ils se sont appuyés sur le hadith d’Abū Qatāda, en disant : il a une portée générale et est postérieur au hadith dans lequel Gabriel dirige la prière ; il l’abroge donc. Même s’il ne l’abrogeait pas, la contradiction entre les traditions leur ôterait leur valeur probante sur ce point. Il faudrait alors maintenir, par présomption de continuité, l’état faisant l’objet du consensus. Or, les savants s’accordent pour dire que l’horaire est dépassé après l’apparition de l’aube, mais divergent sur ce qui la précède. Il nous a en effet été rapporté qu’Ibn ‘Abbās considérait que cet horaire s’étendait jusqu’à l’apparition de l’aube. Il faut donc considérer que l’horaire demeure en vigueur jusqu’au moment où tous s’accordent à le tenir pour expiré. Je crois qu’Abū Hanīfa a également retenu cet avis.
Cinquième question
Les savants s’accordent pour dire que l’horaire de la prière du matin commence à l’apparition de l’aube véritable et se termine au lever du soleil, à l’exception de ce qui est rapporté d’Ibn al-Qāsim et de certains disciples d’al-Shāfi‘ī, selon lesquels il prend fin lorsque le jour s’éclaircit.
Ils divergent toutefois sur le moment préférable pour l’accomplir. Les savants de Kūfa, Abū Hanīfa et ses disciples, al-Thawrī ainsi que la plupart des savants d’Irak estiment préférable de l’accomplir lorsque le jour s’éclaircit. Mālik, al-Shāfi‘ī et ses disciples, Ahmad ibn Hanbal, Abū Thawr et Dāwūd estiment, quant à eux, préférable de l’accomplir dans l’obscurité de l’aube.
Cette divergence tient à leurs différentes manières de concilier les hadiths dont les sens apparents divergent sur ce point. Il est ainsi rapporté du Prophète — sur lui la prière et la paix —, par l’intermédiaire de Rāfi‘ ibn Khadīj, qu’il a dit :
« Accomplissez la prière du matin lorsque le jour s’éclaircit : plus vous l’accomplissez à ce moment, plus grande est la récompense. »
Il est également rapporté que, lorsqu’on lui demanda quelle était la meilleure des œuvres, il répondit :
« La prière au tout début de son horaire. »
Il est en outre établi à son sujet — sur lui la prière et la paix — :
« Il accomplissait la prière du matin, puis les femmes repartaient enveloppées dans leurs manteaux, sans qu’on pût les reconnaître à cause de l’obscurité. »
Le sens apparent de ce hadith indique que telle était sa pratique habituelle.
Celui qui considère que le hadith de Rāfi‘ a une portée particulière, tandis que la parole « La prière au tout début de son horaire » a une portée générale — la règle communément admise étant que le particulier prévaut sur le général —, soustrait donc la prière du matin à cette règle générale. Il comprend alors le hadith de ‘Ā’isha comme indiquant la permission : celui-ci rapporte seulement que le Prophète — sur lui la prière et la paix — a agi ainsi, sans indiquer que telle était sa pratique habituelle. Il conclut donc :
« Il est préférable d’accomplir la prière lorsque le jour s’éclaircit plutôt que dans l’obscurité de l’aube. »
En revanche, celui qui donne la prépondérance au hadith de portée générale, parce que le hadith de ‘Ā’isha le corrobore et que son indication en ce sens est explicite ou apparente, considère que le hadith de Rāfi‘ ibn Khadīj se prête à plusieurs interprétations. Celui-ci peut en effet viser le fait de bien distinguer l’aube et de s’assurer de son apparition. Il n’y aurait alors de contradiction ni avec le hadith de ‘Ā’isha ni avec l’énoncé général rapporté à ce sujet. Il conclut donc que le meilleur moment est le début de l’horaire.
Quant à celui qui considère que cet horaire prend fin lorsque le jour s’éclaircit, il interprète le hadith relatif à cette question comme concernant les personnes en situation de nécessité (je veux dire cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix — : « Celui qui accomplit une unité de la prière du matin avant que ne se lève