Mālik, al-Shāfi‘ī et Abū Hanīfa divergent sur le cas où le juge prend les témoins à témoin de l’écrit sans leur en donner lecture. Mālik déclare : « Cela est permis. » Al-Shāfi‘ī et Abū Hanīfa déclarent : « Cela n’est pas permis et leur témoignage n’est pas valable. »
Ils divergent également sur la question de savoir si, pour un bien trouvé, on peut statuer sur la base de la description de son contenant et de son lien de fermeture, sans témoignage, ou si un témoignage est indispensable. Mālik déclare : « On peut statuer sur cette base. » Al-Shāfi‘ī déclare : « Deux témoins sont indispensables. » Abū Hanīfa partage cet avis. La position de Mālik est plus conforme à la lettre des hadiths, tandis que celle des autres est plus conforme aux principes généraux.
Parmi les questions controversées en ce domaine figure aussi la possibilité, pour le juge, de statuer d’après ses propres connaissances. Les savants s’accordent en effet à reconnaître qu’il peut s’appuyer sur celles-ci pour apprécier l’intégrité des témoins ou les motifs de leur récusation, et qu’il ne statue pas sur la foi de témoignages contraires à ce qu’il sait. Ils admettent également qu’il se fonde sur sa propre connaissance de l’aveu ou de la dénégation d’une partie, à l’exception de Mālik, qui estime que le juge doit faire assister deux témoins à cet aveu ou à cette dénégation.
Ils s’accordent de même à reconnaître qu’il peut s’appuyer sur ses connaissances pour faire prévaloir l’argument de l’une des parties sur celui de l’autre, lorsque cette prépondérance ne fait pas l’objet d’une divergence. Ils divergent toutefois lorsque la question est controversée. Certains déclarent : « Son jugement n’est pas annulé tant qu’il ne contrevient pas au consensus. » D’autres estiment qu’il doit être annulé s’il repose sur un avis marginal. D’autres encore déclarent : « Il est annulé lorsqu’il repose sur un raisonnement analogique auquel s’oppose un texte du Livre ou de la Sunna. » Cette dernière position est la plus juste, à moins que l’analogie ne soit étayée par les principes généraux, que le texte du Livre ne se prête à plusieurs interprétations et que la tradition invoquée ne soit pas transmise par un très grand nombre de rapporteurs à chaque maillon de sa transmission.
C’est ainsi qu’il convient de comprendre la démarche des juristes qui, dans certains cas, ont fait prévaloir l’analogie sur une tradition rapportée. Cette démarche est attribuée à Abū Hanīfa sans contestation, tandis que son attribution à Mālik fait l’objet d’une divergence.
Ils divergent sur la possibilité, pour le juge, de statuer contre quelqu’un d’après ses propres connaissances, sans preuve ni aveu : peut-il le faire, ou ne peut-il statuer que sur la base de preuves ou d’un aveu ? Mālik et la plupart de ses disciples déclarent : « Il ne statue que sur la base de preuves ou d’un aveu. » Ahmad et Shurayh partagent cet avis. Al-Shāfi‘ī, le juriste de Koufa, Abū Thawr et un groupe de savants déclarent : « Le juge peut statuer d’après ses propres connaissances. » Chacun des deux groupes a des prédécesseurs parmi les Compagnons et les Successeurs, et chacun fonde sa position sur les textes transmis et sur le raisonnement.
Parmi les principaux arguments du groupe qui l’interdit figure le hadith rapporté par Ma‘mar, d’après al-Zuhrī, d’après ‘Urwa, d’après ‘Ā’isha :
« Le Prophète — sur lui la prière et la paix — envoya Abū Jahm percevoir l’aumône obligatoire. Un homme le prit à partie au sujet d’une contribution due, et leur différend entraîna des blessures à la tête. Ils vinrent en informer le Prophète — sur lui la prière et la paix —, qui leur versa une indemnité pour ces blessures. Puis il dit — sur lui la prière et la paix : “Je vais m’adresser aux gens et leur annoncer que vous êtes satisfaits. L’êtes-vous ?” Ils répondirent : “Oui.” Le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — monta alors en chaire, s’adressa aux gens, relata l’affaire et demanda : “Êtes-vous satisfaits ?” Ils répondirent : “Non.” Les Émigrés s’apprêtèrent alors à s’en prendre à eux. Le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — descendit et leur donna davantage, puis remonta en chaire et s’adressa aux gens. Il demanda ensuite : “Êtes-vous satisfaits ?” Ils répondirent : “Oui.” »
Cela montre clairement qu’il n’a pas statué