Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

le fait de l’écarter ; dans d’autres cas encore, ils divergent : les uns le prennent en compte, les autres l’écartent.

Ils s’accordent ainsi à rejeter le témoignage du père en faveur de son fils et celui du fils en faveur de son père, de même que celui de la mère en faveur de son fils et celui du fils en faveur de sa mère. Parmi les cas où ils divergent sur l’incidence du soupçon figure le témoignage d’un époux en faveur de l’autre. Mālik et Abū Hanīfa le rejettent, tandis qu’al-Shāfi‘ī, Abū Thawr et al-Hasan l’admettent. Ibn Abī Laylā affirme : « Le témoignage du mari en faveur de son épouse est recevable, mais celui de l’épouse en faveur de son mari ne l’est pas. » Al-Nakha‘ī partage cet avis.

Parmi les cas où ils s’accordent à écarter le soupçon figure le témoignage d’un frère en faveur de son frère, à condition qu’il ne cherche pas ainsi à se préserver lui-même d’un déshonneur, selon Mālik, et qu’il ne soit pas entièrement dépendant de son frère, dont il reçoit les bienfaits et les dons. Al-Awzā‘ī fait exception : il juge ce témoignage irrecevable. Relève également de cette question leur divergence sur la recevabilité du témoignage d’un ennemi contre son ennemi : Mālik et al-Shāfi‘ī le rejettent, tandis qu’Abū Hanīfa l’admet.

Pour rejeter le témoignage en raison d’un soupçon, la majorité s’appuie principalement sur cette parole rapportée du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Le témoignage d’une partie au litige ou d’une personne suspecte n’est pas recevable. »

Elle invoque également cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix — rapportée par Abū Dāwūd :

« Le témoignage d’un bédouin contre un citadin n’est pas recevable. »

Cela tient au fait que le bédouin est rarement témoin de ce qui se passe en ville. Tel est donc leur principal fondement tiré des textes transmis.

Quant à leur argument de fond, il tient au soupçon lui-même. La majorité s’accorde à reconnaître son incidence sur les règles de la Loi, comme lorsqu’elle convient que le meurtrier n’hérite pas de sa victime et que la femme répudiée irrévocablement durant la maladie de son mari conserve son droit à l’héritage, bien que ce dernier point fasse l’objet d’une divergence.

Quant au second groupe, composé de Shurayh, d’Abū Thawr et de Dāwūd, il admet le témoignage du père en faveur de son fils, à plus forte raison celui des autres personnes, dès lors que le père est intègre. Ces savants s’appuient principalement sur cette parole du Très-Haut :

« Ô vous qui croyez ! Observez strictement l’équité et témoignez pour Allah, fût-ce contre vous-mêmes, vos père et mère ou vos proches. »

[Les Femmes : 135]

Or, ordonner une chose implique que son accomplissement soit tenu pour valable, à l’exception de ce que le consensus en exclut, à savoir le témoignage d’une personne en sa propre faveur.

Sur le plan du raisonnement, ils peuvent soutenir que le rejet du témoignage repose, de manière générale, sur le soupçon de mensonge. Or, la Loi n’a retenu ce soupçon qu’à l’encontre du transgresseur et a interdit de le retenir contre une personne intègre. La probité ne saurait donc se concilier avec ce soupçon.

Quant au nombre et au sexe des témoins, les musulmans s’accordent à considérer que la fornication ne peut être établie par le témoignage de moins de quatre hommes intègres. Ils s’accordent également à considérer que tous les droits, hormis ce qui relève de la fornication, peuvent être établis par le témoignage de deux hommes intègres. Al-Hasan al-Basrī fait exception : il exige au moins quatre témoins, par analogie avec la lapidation. Cet avis est faible, en raison de Sa parole :

إِسْقَاطِهَا، وَفِي مَوَاضِعَ اخْتَلَفُوا فِيهَا فَأَعْمَلَهَا بَعْضُهُمْ وَأَسْقَطَهَا بَعْضُهُمْ. فَمِمَّا اتَّفَقُوا عَلَيْهِ رَدُّ شَهَادَةِ الْأَبِ لِابْنِهِ وَالِابْنِ لِأَبِيهِ، وَكَذَلِكَ الْأُمُّ لِابْنِهَا، وَابْنُهَا لَهَا. وَمِمَّا اخْتَلَفُوا فِي تَأْثِيرِ التُّهْمَةِ فِي شَهَادَتِهِمْ شَهَادَةُ الزَّوْجَيْنِ أَحَدِهِمَا لِلْآخَرِ، فَإِنَّ مَالِكًا رَدَّهَا وَأَبَا حَنِيفَةَ، وَأَجَازَهَا الشَّافِعِيُّ وَأَبُو ثَوْرٍ، وَالْحَسَنُ. وَقَالَ ابْنُ أَبِي لَيْلَى: تُقْبَلُ شَهَادَةُ الزَّوْجِ لِزَوْجِهِ، وَلَا تُقْبَلُ شَهَادَتُهَا لَهُ، وَبِهِ قَالَ النَّخَعِيُّ. وَمِمَّا اتَّفَقُوا عَلَى إِسْقَاطِ التُّهْمَةِ فِيهِ شَهَادَةُ الْأَخِ لِأَخِيهِ مَا لَمْ يَدْفَعْ بِذَلِكَ عَنْ نَفْسِهِ عَارًا عَلَى مَا قَالَ مَالِكٌ، وَمَا لَمْ يَكُنْ مُنْقَطِعًا إِلَى أَخِيهِ يَنَالُهُ بِرُّهُ وَصِلَتُهُ، مَا عَدَا الْأَوْزَاعِيَّ فَإِنَّهُ قَالَ: لَا تَجُوزُ. وَمِنْ هَذَا الْبَابِ اخْتِلَافُهُمْ فِي قَبُولِ شَهَادَةِ الْعَدُوِّ عَلَى عَدُوِّهِ، فَقَالَ مَالِكٌ وَالشَّافِعِيُّ: لَا تُقْبَلُ، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: تُقْبَلُ. فَعُمْدَةُ الْجُمْهُورِ فِي رَدِّ الشَّهَادَةِ بِالتُّهْمَةِ مَا رُوِيَ عَنْهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - أَنَّهُ قَالَ: «لَا تُقْبَلُ شَهَادَةُ خَصْمٍ وَلَا ظَنِينٍ» ، وَمَا خَرَّجَهُ أَبُو دَاوُدَ مِنْ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا تُقْبَلُ شَهَادَةُ بَدَوِيٍّ عَلَى حَضَرِيٍّ» ؛ لِقِلَّةِ شُهُودِ الْبَدَوِيِّ مَا يَقَعُ فِي الْمِصْرِ. فَهَذِهِ هِيَ عُمْدَتُهُمْ مِنْ طَرِيقِ السَّمَاعِ. وَأَمَّا مِنْ طَرِيقِ الْمَعْنَى فَلِمَوْضِعِ التُّهْمَةِ، وَقَدْ أَجْمَعَ الْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّ تَأْثِيرَهَا فِي الْأَحْكَامِ الشَّرْعِيَّةِ مِثْلُ اجْتِمَاعِهِمْ عَلَى أَنَّهُ لَا يَرِثُ الْقَاتِلُ الْمَقْتُولَ، وَعَلَى تَوْرِيثِ الْمَبْتُوتَةِ فِي الْمَرَضِ وَإِنْ كَانَ فِيهِ خِلَافٌ. وَأَمَّا الطَّائِفَةُ الثَّانِيَةُ، وَهُمْ شُرَيْحٌ وَأَبُو ثَوْرٍ، وَدَاوُدُ - فَإِنَّهُمْ قَالُوا تُقْبَلُ شَهَادَةُ الْأَبِ لِابْنِهِ فَضْلًا عَمَّنْ سِوَاهُ إِذَا كَانَ الْأَبُ عَدْلًا. وَعُمْدَتُهُمْ قَوْله تَعَالَى: {يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَى أَنْفُسِكُمْ أَوِ الْوَالِدَيْنِ وَالأَقْرَبِينَ} [النساء: ١٣٥] ، وَالْأَمْرُ بِالشَّيْءِ يَقْتَضِي إِجْزَاءَ الْمَأْمُورِ بِهِ إِلَّا مَا خَصَّصَهُ الْإِجْمَاعُ مِنْ شَهَادَةِ الْمَرْءِ لِنَفْسِهِ. وَأَمَّا مِنْ طَرِيقِ النَّظَرِ فَإِنَّهُ لَهُمْ أَنْ يَقُولُوا رَدُّ الشَّهَادَةِ بِالْجُمْلَةِ إِنَّمَا هُوَ لِمَوْضِعِ اتِّهَامِ الْكَذِبِ، وَهَذِهِ التُّهْمَةُ إِنَّمَا اعْتَمَلَهَا الشَّرْعُ فِي الْفَاسِقِ وَمَنَعَ إِعْمَالَهَا فِي الْعَادِلِ، فَلَا تَجْتَمِعُ الْعَدَالَةُ مَعَ التُّهْمَةِ. وَأَمَّا النَّظَرُ فِي الْعَدَدِ وَالْجِنْسِ فَإِنَّ الْمُسْلِمِينَ اتَّفَقُوا عَلَى أَنَّهُ لَا يَثْبُتُ الزِّنَى بِأَقَلَّ مِنْ أَرْبَعَةٍ عُدُولٍ ذُكُورٍ، وَاتَّفَقُوا عَلَى أَنَّهُ تَثْبُتُ جَمِيعُ الْحُقُوقِ مَا عَدَا الزِّنَى بِشَاهِدَيْنِ عَدْلَيْنِ ذَكَرَيْنِ مَا خَلَا الْحَسَنَ الْبَصْرِيَّ، فَإِنَّهُ قَالَ: لَا تُقْبَلُ بِأَقَلَّ مِنْ أَرْبَعَةِ شُهَدَاءَ تَشْبِيهًا بِالرَّجْمِ. وَهَذَا ضَعِيفٌ؛ لِقَوْلِهِ

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