Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

du juge reconnues par l’école, certaines conditionnent la validité de sa nomination : celui qui en est dépourvu doit, s’il est nommé, être destitué, et tous ses jugements sont annulés. D’autres conditionnent son maintien en fonction, mais non la validité de sa nomination : celui qui en est dépourvu doit être destitué, mais ses jugements demeurent exécutoires, sauf s’ils sont injustes. Selon les juristes de l’école, les trois qualités précitées relèvent de cette seconde catégorie.

Selon Mālik, l’exercice de la justice doit être confié à un seul juge. Al-Shāfi‘ī permet que deux juges exercent dans une même ville, à condition que le domaine de compétence de chacun soit délimité. Si l’on exige leur accord pour chaque jugement, cela n’est pas permis. Si l’on prévoit que chacun statue indépendamment, deux avis existent : l’un l’autorise, l’autre l’interdit. Il dit également que, lorsque les deux parties ne s’accordent pas sur le choix de l’un des juges, elles doivent, selon lui, procéder à un tirage au sort.

Quant aux qualités qui rendent un juge préférable à un autre, elles sont nombreuses, et les savants les ont exposées dans leurs ouvrages. Ils divergent sur la possibilité, pour une personne ne sachant ni lire ni écrire, d’être juge. L’avis le mieux fondé l’autorise, puisque le Prophète — sur lui la prière et le salut — ne savait lui-même ni lire ni écrire. Certains l’interdisent. Les deux avis sont rapportés d’al-Shāfi‘ī, car il est possible que cela ait constitué une exception propre au Prophète, compte tenu de cette incapacité. La validité des jugements rendus par l’imam suprême ne fait l’objet d’aucune divergence. La nomination du juge par celui-ci est une condition de validité de ses jugements ; je ne connais aucune divergence à ce sujet.

Dans ce même domaine, ils divergent sur la force exécutoire du jugement rendu par une personne que les deux parties ont agréée, sans qu’elle soit officiellement investie de la fonction judiciaire. Mālik le considère comme valide. Selon l’un de ses deux avis, al-Shāfi‘ī ne le considère pas comme valide. Abū Hanīfa l’admet si ce jugement est conforme à celui du juge de la ville.

[Chapitre deuxième : Des moyens sur lesquels repose le jugement]

Quant aux affaires sur lesquelles porte le jugement, ils s’accordent à reconnaître que le juge statue sur tous les droits, qu’il s’agisse des droits d’Allah ou de ceux des êtres humains, et qu’il représente en cela l’imam suprême. Il conclut les mariages et désigne les tuteurs. Peut-il nommer les imams des mosquées où se tient la prière du vendredi ? La question fait l’objet d’une divergence. De même, peut-il désigner un remplaçant en cas de maladie ou de voyage ? Les avis divergent, à moins qu’il n’y soit expressément autorisé. Il ne supervise ni les percepteurs ni les autres agents investis d’une autorité. Il statue sur la mise sous interdiction des personnes qui gèrent leurs biens de façon déraisonnable, selon ceux qui admettent une telle mesure à leur égard.

Parmi les questions qui découlent de ce chapitre figure la suivante : le jugement du juge rend-il licite, pour son bénéficiaire, ce qui lui a été accordé, alors même que cela ne serait pas licite en soi ? Ils s’accordent en effet à reconnaître que le jugement fondé sur les apparences, avec les limites qui l’affectent, ne rend ni licite ce qui est illicite, ni illicite ce qui est licite. Cet accord concerne spécifiquement les biens, en vertu de cette parole du Prophète — sur lui la prière et le salut :

« Je ne suis qu’un être humain, et vous portez vos différends devant moi. Il se peut que l’un de vous expose ses arguments avec plus d’éloquence que l’autre, et que je statue en sa faveur d’après ce que j’entends de lui. Celui à qui j’accorde ainsi une part du droit de son frère ne doit rien en prendre : je ne fais que lui attribuer une part du Feu. »

الْقَاضِي فِي الْمَذْهَبِ مَا هِيَ شَرْطٌ فِي الْجَوَازِ، فَهَذَا إِذَا وُلِّيَ عُزِلَ وَفُسِخَ جَمِيعُ مَا حَكَمَ بِهِ. وَمِنْهَا مَا هِيَ شَرْطٌ فِي الِاسْتِمْرَارِ وَلَيْسَتْ شَرْطًا فِي الْجَوَازِ، فَهَذَا إِذَا وَلِيَ الْقَضَاءَ عُزِلَ وَنَفَذَ مَا حَكَمَ بِهِ إِلَّا أَنْ يَكُونَ جَوْرًا. وَمِنْ هَذَا الْجِنْسِ عِنْدَهُمْ هَذِهِ الثَّلَاثُ صِفَاتٍ. وَمِنْ شَرْطِ الْقَضَاءِ عِنْدَ مَالِكٍ أَنْ يَكُونَ وَاحِدًا. وَالشَّافِعِيُّ يُجِيزُ أَنْ يَكُونَ فِي الْمِصْرِ قَاضِيَانِ اثْنَانِ إِذَا رُسِمَ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا مَا يَحْكُمُ فِيهِ، وَإِنْ شُرِطَ اتِّفَاقُهُمَا فِي كُلِّ حُكْمٍ لَمْ يَجُزْ، وَإِنْ شُرِطَ الِاسْتِقْلَالُ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا فَوَجْهَانِ: الْجَوَازُ وَالْمَنْعُ. قَالَ: وَإِذَا تَنَازَعَ الْخَصْمَانِ فِي اخْتِيَارِ أَحَدِهِمَا وَجَبَ أَنْ يَقْتَرِعَا عِنْدَهُ. وَأَمَّا فَضَائِلُ الْقَضَاءِ فَكَثِيرَةٌ، وَقَدْ ذَكَرَهَا النَّاسُ فِي كُتُبِهِمْ. وَقَدِ اخْتَلَفُوا فِي الْأُمِّيِّ هَلْ يَجُوزُ أَنْ يَكُونَ قَاضِيًا؟ وَالْأَبْيَنُ جَوَازُهُ؛ لِكَوْنِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - أُمِّيًّا، وَقَالَ قَوْمٌ: لَا يَجُوزُ. وَعَنِ الشَّافِعِيِّ الْقَوْلَانِ جَمِيعًا؛ لِأَنَّهُ يُحْتَمَلُ أَنْ يَكُونَ ذَلِكَ خَاصًّا بِهِ لِمَوْضِعِ الْعَجْزِ، وَلَا خِلَافَ فِي جَوَازِ حُكْمِ الْإِمَامِ الْأَعْظَمِ، وَتَوْلِيَتُهُ لِلْقَاضِي شَرْطٌ فِي صِحَّةِ قَضَائِهِ، لَا خِلَافَ أَعْرِفُ فِيهِ. وَاخْتَلَفُوا مِنْ هَذَا الْبَابِ فِي نُفُوذِ حُكْمِ مَنْ رَضِيَهُ الْمُتَدَاعِيَانِ مِمَّنْ لَيْسَ بِوَالٍ عَلَى الْأَحْكَامِ، فَقَالَ مَالِكٌ: يَجُوزُ، وَقَالَ الشَّافِعِيُّ فِي أَحَدِ قَوْلَيْهِ: لَا يَجُوزُ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: يَجُوزُ إِذَا وَافَقَ حُكْمُهُ حُكْمَ قَاضِي الْبَلَدِ. [الْبَابُ الثَّانِي فِي مَعْرِفَةِ مَا يَقْضِي بِهِ] ِ وَأَمَّا فِيمَا يُحْكَمُ فَاتَّفَقُوا أَنَّ الْقَاضِيَ يَحْكُمُ فِي كُلِّ شَيْءٍ مِنَ الْحُقُوقِ كَانَ حَقًّا لِلَّهِ أَوْ حَقًّا لِلْآدَمِيِّينَ، وَأَنَّهُ نَائِبٌ عَنِ الْإِمَامِ الْأَعْظَمِ فِي هَذَا الْمَعْنَى، وَأَنَّهُ يَعْقِدُ الْأَنْكِحَةَ وَيُقَدِّمُ الْأَوْصِيَاءَ. وَهَلْ يُقَدِّمُ الْأَئِمَّةَ فِي الْمَسَاجِدِ الْجَامِعَةِ؟ فِيهِ خِلَافٌ، وَكَذَلِكَ هَلْ يَسْتَخْلِفُ؟ فِيهِ خِلَافٌ فِي الْمَرَضِ وَالسَّفَرِ إِلَّا أَنْ يُؤْذَنَ لَهُ. وَلَيْسَ يَنْظُرُ فِي الْحَيَاةِ، وَلَا فِي غَيْرِ ذَلِكَ مِنَ الْوُلَاةِ، وَيَنْظُرُ فِي التَّحْجِيرِ عَلَى السُّفَهَاءِ عِنْدَ مَنْ يَرَى التَّحْجِيرَ عَلَيْهِمْ. وَمِنْ فُرُوعِ هَذَا الْبَابِ هَلْ مَا يَحْكُمُ فِيهِ الْحَاكِمُ يُحِلُّهُ لِلْمَحْكُومِ لَهُ بِهِ، وَإِنْ لَمْ يَكُنْ فِي نَفْسِهِ حَلَالًا؟ وَذَلِكَ أَنَّهُمْ أَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ حُكْمَ الْحَاكِمِ الظَّاهِرِ الَّذِي يَعْتَرِيهِ لَا يُحِلُّ حَرَامًا وَلَا يُحَرِّمُ حَلَالًا. وَذَلِكَ فِي الْأَمْوَالِ خَاصَّةً؛ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «إِنَّمَا أَنَا بَشَرٌ، وَإِنَّكُمْ تَخْتَصِمُونَ إِلَيَّ، فَلَعَلَّ بَعْضَكُمْ أَنْ يَكُونَ أَلْحَنَ بِحُجَّتِهِ مِنْ بَعْضٍ فَأَقْضِي لَهُ عَلَى نَحْوِ مَا أَسْمَعُ مِنْهُ، فَمَنْ قَضَيْتُ لَهُ بِشَيْءٍ مِنْ حَقِّ أَخِيهِ فَلَا يَأْخُذْ مِنْهُ شَيْئًا، فَإِنَّمَا أَقْطَعُ لَهُ قِطْعَةً مِنَ النَّارِ» .

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