Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à l’établissement de la fornication par témoignage, les savants s’accordent à reconnaître ce mode de preuve et à exiger quatre témoins, contrairement aux autres droits, en vertu de la parole du Très-Haut :

« Puis ne produisent pas quatre témoins. »
[La Lumière : 4]

Ils s’accordent également à exiger que ces témoins soient intègres, qu’ils aient vu directement le sexe de l’homme dans celui de la femme et qu’ils en témoignent en termes explicites, sans allusions. La majorité exige en outre que leurs témoignages ne divergent ni sur le moment ni sur le lieu. Fait exception l’avis attribué à Abū Hanīfa dans la célèbre « question des coins » : chacun des quatre témoins déclare avoir vu l’homme avoir un rapport avec la femme dans un coin de la pièce différent de celui indiqué par les autres.

Cette divergence tient à la question suivante : peut-on réunir des témoignages qui divergent sur le lieu, ou faut-il les écarter comme ceux qui divergent sur le moment ? Les savants sont en effet unanimes à ne pas réunir ces derniers. Or le lieu est, à cet égard, tout à fait comparable au moment. Il ressort manifestement de la Loi qu’elle entend entourer l’établissement de cette peine légale de davantage de garanties que celui des autres peines légales.

Quant à l’application de la peine légale lorsqu’une grossesse devient apparente et que la femme affirme avoir été contrainte, un groupe de savants la tient pour obligatoire, conformément au récit de ‘Umar rapporté par Mālik dans le Muwatta’. Mālik partage cet avis, à moins que la femme ne présente un indice de la contrainte subie : par exemple, si elle était vierge et se présente en sang, ou si elle expose elle-même publiquement son cas à la suite de cette contrainte. Il en va de même, selon lui, lorsqu’elle affirme être mariée : elle doit en apporter la preuve. Une exception concerne toutefois la femme nouvellement arrivée dans le pays. Ibn al-Qāsim dit en effet : « Si elle affirme être mariée et qu’elle est nouvellement arrivée, sa parole est acceptée. »

Abū Hanīfa et al-Shāfi‘ī disent : « La peine légale ne lui est pas appliquée du fait de sa grossesse si elle affirme avoir été contrainte ou être mariée, même si elle ne présente aucun indice de la contrainte ni aucune preuve de son mariage. » Elle est en effet assimilable à une personne qui avoue, puis affirme avoir été contrainte.

Ils invoquent notamment le récit de Shurāha, selon lequel ‘Alī — qu’Allah l’agrée — lui demanda :

« As-tu été contrainte ?
— Non, répondit-elle.
— Peut-être, alors, un homme a-t-il eu un rapport avec toi pendant ton sommeil ? »

Ils ajoutent : « Des transmetteurs fiables ont rapporté que ‘Umar accepta la parole d’une femme qui affirmait avoir le sommeil profond et qu’un homme était venu la trouver de nuit, puis était reparti, sans qu’elle sût ensuite qui il était. »

Il n’existe, parmi les musulmans, aucune divergence sur le fait que la femme contrainte n’encourt pas la peine légale. Leur divergence porte uniquement sur l’obligation de lui verser une dot. Elle tient à cette question : la dot constitue-t-elle une contrepartie du rapport sexuel ou un don ? Ceux qui y voient une contrepartie du rapport sexuel l’imposent, que ce rapport soit licite ou illicite. Ceux qui y voient un don qu’Allah a réservé au mariage ne l’imposent pas.

Cet exposé des principes suffit pour le présent livre. C’est Allah qui permet de parvenir à ce qui est juste.

وَأَمَّا ثُبُوتُ الزِّنَى بِالشُّهُودِ فَإِنَّ الْعُلَمَاءَ اتَّفَقُوا عَلَى أَنَّهُ يَثْبُتُ الزِّنَى بِالشُّهُودِ، وَأَنَّ الْعَدَدَ الْمُشْتَرَطَ فِي الشُّهُودِ أَرْبَعَةٌ بِخِلَافِ سَائِرِ الْحُقُوقِ؛ لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {ثُمَّ لَمْ يَأْتُوا بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاءَ} [النور: ٤] ، وَأَنَّ مِنْ صِفَتِهِمْ أَنْ يَكُونُوا عُدُولًا. وَأَنَّ مِنْ شَرْطِ هَذِهِ الشَّهَادَةِ أَنْ تَكُونَ بِمُعَايَنَةِ فَرْجِهِ فِي فَرْجِهَا، وَأَنَّهَا تَكُونُ بِالتَّصْرِيحِ لَا بِالْكِنَايَةِ. وَجُمْهُورُهُمْ عَلَى أَنَّ مِنْ شَرْطِ هَذِهِ الشَّهَادَةِ أَنْ لَا يُخْتَلََفَ لَا فِي زَمَانٍ وَلَا فِي مَكَانٍ، إِلَّا مَا حُكِيَ عَنْ أَبِي حَنِيفَةَ مِنْ مَسْأَلَةِ الزَّوَايَا الْمَشْهُورَةِ، وَهُوَ أَنْ يَشْهَدَ كُلُّ وَاحِدٍ مِنَ الْأَرْبَعَةِ أَنَّهُ رَآهَا فِي رُكْنٍ مِنَ الْبَيْتِ يَطَؤُهَا غَيْرِ الرُّكْنِ الَّذِي رَآهُ فِيهِ الْآخَرُ. وَسَبَبُ الْخِلَافِ هَلْ تُلَفَّقُ الشَّهَادَةُ الْمُخْتَلِفَةُ بِالْمَكَانِ؟ أَمْ لَا تُلَفَّقُ بِالْمَكَانِ كَالشَّهَادَةِ الْمُخْتَلِفَةِ بِالزَّمَانِ؟ فَإِنَّهُمْ أَجْمَعُوا عَلَى أَنَّهَا لَا تُلَفَّقُ، وَالْمَكَانُ أَشْبَهُ بِالزَّمَانِ. وَالظَّاهِرُ مِنَ الشَّرْعِ قَصْدُهُ إِلَى التَّوَثُّقِ فِي ثُبُوتِ هَذَا الْحَدِّ أَكْثَرَ مِنْهُ فِي سَائِرِ الْحُدُودِ. وَأَمَّا اخْتِلَافُهُمْ فِي إِقَامَةِ الْحُدُودِ بِظُهُورِ الْحَمْلِ مَعَ دَعْوَى الِاسْتِكْرَاهِ فَإِنَّ طَائِفَةً أَوْجَبَتْ فِيهِ الْحَدَّ عَلَى مَا ذَكَرَ مَالِكٌ فِي الْمُوَطَّأِ مِنْ حَدِيثِ عُمَرَ، وَبِهِ قَالَ مَالِكٌ، إِلَّا أَنْ تَكُونَ جَاءَتْ بِأَمَارَةٍ عَلَى اسْتِكْرَاهِهَا، مِثْلَ أَنْ تَكُونَ بِكْرًا فَتَأْتِيَ وَهِيَ تَدْمَى، أَوْ تَفْضَحَ نَفْسَهَا بِأَثَرِ الِاسْتِكْرَاهِ. وَكَذَلِكَ عِنْدَهُ الْأَمْرُ إِذَا ادَّعَتِ الزَّوْجِيَّةَ، إِلَّا أَنْ تُقِيمَ الْبَيِّنَةَ عَلَى ذَلِكَ، مَا عَدَا الطَّارِئَةَ فَإِنَّ ابْنَ الْقَاسِمِ قَالَ: إِذَا ادَّعَتِ الزَّوْجِيَّةَ، وَكَانَتْ طَارِئَةً - قُبِلَ قَوْلُهَا. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَالشَّافِعِيُّ: لَا يُقَامُ عَلَيْهَا الْحَدُّ بِظُهُورِ الْحَمْلِ مَعَ دَعْوَى الِاسْتِكْرَاهِ، وَكَذَلِكَ مَعَ دَعْوَى الزَّوْجِيَّةِ. وَإِنْ لَمْ تَأْتِ فِي دَعْوَى الِاسْتِكْرَاهِ بِأَمَارَةٍ، وَلَا فِي دَعْوَى الزَّوْجِيَّةِ بِبَيِّنَةٍ؛ لِأَنَّهَا بِمَنْزِلَةِ مَنْ أَقَرَّ، ثُمَّ ادَّعَى الِاسْتِكْرَاهَ. وَمِنَ الْحُجَّةِ لَهُمْ مَا جَاءَ فِي حَدِيثِ شُرَاحَةَ أَنَّ عَلِيًّا - رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ - قَالَ لَهَا: " اسْتُكْرِهْتِ؟ قَالَتْ: لَا. قَالَ: فَلَعَلَّ رَجُلًا أَتَاكِ فِي نَوْمِكِ " . قَالُوا: وَرَوَى الْأَثْبَاتُ عَنْ عُمَرَ أَنَّهُ قَبِلَ قَوْلَ امْرَأَةٍ ادَّعَتْ أَنَّهَا ثَقِيلَةُ النَّوْمِ، وَأَنَّ رَجُلًا طَرَقَهَا، فَمَضَى عَنْهَا، وَلَمْ تَدْرِ مَنْ هُوَ بَعْدُ. وَلَا خِلَافَ بَيْنَ أَهْلِ الْإِسْلَامِ أَنَّ الْمُسْتَكْرَهَةَ لَا حَدَّ عَلَيْهَا، وَإِنَّمَا اخْتَلَفُوا فِي وُجُوبِ الصَّدَاقِ لَهَا. وَسَبَبُ الْخِلَافِ هَلِ الصَّدَاقُ عِوَضٌ عَنِ الْبُضْعِ؟ أَوْ هُوَ نِحْلَةٌ؟ فَمَنْ قَالَ: عِوَضٌ عَنِ الْبُضْعِ - أَوْجَبَهُ فِي الْبُضْعِ فِي الْحِلِّيَّةِ وَالْحُرْمِيَّةِ. وَمَنْ قَالَ: إِنَّهُ نِحْلَةٌ خَصَّ اللَّهُ بِهِ الْأَزْوَاجَ - لَمْ يُوجِبْهُ. وَهَذَا الْأَصْلُ كَافٍ فِي هَذَا الْكِتَابِ، وَاللَّهُ الْمُوَفِّقِ لِلصَّوَابِ.

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