Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Ils divergent toutefois sur les conditions requises pour ce statut. Selon Mālik, ce sont la puberté, l’islam, la liberté et le fait d’avoir eu des rapports dans le cadre d’un mariage valide, dans des circonstances où ces rapports sont permis. Les rapports interdits sont ici, selon lui, ceux qui ont lieu pendant les menstrues ou le jeûne. Si une personne commet la fornication après avoir eu des rapports répondant à cette description, tout en réunissant ces conditions, sa peine légale est, selon lui, la lapidation.

Abū Hanīfa rejoint Mālik sur ces conditions, sauf concernant les rapports interdits. Il exige en outre que les deux partenaires soient libres, c’est-à-dire que l’homme et la femme ayant commis la fornication soient tous deux de condition libre.

Al-Shāfi‘ī ne fait pas de l’islam une condition. Il s’appuie principalement sur ce que Mālik rapporte de Nāfi‘, d’après Ibn ‘Umar — dans un hadith rapporté par al-Bukhārī et Muslim :

« Le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — fit lapider la juive et le juif qui avaient commis la fornication. »

Les juifs lui avaient en effet soumis leur affaire. Il s’appuie également sur cette parole du Très-Haut :

« Et si tu juges, alors juge entre eux avec équité. » [al-Mā’ida : 42]

Quant à Mālik, son principal argument rationnel est que l’ihsān constitue, selon lui, un mérite, et qu’il n’y a pas de mérite sans l’islam. Ce raisonnement repose sur le fait que les rapports dans le cadre d’un mariage valide sont recommandés. Tel est donc le statut de la personne ayant déjà consommé un mariage.

Quant aux personnes n’ayant jamais consommé de mariage, les musulmans s’accordent unanimement à dire que leur peine légale pour fornication est de cent coups de fouet, en vertu de cette parole du Très-Haut :

« La fornicatrice et le fornicateur, infligez à chacun d’eux cent coups de fouet. » [al-Nūr : 2]

Ils divergent sur le bannissement en plus de la flagellation. Abū Hanīfa et ses disciples estiment qu’aucun bannissement ne doit être infligé. Selon al-Shāfi‘ī, le bannissement doit nécessairement s’ajouter à la flagellation pour toute personne ayant commis la fornication, homme ou femme, libre ou esclave. Mālik estime que l’homme doit être banni, mais non la femme. Al-Awzā‘ī partage cet avis. Selon Mālik, les esclaves ne sont pas non plus passibles de bannissement.

Ceux qui imposent le bannissement sans distinction s’appuient principalement sur le hadith de ‘Ubāda ibn al-Sāmit cité précédemment, où il est dit :

« Lorsque les deux partenaires n’ont jamais consommé de mariage : cent coups de fouet et un an de bannissement. »

Ils s’appuient également sur ce que les auteurs des recueils authentiques rapportent d’Abū Hurayra et de Zayd ibn Khālid al-Juhanī, qui ont dit :

« Un Bédouin vint trouver le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — et lui dit : “Ô Messager d’Allah, je t’adjure par Allah de me juger selon le Livre d’Allah !” Son adversaire, qui était mieux instruit que lui, dit : “Oui, juge entre nous selon le Livre d’Allah et permets-moi de parler.” Le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — lui dit : “Parle.”

Il dit : “Mon fils était employé au service de cet homme et a commis la fornication avec sa femme. On m’a informé que mon fils était passible de lapidation ; j’ai donc payé pour le racheter cent moutons et une esclave. Puis j’ai interrogé les gens de science, qui m’ont informé que mon fils n’était passible que de cent coups de fouet et d’un an de bannissement, et que la femme de cet homme était passible de lapidation.”

Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — dit alors : “Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, je jugerai assurément entre vous deux selon le Livre d’Allah ! L’esclave et les moutons te seront rendus. Ton fils recevra cent coups de fouet et sera banni un an. Quant à toi, Unays, rends-toi demain matin auprès de la femme de cet homme : si elle avoue, lapide-la.”

Unays se rendit auprès d’elle et elle avoua. Le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — ordonna alors qu’elle soit lapidée, et elle le fut. »

وَاخْتَلَفُوا فِي شُرُوطِهِ، فَقَالَ مَالِكٌ: الْبُلُوغُ وَالْإِسْلَامُ وَالْحُرِّيَّةُ وَالْوَطْءُ فِي عَقْدٍ صَحِيحٍ، وَحَالَةٌ جَائِزٌ فِيهَا الْوَطْءُ، وَالْوَطْءُ الْمَحْظُورُ عِنْدَهُ هُوَ الْوَطْءُ فِي الْحَيْضِ أَوْ فِي الصِّيَامِ. فَإِذَا زَنَى بَعْدَ الْوَطْءِ الَّذِي بِهَذِهِ الصِّفَةِ - وَهُوَ بِهَذِهِ الصِّفَاتِ - فَحَدُّهُ عِنْدَهُ الرَّجْمُ. وَوَافَقَ أَبُو حَنِيفَةَ مَالِكًا فِي هَذِهِ الشُّرُوطِ إِلَّا فِي الْوَطْءِ الْمَحْظُورِ. وَاشْتَرَطَ فِي الْحُرِّيَّةِ أَنْ تَكُونَ مِنَ الطَّرَفَيْنِ، أَعْنِي أَنْ يَكُونَ الزَّانِي وَالزَّانِيَةُ حُرَّيْنِ. وَلَمْ يَشْتَرِطِ الشَّافِعِيُّ الْإِسْلَامَ. وَعُمْدَةُ الشَّافِعِيِّ مَا رَوَاهُ مَالِكٌ عَنْ نَافِعٍ، عَنِ ابْنِ عُمَرَ (وَهُوَ حَدِيثٌ مُتَّفَقٌ عَلَيْهِ) «أَنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - رَجَمَ الْيَهُودِيَّةَ وَالْيَهُودِيَّ اللَّذَيْنِ زَنَيَا» ؛ إِذْ رَفَعَ إِلَيْهِ أَمْرَهُمَا الْيَهُودُ، وَأَنَّهُ تَعَالَى يَقُولُ: {وَإِنْ حَكَمْتَ فَاحْكُمْ بَيْنَهُمْ بِالْقِسْطِ} [المائدة: ٤٢] . وَعُمْدَةُ مَالِكٍ مِنْ طَرِيقِ الْمَعْنَى أَنَّ الْإِحْصَانَ عِنْدَهُ فَضِيلَةٌ، وَلَا فَضِيلَةَ مَعَ عَدَمِ الْإِسْلَامِ. وَهَذَا مَبْنَاهُ عَلَى أَنَّ الْوَطْءَ فِي نِكَاحٍ صَحِيحٍ هُوَ مَنْدُوبٌ إِلَيْهِ، فَهَذَا هُوَ حُكْمُ الثَّيِّبِ. وَأَمَّا الْأَبْكَارُ فَإِنَّ الْمُسْلِمِينَ أَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ حَدَّ الْبِكْرِ فِي الزِّنَى جَلْدُ مِائَةً؛ لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {الزَّانِيَةُ وَالزَّانِي فَاجْلِدُوا كُلَّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا مِائَةَ جَلْدَةٍ} [النور: ٢] . وَاخْتَلَفُوا فِي التَّغْرِيبِ مَعَ الْجَلْدِ؛ فَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ: لَا تَغْرِيبَ أَصْلًا، وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: لَا بُدَّ مِنَ التَّغْرِيبِ مَعَ الْجَلْدِ لِكُلِّ زَانٍ ذَكَرًا كَانَ أَوْ أُنْثَى، حُرًّا كَانَ أَوْ عَبْدًا. وَقَالَ مَالِكٌ: يُغَرَّبُ الرَّجُلُ، وَلَا تُغَرَّبُ الْمَرْأَةُ. وَبِهِ قَالَ الْأَوْزَاعِيُّ. وَلَا تَغْرِيبَ عِنْدَ مَالِكٍ عَلَى الْعَبِيدِ. فَعُمْدَةُ مَنْ أَوْجَبَ التَّغْرِيبَ عَلَى الْإِطْلَاقِ حَدِيثُ عُبَادَةَ بْنِ الصَّامِتِ الْمُتَقَدِّمُ، وَفِيهِ «الْبِكْرُ بِالْبِكْرِ جَلْدُ مِائَةٍ وَتَغْرِيبُ عَامٍ» . وَكَذَلِكَ مَا خَرَّجَ أَهْلُ الصِّحَاحِ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، وَزَيْدِ بْنِ خَالِدٍ الْجُهَنِيِّ أَنَّهُمَا قَالَا: «إِنَّ رَجُلًا مِنَ الْأَعْرَابِ أَتَى النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - قَالَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، أَنْشُدُكَ اللَّهَ إِلَّا قَضَيْتَ لِي بِكِتَابِ اللَّهِ؟ فَقَالَ الْخَصْمُ، وَهُوَ أَفْقَهُ مِنْهُ: نَعَمْ، اقْضِ بَيْنَنَا بِكِتَابِ اللَّهِ، وَائْذَنْ لِي أَنْ أَتَكَلَّمَ. فَقَالَ لَهُ النَّبِيُّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: قُلْ. قَالَ: إِنَّ ابْنِي كَانَ عَسِيفًا عَلَى هَذَا، فَزَنَى بِامْرَأَتِهِ. وَإِنِّي أُخْبِرْتُ أَنَّ عَلَى ابْنِي الرَّجْمَ فَافْتَدَيْتُهُ بِمِائَةِ شَاةٍ وَوَلِيدَةٍ، فَسَأَلْتُ أَهْلَ الْعِلْمِ فَأَخْبَرُونِي أَنَّمَا عَلَى ابْنِي جَلْدُ مِائَةٍ وَتَغْرِيبُ عَامٍ، وَأَنَّ عَلَى امْرَأَةِ هَذَا الرَّجْمَ. فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: وَالَّذِي نَفْسِي بِيَدِهِ، لَأَقْضِيَنَّ بَيْنَكُمَا بِكِتَابِ اللَّهِ! أَمَّا الْوَلِيدَةُ وَالْغَنَمُ فَرَدٌّ عَلَيْكَ، وَعَلَى ابْنِكَ جَلْدُ مِائَةٍ وَتَغْرِيبُ عَامٍ. وَاغَدُ يَا أُنَيْسُ عَلَى امْرَأَةِ هَذَا، فَإِنِ اعْتَرَفَتْ فَارْجُمْهَا. فَغَدَا عَلَيْهَا أُنَيْسٌ، فَاعْتَرَفَتْ، فَأَمَرَ النَّبِيُّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - بِهَا فَرُجِمَتْ» .

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