Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

un homme tenant à la main un objet de fer ensanglanté. Toutefois, Mālik considère que la découverte d’une victime dans un quartier ne constitue pas un indice sérieux, même s’il existe une hostilité entre le groupe auquel appartient la victime et les habitants du quartier. Dès lors, il ne reste ici aucun élément susceptible de fonder l’exigence d’un tel indice pour que la qasāma s’impose. C’est pourquoi certains n’admettent pas cette procédure.

Abū Hanīfa et ses deux disciples disent : « Lorsqu’une victime est découverte dans le quartier d’un groupe et que son corps porte une trace de violence, la qasāma incombe aux habitants du quartier. » Certains savants l’imposent du seul fait qu’une victime y a été découverte, sans retenir les autres conditions posées par al-Shāfi‘ī ni exiger la trace de violence requise par Abū Hanīfa. Cet avis est rapporté de ‘Umar, de ‘Alī et d’Ibn Mas‘ūd. Al-Zuhrī et plusieurs Successeurs l’ont également adopté.

C’est aussi la position d’Ibn Hazm, qui dit : « La qasāma s’impose dès qu’une victime dont le meurtrier est inconnu est découverte, où que ce soit, que ses ayants droit accusent un homme et que cinquante hommes parmi eux prêtent cinquante serments. S’ils jurent qu’il s’agit d’un homicide volontaire, le talion s’applique ; s’ils jurent qu’il s’agit d’un homicide involontaire, l’indemnité est due. » Selon lui, les hommes qui prêtent serment ne peuvent être moins de cinquante. Pour Mālik, deux hommes ou davantage parmi ces ayants droit suffisent.

Dāwūd dit : « Je ne prononce de jugement fondé sur la qasāma que dans un cas semblable à celui dans lequel le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — l’a fait. »

Parmi les juristes des grandes villes qui admettent la qasāma, Mālik et al-Layth sont les seuls à considérer que la déclaration de la victime : « Untel m’a tué » constitue un indice sérieux imposant cette procédure. Chacun a retenu ce qui lui paraissait constituer une présomption justifiant la qasāma. C’est en raison de cette présomption que certains d’entre eux estiment devoir commencer par faire prêter serment aux demandeurs. En effet, selon Mālik, les présomptions transfèrent le serment du défendeur au demandeur : à ses yeux, si la Loi fait incomber le serment au défendeur, c’est précisément en raison de la force de la présomption qui appuie sa dénégation. Il semble avoir établi ici une analogie avec le serment prêté en complément du témoignage d’un seul témoin dans les litiges patrimoniaux.

Quant à l’avis selon lequel la seule allégation constituerait une présomption, il est peu fondé et contraire aux principes généraux ainsi qu’au texte, puisque le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a dit :

« Si l’on accordait aux gens ce qu’ils réclament sur la seule foi de leurs allégations, certains réclameraient la vie et les biens d’autrui. Mais le serment incombe au défendeur. »

Ce hadith est établi d’après Ibn ‘Abbās ; Muslim l’a rapporté dans son Sahīh. L’argument que les malikites tirent du récit de la vache des fils d’Israël est lui aussi peu fondé, car, dans ce récit, c’est l’événement miraculeux qui attestait la véracité de la déclaration.

Ceux qui admettent que la qasāma puisse entraîner l’application du talion divergent sur la possibilité de mettre à mort plus d’une personne sur son fondement.

Mālik dit : « La qasāma ne peut viser qu’une seule personne. » Ahmad ibn Hanbal partage cet avis.

Ashhab dit : « Les serments peuvent viser un groupe, mais une seule personne de ce groupe est mise à mort, celle que les ayants droit désignent. » Cet avis est peu fondé.

Al-Mughīra al-Makhzūmī dit : « Toute personne visée par les serments est mise à mort. »

Mālik et al-Layth disent : « Si deux témoins de probité reconnue attestent qu’une personne en a frappé une autre, que la victime survit quelques jours aux coups puis meurt, ses ayants droit prêtent les serments de la qasāma attestant qu’elle est morte de ces coups, et l’auteur des coups est mis à mort en application du talion. » Tout cela est peu fondé.

إِنْسَانٌ بِيَدِهِ حَدِيدَةٌ مُدْمَاةٌ. إِلَّا أَنَّ مَالِكًا يَرَى أَنَّ وُجُودَ الْقَتِيلِ فِي الْمَحَلَّةِ لَيْسَ لَوْثًا، وَإِنْ كَانَتْ هُنَالِكَ عَدَاوَةٌ بَيْنَ الْقَوْمِ الَّذِينَ مِنْهُمُ الْقَتِيلُ وَأَهْلِ الْمَحَلَّةِ. وَإِذَا كَانَ ذَلِكَ كَذَلِكَ لَمْ يَبْقَ هَاهُنَا شَيْءٌ يَجِبُ أَنْ يَكُونَ أَصْلًا لِاشْتِرَاطِ اللَّوْثِ فِي وُجُوبِهَا. وَلِذَلِكَ لَمْ يَقُلْ بِهَا قَوْمٌ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَصَاحِبَاهُ: إِذَا وُجِدَ قَتِيلٌ فِي مَحَلَّةِ قَوْمٍ، وَبِهِ أَثَرٌ - وَجَبَتِ الْقَسَامَةُ عَلَى أَهْلِ الْمَحَلَّةِ. وَمِنْ أَهْلِ الْعِلْمِ مَنْ أَوْجَبَ الْقَسَامَةَ بِنَفْسِ وُجُودِ الْقَتِيلِ فِي الْمَحَلَّةِ دُونَ سَائِرِ الشَّرَائِطِ الَّتِي اشْتَرَطَ الشَّافِعِيُّ، وَدُونَ وُجُودِ الْأَثَرِ بِالْقَتِيلِ الَّذِي اشْتَرَطَهُ أَبُو حَنِيفَةَ. وَهُوَ مَرْوِيٌّ عَنْ عُمَرَ وَعَلِيٍّ وَابْنِ مَسْعُودٍ. وَقَالَ بِهِ الزُّهْرِيُّ وَجَمَاعَةٌ مِنَ التَّابِعِينَ. وَهُوَ مَذْهَبُ ابْنِ حَزْمٍ، قَالَ: الْقَسَامَةُ تَجِبُ مَتَى وُجِدَ قَتِيلٌ لَا يُعْرَفُ مَنْ قَتَلَهُ أَيْنَمَا وُجِدَ، فَادَّعَى وُلَاةُ الدَّمِ عَلَى رَجُلٍ، وَحَلَفَ مِنْهُمْ خَمْسُونَ رَجُلًا خَمْسِينَ يَمِينًا. فَإِنْ هُمْ حَلَفُوا عَلَى الْعَمْدِ فَالْقَوَدُ، وَإِنْ حَلَفُوا عَلَى الْخَطَأِ فَالدِّيَةُ. وَلَيْسَ يَحْلِفُ عِنْدَهُ أَقَلُّ مِنْ خَمْسِينَ رَجُلًا. وَعِنْدَ مَالِكٍ رَجُلَانِ فَصَاعِدًا مِنْ أُولَئِكَ. وَقَالَ دَاوُدُ: لَا أَقْضِي بِالْقَسَامَةِ إِلَّا فِي مِثْلِ السَّبَبِ الَّذِي قَضَى بِهِ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -. وَانْفَرَدَ مَالِكٌ وَاللَّيْثُ مِنْ بَيْنِ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ الْقَائِلِينَ بِالْقَسَامَةِ، فَجَعَلَا قَوْلَ الْمَقْتُولِ: فُلَانٌ قَتَلَنِي - لَوْثًا يُوجِبُ الْقَسَامَةَ. وَكُلٌّ قَالَ بِمَا غَلَبَ عَلَى ظَنِّهِ أَنَّهُ شُبْهَةٌ يُوجِبُ الْقَسَامَةَ، وَلِمَكَانِ الشُّبْهَةِ رَأَى تَبْدِئَةَ الْمُدَّعِينَ بِالْأَيْمَانِ مَنْ رَأَى ذَلِكَ مِنْهُمْ؛ فَإِنَّ الشُّبَهَ عِنْدَ مَالِكٍ تَنْقُلُ الْيَمِينَ مِنَ الْمُدَّعَى عَلَيْهِ إِلَى الْمُدَّعِي؛ إِذْ سَبَبُ تَعْلِيقِ الشَّرْعِ عِنْدَهُ الْيَمِينُ بِالْمُدَّعَى عَلَيْهِ، إِنَّمَا هُوَ لِقُوَّةِ شُبْهَتِهِ فِيمَا يَنْفِيهِ عَنْ نَفْسِهِ، وَكَأَنَّهُ شَبَّهَ ذَلِكَ بِالْيَمِينِ مَعَ الشَّاهِدِ فِي الْأَمْوَالِ. وَأَمَّا الْقَوْلُ بِأَنَّ نَفْسَ الدَّعْوَى شُبْهَةٌ فَضَعِيفٌ وَمُفَارِقٌ لِلْأُصُولِ وَالنَّصِّ؛ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَوْ يُعْطَى النَّاسُ بِدَعَاوِيهِمْ لَادَّعَى قَوْمٌ دِمَاءَ قَوْمٍ وَأَمْوَالَهُمْ، وَلَكِنَّ الْيَمِينَ عَلَى الْمُدَّعَى عَلَيْهِ» . وَهُوَ حَدِيثٌ ثَابِتٌ مِنْ حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ، وَخُرَّجَهُ مُسْلِمٌ فِي صَحِيحِهِ. وَمَا احْتَجَّتْ بِهِ الْمَالِكِيَّةُ مِنْ قِصَّةِ بَقَرَةِ بَنِي إِسْرَائِيلَ فَضَعِيفٌ؛ لِأَنَّ التَّصْدِيقَ هُنَالِكَ أُسْنِدَ إِلَى الْفِعْلِ الْخَارِقِ لِلْعَادَةِ. وَاخْتَلَفَ الَّذِينَ أَوْجَبُوا الْقَوَدَ بِالْقَسَامَةِ هَلْ يُقْتَلُ بِهَا أَكْثَرُ مِنْ وَاحِدٍ؟ فَقَالَ مَالِكٌ: لَا تَكُونُ الْقَسَامَةُ إِلَّا عَلَى وَاحِدٍ، وَبِهِ قَالَ أَحْمَدُ بْنُ حَنْبَلٍ. وَقَالَ أَشْهَبُ: يُقْسَمُ عَلَى الْجَمَاعَةِ، وَيُقْتَلُ مِنْهَا وَاحِدٌ عَيَّنَهُ الْأَوْلِيَاءُ، وَهُوَ ضَعِيفٌ. وَقَالَ الْمُغِيرَةُ الْمَخْزُومِيُّ: كُلُّ مَنْ أُقْسِمَ عَلَيْهِ قُتِلَ، وَقَالَ مَالِكٌ وَاللَّيْثُ: إِذَا شَهِدَ اثْنَانِ عَدْلَانِ أَنَّ إِنْسَانًا ضَرَبَ آخَرَ، وَبَقِيَ الْمَضْرُوبُ أَيَّامًا بَعْدَ الضَّرْبِ، ثُمَّ مَاتَ - أَقْسَمَ أَوْلِيَاءُ الْمَضْرُوبِ أَنَّهُ مَاتَ مِنْ ذَلِكَ الضَّرْبِ وَقِيدَ بِهِ، وَهَذَا كُلُّهُ ضَعِيفٌ.

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