Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Ils invoquent également le récit qu’Abū Dāwūd rapporte d’Abū Salama ibn Abī ‘Abd al-Rahmān et de Sulaymān ibn Yasār, d’après plusieurs notables des Ansār :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — s’adressa d’abord aux juifs et leur demanda :
— Cinquante hommes parmi vous prêteront-ils cinquante serments ?
Ils refusèrent. Il dit alors aux Ansār :
— Prêtez serment !
— Prêterions-nous serment sur ce dont nous n’avons pas été témoins, ô Messager d’Allah ? répondirent-ils.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — mit alors l’indemnité à la charge des juifs, car la victime avait été trouvée parmi eux. »

C’est sur ce récit que s’appuient ceux qui font incomber le serment aux défendeurs tout en les obligeant à verser l’indemnité. La chaîne de transmission de ce hadith est authentique : des transmetteurs dignes de confiance l’ont rapporté d’al-Zuhrī, d’après Abū Salama. Les juristes de Kūfa rapportent également cette décision de ‘Umar : il imposa aux défendeurs de prêter serment et de verser l’indemnité.

Un récit analogue, selon lequel les juifs furent invités à prêter serment en premier, est également rapporté de Rāfi‘ ibn Khadīj. Les tenants de cet avis opposent à Mālik le récit transmis par Ibn Shihāb al-Zuhrī, d’après Sulaymān ibn Yasār et ‘Irāk ibn Mālik :

« ‘Umar ibn al-Khattāb s’adressa à un homme de Juhayna qui réclamait réparation pour la mort de son proche, imputée à un homme des Banū Sa‘d. Celui-ci avait fait courir son cheval, qui avait écrasé un orteil de la victime. Celle-ci avait abondamment saigné de cette blessure, puis était morte. ‘Umar demanda aux défendeurs :
— Prêterez-vous cinquante serments par Allah attestant qu’il n’est pas mort de cette blessure ?
Ils refusèrent de prêter serment, par scrupule. Il dit alors aux demandeurs :
— Prêtez serment !
Ils refusèrent eux aussi. Il condamna alors les défendeurs à verser la moitié de l’indemnité. »

Ils disent : « Ces hadiths que nous invoquons doivent être préférés à ceux qui font commencer les demandeurs, car le principe général selon lequel le serment incombe au défendeur vient les appuyer. »

Abū ‘Umar dit : « Les hadiths contradictoires sur cette question sont bien connus. »

Quatrième question

Elle porte sur ce qui justifie le recours à la qasāma, selon ceux qui l’admettent. La majorité des savants qui la reconnaissent s’accordent à dire qu’elle ne s’impose qu’en présence d’une présomption. Ils divergent toutefois sur la nature de cette présomption.

Al-Shāfi‘ī dit : « Elle s’impose lorsque la présomption est comparable à celle sur laquelle le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — s’est fondé pour ordonner la qasāma : une victime est découverte dans un quartier habité par un groupe auquel ne se mêlent pas d’autres personnes, et une hostilité oppose ce groupe à celui de la victime, comme celle qui opposait les Ansār aux juifs. Khaybar était un territoire exclusivement habité par les juifs, et la victime qui y fut découverte appartenait aux Ansār. »

Il dit encore : « Il en va de même si l’on découvre quelque part une victime avec, à ses côtés, un homme couvert de sang ; ou si l’on entre dans une maison où se trouvent plusieurs personnes et que l’on découvre une victime parmi elles. Il en va de même de toute présomption semblable qui conduit les juges à tenir pour très probable le bien-fondé de la demande. »

Mālik soutient un avis comparable : la qasāma ne s’impose qu’en présence d’un indice sérieux. Selon lui, le témoignage d’une seule personne, si sa probité est reconnue, constitue un tel indice ; ses disciples sont unanimes sur ce point. Ils divergent toutefois lorsque sa probité n’est pas reconnue. Al-Shāfi‘ī partage également cet avis concernant les indices tirés des circonstances qui font présumer le bien-fondé de la demande, comme lorsqu’on découvre une victime baignant dans son sang et, à proximité,

وَاحْتَجُّوا أَيْضًا بِمَا خَرَّجَهُ أَبُو دَاوُدَ أَيْضًا عَنْ أَبِي سَلَمَةَ بْنِ أَبِي عَبْدِ الرَّحْمَنِ، وَسُلَيْمَانَ بْنِ يَسَارٍ عَنْ رِجَالٍ مِنْ كُبَرَاءِ الْأَنْصَارِ «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ لِيَهُودَ وَبَدَأَ بِهِمْ: أَيَحْلِفُ مِنْكُمْ خَمْسُونَ رَجُلًا خَمْسِينَ يَمِينًا؟ فَأَبَوْا، فَقَالَ لِلْأَنْصَارِ: احْلِفُوا! فَقَالُوا: أَنَحْلِفُ عَلَى الْغَيْبِ يَا رَسُولَ اللَّهِ؟ فَجَعَلَهَا رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - دِيَةً عَلَى يَهُودَ؛ لِأَنَّهُ وُجِدَ بَيْنَ أَظْهُرِهِمْ» . وَبِهَذَا تَمَسَّكَ مَنْ جَعَلَ الْيَمِينَ فِي حَقِّ الْمُدَّعَى عَلَيْهِ، وَأَلْزَمَهُمُ الْغُرْمَ مَعَ ذَلِكَ. وَهُوَ حَدِيثٌ صَحِيحُ الْإِسْنَادِ؛ لِأَنَّهُ رَوَاهُ الثِّقَاتُ عَنِ الزُّهْرِيِّ عَنْ أَبِي سَلَمَةَ. وَرَوَى الْكُوفِيُّونَ ذَلِكَ عَنْ عُمَرَ، أَعْنِي أَنَّهُ قَضَى عَلَى الْمُدَّعَى عَلَيْهِمْ بِالْيَمِينِ وَالدِّيَةِ. وَخُرِّجَ مِثْلُهُ أَيْضًا مِنْ تَبْدِئَةِ الْيَهُودِ بِالْأَيْمَانِ عَنْ رَافِعِ بْنِ خَدِيجٍ، وَاحْتَجَّ هَؤُلَاءِ الْقَوْمُ عَلَى مَالِكٍ بِمَا رُوِيَ عَنِ ابْنِ شِهَابٍ الزُّهْرِيِّ عَنْ سُلَيْمَانَ بْنِ يَسَارٍ وَعِرَاكِ بْنِ مَالِكٍ " أَنَّ عُمَرَ بْنَ الْخَطَّابِ قَالَ لِلْجُهَنِيِّ الَّذِي ادَّعَى دَمَ وَلِيِّهِ عَلَى رَجُلٍ مِنْ بَنِي سَعْدٍ، وَكَانَ أَجْرَى فَرَسَهُ فَوَطِئَ عَلَى أُصْبُعِ الْجُهَنِيِّ فَنُزِيَ مِنْهَا، فَمَاتَ، فَقَالَ: عُمَرُ لِلَّذِي ادَّعَى عَلَيْهِمْ: أَتَحْلِفُونَ بِاللَّهِ خَمْسِينَ يَمِينًا مَا مَاتَ مِنْهَا؟ فَأَبَوْا أَنْ يَحْلِفُوا وَتَحَرَّجُوا. فَقَالَ لِلْمُدَّعِينَ: احْلِفُوا! فَأَبَوْا، فَقَضَى عَلَيْهِمْ بِشَطْرِ الدِّيَةِ " . قَالُوا: وَأَحَادِيثُنَا هَذِهِ أَوْلَى مِنَ الَّتِي رُوِيَ فِيهَا تَبْدِئَةُ الْمُدَّعِينَ بِالْأَيْمَانِ؛ لِأَنَّ الْأَصْلَ شَاهِدٌ لِأَحَادِيثِنَا مِنْ أَنَّ الْيَمِينَ عَلَى الْمُدَّعَى عَلَيْهِ. قَالَ أَبُو عُمَرَ: وَالْأَحَادِيثُ الْمُتَعَارِضَةُ فِي ذَلِكَ مَشْهُورَةٌ. الْمَسْأَلَةُ الرَّابِعَةُ: وَهِيَ مُوجَبُ الْقَسَامَةِ عِنْدَ الْقَائِلِينَ بِهَا. أَجْمَعَ جُمْهُورُ الْعُلَمَاءِ الْقَائِلُونَ بِهَا أَنَّهَا لَا تَجِبُ إِلَّا بِشُبْهَةٍ. وَاخْتَلَفُوا فِي الشُّبْهَةِ مَا هِيَ؟ فَقَالَ الشَّافِعِيُّ: إِذَا كَانَتِ الشُّبْهَةُ فِي مَعْنَى الشُّبْهَةِ الَّتِي قَضَى بِهَا رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - بِالْقَسَامَةِ، وَهُوَ أَنْ يُوجَدَ قَتِيلٌ فِي مَحَلَّةِ قَوْمٍ لَا يُخَالِطُهُمْ غَيْرُهُمْ، وَبَيْنَ أُولَئِكَ الْقَوْمِ، وَبَيْنَ قَوْمِ الْمَقْتُولِ عَدَاوَةٌ كَمَا كَانَتِ الْعَدَاوَةُ بَيْنَ الْأَنْصَارِ وَالْيَهُودِ. وَكَانَتْ خَيْبَرُ دَارَ الْيَهُودِ مُخْتَصَّةً بِهِمْ، وَوُجِدَ فِيهَا الْقَتِيلُ مِنَ الْأَنْصَارِ. قَالَ: وَكَذَلِكَ لَوْ وُجِدَ فِي نَاحِيَةٍ قَتِيلٌ، وَإِلَى جَانِبِهِ رَجُلٌ مُخْتَضِبٌ بِالدَّمِ. وَكَذَلِكَ لَوْ دَخَلَ عَلَى نَفَرٍ فِي بَيْتٍ، فَوَجَدَ بَيْنَهُمْ قَتِيلًا. وَمَا أَشْبَهَ هَذِهِ الشُّبَهَ مِمَّا يَغْلِبُ عَلَى ظَنِّ الْحُكَّامِ أَنَّ الْمُدَّعِيَ مُحِقٌّ لِقِيَامِ تِلْكَ الشُّبْهَةِ. وَقَالَ مَالِكٌ بِنَحْوٍ مِنْ هَذَا، أَعْنِي: أَنَّ الْقَسَامَةَ لَا تَجِبُ إِلَّا بِلَوْثٍ. وَالشَّاهِدُ الْوَاحِدُ عِنْدَهُ إِذَا كَانَ عَدْلًا لَوْثٌ بِاتِّفَاقٍ عِنْدَ أَصْحَابِهِ، وَاخْتَلَفُوا إِذَا لَمْ يَكُنْ عَدْلًا. وَكَذَلِكَ وَافَقَ الشَّافِعِيُّ فِي قَرِينَةِ الْحَالِ الْمُخَيِّلَةِ مِثْلَ أَنْ يُوجَدَ قَتِيلٌ مُتَشَحِّطًا بِدَمِهِ، وَبِقُرْبِهِ

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