Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Ils divergent également, dans ce domaine, sur le degré de formation du fœtus qui rend la ghurra exigible. Mālik estime que tout ce que la femme expulse, qu’il s’agisse d’un morceau de chair ou d’un caillot de sang, donne lieu à une ghurra dès lors qu’on sait qu’il s’agit d’un embryon. Al-Shāfi‘ī considère qu’aucune indemnité n’est due tant que la forme humaine n’est pas discernable. Le plus judicieux est de retenir comme critère l’insufflation de l’âme : je veux dire que la ghurra est due lorsqu’il est établi que le fœtus avait été vivant.

Quant à la personne à laquelle cette indemnité incombe, ils divergent également. Un groupe de juristes, parmi lesquels Mālik, al-Hasan ibn Hayy et al-Hasan al-Basrī, estime qu’elle doit être prélevée sur les biens de l’auteur de l’atteinte. D’autres la mettent à la charge de la ‘āqila, le groupe solidaire chargé du paiement de l’indemnité. C’est notamment l’avis d’al-Shāfi‘ī, d’Abū Hanīfa, d’al-Thawrī et de plusieurs autres juristes. Leur principal argument est qu’il s’agit d’une atteinte commise par erreur, dont l’indemnité incombe donc à la ‘āqila. Ils invoquent aussi ce qui est rapporté de Jābir ibn ‘Abd Allāh :

« Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — mit la ghurra due pour le fœtus à la charge de la ‘āqila de l’auteur des coups, en mettant d’abord à contribution son époux et son enfant. »

Mālik, pour sa part, l’assimile à l’indemnité due pour un acte intentionnel lorsque les coups ont été portés intentionnellement.

Quant à ses bénéficiaires, Mālik, al-Shāfi‘ī et Abū Hanīfa estiment qu’elle revient aux héritiers du fœtus et qu’elle suit les mêmes règles que l’indemnité de sang en matière de succession. Rabī‘a et al-Layth considèrent qu’elle revient exclusivement à la mère, car ils assimilent son fœtus à une partie de son corps.

Ils divergent aussi sur l’obligation d’accomplir une expiation, en plus du versement de la ghurra, pour la perte du fœtus. Al-Shāfi‘ī tient cette expiation pour obligatoire ; Abū Hanīfa considère qu’aucune expiation n’est due ; Mālik la juge recommandée, sans la rendre obligatoire.

Al-Shāfi‘ī l’impose parce que, selon lui, l’expiation est obligatoire aussi bien pour un acte intentionnel que pour un acte commis par erreur. Abū Hanīfa fait prévaloir ici le caractère intentionnel de l’acte ; or, selon lui, l’expiation n’est pas obligatoire dans ce cas. Quant à Mālik, puisque l’expiation n’est, selon lui, pas obligatoire pour un acte intentionnel, mais l’est pour un acte commis par erreur, et que le cas présent se situe à ses yeux entre les deux, il la juge recommandée sans la rendre obligatoire.

Parmi les autres cas d’atteintes commises par erreur qui font l’objet de divergences figure la responsabilité de celui qui monte une bête, de celui qui la pousse devant lui et de celui qui la conduit en la tenant. La majorité des juristes les tient pour responsables des dommages causés par la bête. Ils invoquent à ce sujet le jugement de ‘Umar, qui condamna au versement de l’indemnité celui qui avait fait courir son cheval et dont la monture avait piétiné un autre homme.

Les tenants de l’école littéraliste considèrent, quant à eux, que personne n’est tenu d’indemniser les blessures causées par un animal. Ils s’appuient sur le récit authentiquement rapporté du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — par Abū Hurayra, selon lequel il a dit — sur lui la prière et la paix :

« Les blessures causées par une bête ne donnent lieu à aucune indemnité ; les accidents liés à un puits ne donnent lieu à aucune indemnité ; les accidents liés à une mine ne donnent lieu à aucune indemnité ; et le cinquième est dû sur les trésors enfouis. »

La majorité des juristes comprend ce hadith comme s’appliquant au cas où la bête n’est ni montée, ni poussée, ni conduite par quelqu’un. Ils estiment en effet que, lorsqu’une bête blesse une personne alors que quelqu’un la monte, la conduit ou la pousse, c’est celui-ci qui est l’auteur de l’atteinte, mais par erreur.

وَاخْتَلَفُوا مِنْ هَذَا الْبَابِ فِي الْخِلْقَةِ الَّتِي تُوجِبُ الْغُرَّةَ، فَقَالَ مَالِكٌ: كُلُّ مَا طَرَحَتْهُ مِنْ مُضْغَةٍ أَوْ عَلَقَةٍ مِمَّا يُعْلَمُ أَنَّهُ وَلَدٌ فَفِيهِ الْغُرَّةُ، وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: لَا شَيْءَ فِيهِ حَتَّى تَسْتَبِينَ الْخِلْقَةُ. وَالْأَجْوَدُ أَنْ يُعْتَبَرَ نَفْخُ الرُّوحِ فِيهِ، أَعْنِي: أَنْ يَكُونَ تَجِبُ فِيهِ الْغُرَّةُ إِذَا عُلِمَ أَنَّ الْحَيَاةَ قَدْ كَانَتْ وُجِدَتْ فِيهِ. وَأَمَّا عَلَى مَنْ تَجِبُ؟ فَإِنَّهُمُ اخْتَلَفُوا فِي ذَلِكَ؛ فَقَالَتْ طَائِفَةٌ مِنْهُمْ مَالِكٌ وَالْحَسَنُ بْنُ حَيٍّ وَالْحَسَنُ الْبَصْرِيُّ: هِيَ فِي مَالِ الْجَانِي. وَقَالَ آخَرُونَ: هِيَ عَلَى الْعَاقِلَةِ. وَمِمَّنْ قَالَ بِذَلِكَ الشَّافِعِيُّ، وَأَبُو حَنِيفَةَ، وَالثَّوْرِيُّ وَجَمَاعَةٌ. وَعُمْدَتُهُمْ أَنَّهَا جِنَايَةُ خَطَأٍ فَوَجَبَتْ عَلَى الْعَاقِلَةِ. وَمَا رُوِيَ أَيْضًا عَنْ جَابِرِ بْنِ عَبْدِ اللَّهِ «أَنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - جَعَلَ فِي الْجَنِينِ غُرَّةً عَلَى عَاقِلَةِ الضَّارِبِ، وَبَدَأَ بِزَوْجِهَا وَوَلَدِهَا» . وَأَمَّا مَالِكٌ فَشَبَّهَهَا بِدِيَةِ الْعَمْدِ إِذَا كَانَ الضَّرْبُ عَمْدًا. وَأَمَّا لِمَنْ تَجِبُ؟ فَقَالَ مَالِكٌ وَالشَّافِعِيُّ، وَأَبُو حَنِيفَةَ: هِيَ لِوَرَثَةِ الْجَنِينِ، وَحُكْمُهَا حُكْمُ الدِّيَةِ فِي أَنَّهَا مَوْرُوثَةٌ. وَقَالَ رَبِيعَةُ وَاللَّيْثُ: هِيَ لِلْأُمِّ خَاصَّةً. وَذَلِكَ أَنَّهُمْ شَبَّهُوا جَنِينَهَا بِعُضْوٍ مِنْ أَعْضَائِهَا. وَمِنَ الْوَاجِبِ الَّذِي اخْتَلَفُوا فِيهِ فِي الْجَنِينِ مَعَ وُجُوبِ الْغُرَّةِ وُجُوبُ الْكَفَّارَةِ، فَذَهَبَ الشَّافِعِيُّ إِلَى أَنَّ فِيهِ الْكَفَّارَةَ وَاجِبَةٌ، وَذَهَبَ أَبُو حَنِيفَةَ إِلَى أَنَّهُ لَيْسَ فِيهِ كَفَّارَةٌ، وَاسْتَحْسَنَهَا مَالِكٌ وَلَمْ يُوجِبْهَا. فَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَإِنَّهُ أَوْجَبَهَا؛ لِأَنَّ الْكَفَّارَةَ عِنْدَهُ وَاجِبَةٌ فِي الْعَمْدِ وَالْخَطَأِ. وَأَمَّا أَبُو حَنِيفَةَ فَإِنَّهُ غَلَّبَ عَلَيْهِ حُكْمَ الْعَمْدِ، وَالْكَفَّارَةُ لَا تَجِبُ عِنْدَهُ فِي الْعَمْدِ. وَأَمَّا مَالِكٌ فَلَمَّا كَانَتِ الْكَفَّارَةُ لَا تَجِبُ عِنْدَهُ فِي الْعَمْدِ، وَتَجِبُ فِي الْخَطَأِ، وَكَانَ هَذَا مُتَرَدِّدًا عِنْدَهُ بَيْنَ الْعَمْدِ وَالْخَطَأِ - اسْتَحْسَنَ فِيهِ الْكَفَّارَةَ، وَلَمْ يُوجِبْهَا. وَمِنْ أَنْوَاعِ الْخَطَأِ الْمُخْتَلَفِ فِيهِ اخْتِلَافُهُمْ فِي تَضْمِينِ الرَّاكِبِ وَالسَّائِقِ وَالْقَائِدِ، فَقَالَ الْجُمْهُورُ: هُمْ ضَامِنُونَ لِمَا أَصَابَتِ الدَّابَّةُ. وَاحْتَجُّوا فِي ذَلِكَ بِقَضَاءِ عُمَرَ عَلَى الَّذِي أَجْرَى فَرَسَهُ فَوَطِئَ آخَرَ بِالْعَقْلِ. وَقَالَ أَهْلُ الظَّاهِرِ: لَا ضَمَانَ عَلَى أَحَدٍ فِي جُرْحِ الْعَجْمَاءِ. وَاعْتَمَدُوا الْأَثَرَ الثَّابِتَ فِيهِ عَنْهُ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - مِنْ حَدِيثِ أَبِي هُرَيْرَةَ أَنَّهُ قَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - «جُرْحُ الْعَجْمَاءِ جُبَارٌ، وَالْبِئْرُ جُبَارٌ، وَالْمَعْدِنُ جُبَارٌ، وَفِي الرِّكَازِ الْخُمُسُ» . فَحَمَلَ الْجُمْهُورُ الْحَدِيثَ عَلَى أَنَّهُ إِذَا لَمْ يَكُنْ بِالدَّابَّةِ رَاكِبٌ وَلَا سَائِقٌ وَلَا قَائِدٌ؛ لِأَنَّهُمْ رَأَوْا أَنَّهُ إِذَا أَصَابَتِ الدَّابَّةُ أَحَدًا وَعَلَيْهَا رَاكِبٌ، أَوْ لَهَا قَائِدٌ أَوْ سَائِقٌ - فَإِنَّ الرَّاكِبَ لَهَا أَوِ السَّائِقَ أَوِ الْقَائِدَ هُوَ الْمُصِيبُ وَلَكِنْ خَطَأً.

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