Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

de Mālik. Ibn al-Qāsim a retenu l’avis d’al-Shāfi‘ī, tandis qu’al-Mughīra, l’un des disciples de Mālik, ainsi qu’Ibn Dīnār, ont retenu l’autre avis.

Les savants de Koufa estiment que la victime, dont les deux yeux étaient sains avant que l’un ne soit crevé, n’a droit qu’au talion ou à ce dont les deux parties conviennent. Selon un autre avis, elle ne peut exercer le talion contre le borgne, mais celui-ci doit lui verser l’indemnité compensatoire intégrale. Cet avis est rapporté d’Ibn al-Musayyab et de ‘Uthmān.

L’argument principal de ce dernier avis est que l’œil du borgne équivaut à deux yeux : le crever en réparation de la perte d’un seul œil reviendrait donc à appliquer le talion à deux yeux pour un seul. Un raisonnement analogue sous-tend l’avis de ceux qui accordent l’indemnité intégrale à la victime lorsqu’elle renonce au talion. Toutefois, celui qui soutient cet avis devrait nécessairement exclure le talion. Celui qui admet le talion et fixe l’indemnité à la moitié de l’indemnité intégrale demeure plus fidèle à son principe. Médite cela : la chose est claire par elle-même. Et Allah sait mieux.

La personne blessée a-t-elle le choix entre le talion et l’indemnité compensatoire, ou n’a-t-elle droit qu’au talion, à moins que les deux parties ne conviennent du versement d’une indemnité ? Les deux avis sont rapportés de Mālik, comme pour l’homicide. Ainsi, selon l’un de ses deux avis concernant le borgne qui crève l’œil d’une personne ayant ses deux yeux sains, la victime peut choisir entre lui crever l’œil et percevoir l’indemnité, soit mille dinars ou cinq cents, selon la divergence sur ce point.

Quant au moment où le talion peut être appliqué pour une blessure, Mālik estime qu’il faut attendre sa cicatrisation, tandis qu’al-Shāfi‘ī permet de l’appliquer immédiatement. Al-Shāfi‘ī s’en tient au sens apparent du texte, alors que Mālik considère qu’il faut tenir compte de l’évolution de la blessure, de crainte qu’elle n’entraîne la mort.

Les savants divergent sur le cas de celui qui exerce le talion pour une blessure et dont l’adversaire meurt de la blessure ainsi infligée. Mālik, al-Shāfi‘ī, Abū Yūsuf et Muhammad estiment que celui qui a exercé le talion n’est redevable de rien. Un avis semblable est rapporté de ‘Alī et de ‘Umar ; c’est également celui d’Ahmad, d’Abū Thawr et de Dāwūd. Abū Hanīfa, al-Thawrī, Ibn Abī Laylā et un groupe de savants considèrent qu’en cas de décès, l’indemnité compensatoire incombe à la ‘āqila de celui qui a exercé le talion, c’est-à-dire au groupe solidaire chargé de son paiement. Certains estiment toutefois qu’elle doit être prélevée sur ses biens propres. Selon ‘Uthmān al-Battī, il faut déduire de l’indemnité qu’il doit la part correspondant à ce pour quoi le talion a été exercé. C’est aussi l’avis d’Ibn Mas‘ūd.

Le premier groupe s’appuie principalement sur leur accord unanime concernant le voleur qui meurt à la suite de l’amputation de sa main : celui qui lui a coupé la main n’est redevable de rien. L’argument principal d’Abū Hanīfa est qu’il s’agit d’un homicide par erreur, qui entraîne l’obligation de verser l’indemnité compensatoire.

Selon Mālik, le talion ne s’applique ni par forte chaleur ni par grand froid : on le reporte de crainte que celui qui le subit n’en meure. Selon un autre avis, le lieu constitue également une condition de licéité du talion : celui-ci doit être appliqué en dehors du territoire sacré.

Telles sont donc les règles relatives aux atteintes intentionnelles à la vie et aux membres du corps. Il convient à présent de passer aux règles concernant les atteintes commises par erreur, en commençant par l’homicide par erreur.

عَنْ مَالِكٍ، وَبِقَوْلِ الشَّافِعِيِّ قَالَ ابْنُ الْقَاسِمِ، وَبِالْقَوْلِ الْآخَرِ قَالَ الْمُغِيرَةُ مِنْ أَصْحَابِهِ وَابْنُ دِينَارٍ. وَقَالَ الْكُوفِيُّونَ: لَيْسَ لِلصَّحِيحِ الَّذِي فُقِئَتْ عَيْنُهُ إِلَّا الْقَوَدُ أَوْ مَا اصْطَلَحَا عَلَيْهِ، وَقَدْ قِيلَ لَا يَسْتَقِيدُ مِنَ الْأَعْوَرِ وَعَلَيْهِ الدِّيَةُ كَامِلَةً، رُوِيَ هَذَا عَنِ ابْنِ الْمُسَيَّبِ، وَعَنْ عُثْمَانَ. وَعُمْدَةُ صَاحِبِ هَذَا الْقَوْلِ أَنَّ عَيْنَ الْأَعْوَرِ بِمَنْزِلَةِ عَيْنَيْنِ، فَمَنْ فَقَأَهَا فِي وَاحِدَةٍ فَكَأَنَّهُ اقْتَصَّ مِنِ اثْنَيْنِ فِي وَاحِدَةٍ، وَإِلَى نَحْوِ هَذَا ذَهَبَ مَنْ رَأَى أَنَّهُ إِذَا تَرَكَ الْقَوَدَ أَنَّ لَهُ دِيَةً كَامِلَةً، وَيَلْزَمُ حَامِلَ هَذَا الْقَوْلِ أَنْ لَا يَسْتَقِيدَ ضَرُورَةً، وَمَنْ قَالَ بِالْقَوَدِ وَجَعَلَ الدِّيَةَ نِصْفَ الدِّيَةِ فَهُوَ أَحْرَزُ لِأَصْلِهِ، فَتَأَمَّلْهُ فَإِنَّهُ بَيَّنَ بِنَفْسِهِ وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَأَمَّا هَلِ الْمَجْرُوحُ مُخَيَّرٌ بَيْنَ الْقِصَاصِ وَأَخْذِ الدِّيَةِ، أَمْ لَيْسَ لَهُ إِلَّا الْقِصَاصُ فَقَطْ إِلَّا أَنْ يَصْطَلِحَا عَلَى أَخْذِ الدِّيَةِ؟ فَفِيهِ الْقَوْلَانِ عَنْ مَالِكٍ مِثْلَ الْقَوْلَيْنِ فِي الْقَتْلِ، وَكَذَلِكَ أَحَدُ قَوْلَيْ مَالِكٍ فِي الْأَعْوَرِ يَفْقَأُ عَيْنَ الصَّحِيحِ: أَنَّ الصَّحِيحَ يُخَيَّرُ بَيْنَ أَنْ يَفْقَأَ عَيْنَ الْأَعْوَرِ أَوْ يَأْخُذَ الدِّيَةَ أَلْفَ دِينَارٍ أَوْ خَمْسَمِائَةٍ عَلَى الِاخْتِلَافِ فِي ذَلِكَ. وَأَمَّا مَتَى يُسْتَقَادُ مِنَ الْجُرْحِ؟ فَعِنْدَ مَالِكٍ أَنَّهُ لَا يُسْتَقَادُ مِنْ جُرْحٍ إِلَّا بَعْدَ انْدِمَالِهِ، وَعِنْدَ الشَّافِعِيِّ عَلَى الْفَوْرِ، فَالشَّافِعِيُّ تَمَسَّكَ بِالظَّاهِرِ. وَمَالِكٌ رَأَى أَنْ يُعْتَبَرَ مَا يَئُولُ إِلَيْهِ أَمْرُ الْجُرْحِ مَخَافَةَ أَنْ يُفْضِيَ إِلَى إِتْلَافِ النَّفْسِ. اخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي الْمُقْتَصِّ مِنَ الْجُرْحِ يَمُوتُ الْمُقْتَصُّ مِنْهُ ذَلِكَ الْجُرْحِ، فَقَالَ مَالِكٌ وَالشَّافِعِيُّ وَأَبُو يُوسُفَ وَمُحَمَّدٌ لَا شَيْءَ عَلَى الْمُقْتَصِّ، وَرُوِيَ عَنْ عَلِيٍّ وَعُمَرَ مِثْلُ ذَلِكَ، وَبِهِ قَالَ: أَحْمَدُ، وَأَبُو ثَوْرٍ، وَدَاوُدُ، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَالثَّوْرِيُّ، وَابْنُ أَبِي لَيْلَى وَجَمَاعَةٌ: إِذَا مَاتَ وَجَبَ عَلَى عَاقِلَةِ الْمُقْتَصِّ الدِّيَةُ، وَقَالَ بَعْضُهُمْ: هِيَ فِي مَالِهِ. وَقَالَ عُثْمَانُ الْبَتِّيُّ: يَسْقُطُ عَنْهُ مِنَ الدِّيَةِ قَدْرُ الْحَاجَةِ الَّتِي اقْتَصَّ مِنْهَا، وَهُوَ قَوْلُ ابْنِ مَسْعُودٍ. فَعُمْدَةُ الْفَرِيقِ الْأَوَّلِ إِجْمَاعُهُمْ عَلَى أَنَّ السَّارِقَ إِذَا مَاتَ مِنْ قَطْعِ يَدِهِ أَنَّهُ لَا شَيْءَ عَلَى الَّذِي قَطَعَ يَدَهُ. وَعُمْدَةُ أَبِي حَنِيفَةَ أَنَّهُ قَتْلُ خَطَأٍ وَجَبَتْ فِيهِ الدِّيَةُ. وَلَا يُقَادُ عِنْدَ مَالِكٍ فِي الْحَرِّ الشَّدِيدِ وَلَا الْبَرْدِ الشَّدِيدِ، وَيُؤَخَّرُ ذَلِكَ مَخَافَةَ أَنْ يَمُوتَ الْمُقَادُ مِنْهُ، وَقَدْ قِيلَ: إِنَّ الْمَكَانَ شَرْطٌ فِي جَوَازِ الْقِصَاصِ وَهُوَ غَيْرُ الْحَرَمِ، فَهَذَا هُوَ حُكْمُ الْعَمْدِ فِي الْجِنَايَاتِ عَلَى النَّفْسِ وَفِي الْجِنَايَاتِ عَلَى أَعْضَاءِ الْبَدَنِ، وَيَنْبَغِي أَنْ نَصِيرَ إِلَى حُكْمِ الْخَطَأِ فِي ذَلِكَ، وَنَبْتَدِئَ بِحُكْمِ الْخَطَأِ فِي النَّفْسِ.

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