Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à la majorité, elle justifie l’exemption de peine accordée au père par les droits qu’il possède sur son fils. Selon les principes des tenants de l’interprétation littérale, le père devrait toutefois subir le talion. Voilà pour les faits qui entraînent l’application du talion.

[Deuxième partie : examen de ce qui est dû en matière de talion]

Concernant ce qui est dû, les juristes s’accordent à reconnaître à l’ayant droit de la victime deux possibilités : réclamer le talion ou pardonner, soit moyennant le prix du sang, soit sans contrepartie.

Ils divergent toutefois sur un point : renoncer au talion en échange du prix du sang constitue-t-il un droit de l’ayant droit de la victime, sans que celui qui doit subir le talion puisse s’y opposer ? Ou bien le prix du sang ne devient-il exigible que par le consentement des deux parties (je veux dire : l’ayant droit et le meurtrier), de sorte que, si le meurtrier refuse de le verser, l’ayant droit n’a plus d’autre possibilité que de réclamer le talion ou de pardonner sans contrepartie ?

Mālik dit : « L’ayant droit peut seulement réclamer le talion ou pardonner sans prix du sang, sauf accord du meurtrier sur le versement de celui-ci. » Telle est la version rapportée de lui par Ibn al-Qāsim. Abū Hanīfa, al-Thawrī, al-Awzā‘ī et un groupe de savants partagent cet avis.

Al-Shāfi‘ī, Ahmad, Abū Thawr, Dāwūd et la plupart des juristes de Médine, parmi les disciples de Mālik comme parmi les autres, disent : « L’ayant droit de la victime a le choix : s’il le souhaite, il réclame le talion ; s’il le souhaite, il prend le prix du sang, que le meurtrier y consente ou non. » Ashhab a également rapporté cet avis de Mālik, mais la première version demeure la plus connue de lui.

Le principal argument de Mālik, selon cette version bien connue, est le hadith d’Anas ibn Mālik relatif à l’affaire de la dent d’al-Rubayyi‘, dans lequel le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — dit :

« Le Livre d’Allah prescrit le talion. »

Il en a déduit, par raisonnement a contrario, que l’ayant droit ne peut exiger que le talion.

Le principal argument du second groupe est le hadith authentique d’Abū Hurayra :

« Celui dont un proche a été tué a le choix entre deux possibilités : prendre le prix du sang ou pardonner. »

L’authenticité de ces deux hadiths fait l’unanimité. Le premier ne démontre que faiblement que l’ayant droit ne peut exiger que le talion. Le second affirme explicitement qu’il dispose d’un choix. Il est possible de les concilier en écartant le raisonnement a contrario tiré du premier. Dès lors que cette conciliation est obligatoire et possible, il est obligatoire de retenir le second hadith.

La majorité considère que la conciliation des textes est obligatoire lorsqu’elle est possible et qu’elle prime sur la préférence accordée à l’un d’eux. En outre, Allah — Puissant et Majestueux — dit :

« Et ne vous tuez pas vous-mêmes. »

[al-Nisā’ : 29]

Lorsqu’une personne juridiquement responsable se voit proposer de racheter sa vie contre une somme d’argent, il lui incombe donc de le faire. Ce raisonnement repose sur le cas de celui qui, en situation de famine, trouve de la nourriture à son prix habituel et possède de quoi l’acheter (je veux dire : que l’achat lui en est imposé judiciairement). À plus forte raison doit-il racheter sa propre vie !

Cette version implique également que, si la victime laisse des ayants droit mineurs et majeurs, l’exécution soit différée jusqu’à ce que les mineurs atteignent leur majorité, afin qu’ils puissent exercer leur choix. Cela vaut à plus forte raison lorsque les mineurs excluent les majeurs, comme les fils à l’égard des frères.

Le cadi dit :

Cette question s’était présentée à Cordoue du vivant de mon grand-père — qu’Allah lui fasse miséricorde —, et les savants de

وَالْجُمْهُورُ إِنَّمَا عَلَّلُوا دَرْءَ الْحَدِّ عَنِ الْأَبِ لِمَكَانِ حَقِّهِ عَلَى الِابْنِ، وَالَّذِي يَجِيءُ عَلَى أُصُولِ أَهْلِ الظَّاهِرِ أَنْ يُقَادَ، فَهَذَا هُوَ الْقَوْلُ فِي الْمُوجِبِ. [الْقِسْمُ الثَّانِي النَّظَرُ فِي الْوَاجِبِ فِي الْقِصَاصِ] وَأَمَّا الْقَوْلُ فِي الْوَاجِبِ فَاتَّفَقُوا عَلَى أَنَّ لِوَلِيِّ الدَّمِ أَحَدَ شَيْئَيْنِ: الْقِصَاصُ، أَوِ الْعَفْوُ إِمَّا عَلَى الدِّيَةِ وَإِمَّا عَلَى غَيْرِ الدِّيَةِ. وَاخْتَلَفُوا هَلِ الِانْتِقَالُ مِنَ الْقِصَاصِ إِلَى الْعَفْوِ عَلَى أَخْذِ الدِّيَةِ هُوَ حَقٌّ وَاجِبٌ لِوَلِيِّ الدَّمِ دُونَ أَنْ يَكُونَ فِي ذَلِكَ خِيَارٌ لِلْمُقْتَصِّ مِنْهُ، أَمْ لَا تَثْبُتُ الدِّيَةُ إِلَّا بِتَرَاضِي الْفَرِيقَيْنِ (أَعْنِي: الْوَلِيَّ وَالْقَاتِلَ) ، وَأَنَّهُ إِذَا لَمْ يُرِدِ الْمُقْتَصُّ مِنْهُ أَنْ يُؤَدِّيَ الدِّيَةَ لَمْ يَكُنْ لِوَلِيِّ الدَّمِ إِلَّا الْقِصَاصُ مُطْلَقًا أَوِ الْعَفْوُ. فَقَالَ مَالِكٌ: لَا يَجِبُ لِلْوَلِيِّ إِلَّا أَنْ يَقْتَصَّ أَوْ يَعْفُوَ عَنْ غَيْرِ دِيَةٍ إِلَّا أَنْ يَرْضَى بِإِعْطَاءِ الدِّيَةِ لِلْقَاتِلِ، وَهِيَ رِوَايَةُ ابْنِ الْقَاسِمِ عَنْهُ، وَبِهِ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَالثَّوْرِيُّ وَالْأَوْزَاعِيُّ وَجَمَاعَةٌ. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ، وَأَحْمَدُ، وَأَبُو ثَوْرٍ، وَدَاوُدُ وَأَكْثَرُ فُقَهَاءِ الْمَدِينَةِ مِنْ أَصْحَابِ مَالِكٍ وَغَيْرِهِ: وَلِيُّ الدَّمِ بِالْخِيَارِ إِنْ شَاءَ اقْتَصَّ وَإِنْ شَاءَ أَخَذَ الدِّيَةَ، رَضِيَ الْقَاتِلُ أَوْ لَمْ يَرْضَ، وَرَوَى ذَلِكَ أَشْهَبُ عَنْ مَالِكٍ، إِلَّا أَنَّ الْمَشْهُورَ عَنْهُ هِيَ الرِّوَايَةُ الْأُولَى. فَعُمْدَةُ مَالِكٍ فِي الرِّوَايَةِ الْمَشْهُورَةِ حَدِيثُ أَنَسِ بْنِ مَالِكٍ فِي قِصَّةِ سِنِّ الرُّبَيِّعِ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «كِتَابُ اللَّهِ الْقِصَاصُ» فَعَلِمَ بِدَلِيلِ الْخِطَابِ أَنَّهُ لَيْسَ لَهُ إِلَّا الْقِصَاصُ. وَعُمْدَةُ الْفَرِيقِ الثَّانِي حَدِيثُ أَبِي هُرَيْرَةَ الثَّابِتُ: «مَنْ قُتِلَ لَهُ قَتِيلٌ فَهُوَ بِخَيْرِ النَّظَرَيْنِ بَيْنَ أَنْ يَأْخُذَ الدِّيَةَ وَبَيْنَ أَنْ يَعْفُوَ» ، هُمَا حَدِيثَانِ مُتَّفَقٌ عَلَى صِحَّتِهِمَا، الْأَوَّلُ ضَعِيفُ الدَّلَالَةِ فِي أَنَّهُ لَيْسَ لَهُ إِلَّا الْقِصَاصُ. وَالثَّانِي نَصٌّ فِي أَنَّ لَهُ الْخِيَارَ، وَالْجَمْعُ بَيْنَهُمَا يُمْكِنُ إِذَا رُفِعَ دَلِيلُ الْخِطَابِ مِنْ ذَلِكَ، فَإِنْ كَانَ الْجَمْعُ وَاجِبًا وَمُمْكِنًا فَالْمَصِيرُ إِلَى الْحَدِيثِ الثَّانِي وَاجِبٌ. وَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّ الْجَمْعَ وَاجِبٌ إِذَا أَمْكَنَ وَأَنَّهُ أَوْلَى مِنَ التَّرْجِيحِ، وَأَيْضًا فَإِنَّ اللَّهَ - عَزَّ وَجَلَّ - يَقُولُ: {وَلا تَقْتُلُوا أَنْفُسَكُمْ} [النساء: ٢٩] وَإِذَا عُرِضَ عَلَى الْمُكَلَّفِ فِدَاءُ نَفْسِهِ بِمَالٍ فَوَاجِبٌ عَلَيْهِ أَنْ يَفْدِيَهَا، أَصْلُهُ إِذَا وَجَدَ الطَّعَامَ فِي مَخْمَصَةٍ بِقِيمَةِ مِثْلِهِ وَعِنْدَهُ مَا يَشْتَرِيهِ (أَعْنِي: أَنَّهُ يُقْضَى عَلَيْهِ بِشِرَائِهِ) ، فَكَيْفَ بِشِرَاءِ نَفْسِهِ؟ وَيَلْزَمُ عَلَى هَذِهِ الرِّوَايَةِ إِذَا كَانَ لِلْمَقْتُولِ أَوْلِيَاءُ صِغَارٌ وَكِبَارٌ أَنْ يُؤَخِّرَ الْقَتْلَ إِلَى أَنْ يَكْبَرَ الصِّغَارُ فَيَكُونَ لَهُمُ الْخِيَارُ، وَلَا سِيَّمَا إِذَا كَانَ الصِّغَارُ يَحْجُبُونَ الْكِبَارَ مِثْلَ الْبَنِينَ مَعَ الْإِخْوَةِ. قَالَ الْقَاضِي: وَقَدْ كَانَتْ وَقَعَتْ هَذِهِ الْمَسْأَلَةُ بِقُرْطُبَةَ حَيَاةَ جَدِّي - رَحِمَهُ اللَّهُ -، فَأَفْتَى أَهْلُ

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