Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

— exalté soit-Il —

« Et femme pour femme. »

[al-Baqara : 178]

Certes, le sens déduit ici par raisonnement a contrario se heurte à la portée générale de cette parole du Très-Haut :

« Nous leur y avons prescrit : vie pour vie. »

[al-Mā’ida : 45]

Mais on peut objecter à ce dernier argument que ce passage concerne une législation autre que la nôtre. Or, cette question est controversée (je veux dire : la législation de ceux qui nous ont précédés s’impose-t-elle à nous ou non ?). L’argument essentiel en faveur de la mise à mort d’un homme pour le meurtre d’une femme demeure donc la prise en compte de l’intérêt général.

Dans ce même domaine, les juristes divergent au sujet du père et du fils. Mālik dit : « Le père n’est mis à mort en application du talion pour avoir tué son fils que s’il le couche à terre et l’égorge. En revanche, s’il lui porte un coup d’épée ou de bâton et le tue, il n’est pas mis à mort. » Il en va de même, selon lui, du grand-père à l’égard de son petit-fils.

Abū Hanīfa, al-Shāfi‘ī et al-Thawrī disent : « Le père n’est pas mis à mort en application du talion pour avoir tué son enfant, ni le grand-père pour avoir tué son petit-enfant, quelle que soit la forme prise par cet homicide volontaire. » Tel est également l’avis de la majorité des savants.

Ils s’appuient principalement sur le hadith d’Ibn ‘Abbās selon lequel le Prophète — sur lui la prière et la paix — a dit :

« Les peines légales ne sont pas exécutées dans les mosquées, et le père n’est pas mis à mort en application du talion pour avoir tué son enfant. »

Mālik s’appuie, quant à lui, sur la portée générale de la règle du talion entre musulmans.

Leur divergence tient au récit qu’ils rapportent de Yahyā ibn Sa‘īd, d’après ‘Amr ibn Shu‘ayb :

« Un homme des Banū Mudlij, appelé Qatāda, porta à son fils un coup d’épée qui l’atteignit à la jambe. Sa blessure saigna tant qu’il en mourut. Surāqa ibn Ju‘shum se rendit auprès de ‘Umar ibn al-Khattāb et lui raconta les faits. ‘Umar lui dit : “Rassemble cent vingt chameaux au point d’eau de Qudayd, en attendant que je te rejoigne.” Lorsque ‘Umar arriva auprès de lui, il préleva sur ces bêtes trente chamelles de trois ans révolus, trente de quatre ans révolus et quarante chamelles pleines. Puis il demanda : “Où est le frère de la victime ?” Celui-ci répondit : “Me voici.” Il lui dit : “Prends-les, car le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — a dit : ‘Aucune part ne revient au meurtrier.’” »

Mālik a interprété ce récit comme portant sur un homicide qui n’était pas pleinement volontaire. Il en a déduit l’existence de l’homicide quasi volontaire dans les rapports entre le père et le fils.

La majorité, en revanche, s’en est tenue au sens apparent du récit, à savoir qu’il s’agissait d’un homicide volontaire, puisqu’ils s’accordent à considérer comme volontaire le fait de porter à autrui un coup d’épée qui entraîne sa mort.

Pour sa part, Mālik a estimé que l’autorité dont dispose le père pour corriger son fils, ainsi que l’amour qu’il lui porte, justifiaient de considérer l’homicide survenu dans de telles circonstances comme non volontaire. Il n’a donc pas retenu contre lui le soupçon d’une intention homicide, dès lors qu’il ne s’agissait pas d’un meurtre commis par traîtrise. En effet, l’intention de tuer ne peut être imputée à l’auteur d’un tel acte que sur le fondement d’une forte probabilité et de présomptions sérieuses, puisque seul Allah, le Très-Haut, connaît les intentions. Ainsi, Mālik n’a pas retenu contre le père le soupçon qu’il aurait retenu contre un homme étranger à l’enfant, en raison de la force de l’amour qui unit le père et le fils.

تَعَالَى: {وَالأُنْثَى بِالأُنْثَى} [البقرة: ١٧٨] وَإِنْ كَانَ يُعَارِضُ دَلِيلَ الْخِطَابِ هَاهُنَا الْعُمُومِ الَّذِي فِي قَوْله تَعَالَى: {وَكَتَبْنَا عَلَيْهِمْ فِيهَا أَنَّ النَّفْسَ بِالنَّفْسِ} [المائدة: ٤٥] لَكِنْ يَدْخُلُهُ أَنَّ هَذَا الْخِطَابَ وَارِدٌ فِي غَيْرِ شَرِيعَتِنَا، وَهِيَ مَسْأَلَةٌ مُخْتَلَفٌ فِيهَا (أَعْنِي: هَلْ شَرْعُ مَنْ قَبْلَنَا شَرْعٌ لَنَا أَمْ لَا؟) ، وَالِاعْتِمَادُ فِي قَتْلِ الرَّجُلِ بِالْمَرْأَةِ هُوَ النَّظَرُ إِلَى الْمَصْلَحَةِ الْعَامَّةِ. وَاخْتَلَفُوا مِنْ هَذَا الْبَابِ فِي الْأَبِ وَالِابْنِ، فَقَالَ مَالِكٌ: لَا يُقَادُ الْأَبُ بِالِابْنِ إِلَّا أَنْ يُضْجِعَهُ فَيَذْبَحَهُ، فَأَمَّا إِنْ حَذَفَهُ بِسَيْفٍ أَوْ عَصًا فَقَتَلَهُ لَمْ يُقْتَلْ، وَكَذَلِكَ الْجَدُّ عِنْدَهُ مَعَ حَفِيدِهِ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَالشَّافِعِيُّ، وَالثَّوْرِيُّ: لَا يُقَادُ الْوَالِدُ بِوَلَدِهِ وَلَا الْجَدُّ بِحَفِيدِهِ إِذَا قَتَلَهُ بِأَيِّ وَجْهٍ كَانَ مِنْ أَوْجُهِ الْعَمْدِ، وَبِهِ قَالَ جُمْهُورُ الْعُلَمَاءِ. وَعُمْدَتُهُمْ حَدِيثُ ابْنِ عَبَّاسٍ أَنَّ النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - قَالَ: «لَا تُقَامُ الْحُدُودُ فِي الْمَسَاجِدِ وَلَا يُقَادُ بِالْوَلَدِ الْوَالِدُ» . وَعُمْدَةُ مَالِكٍ عُمُومُ الْقِصَاصِ بَيْنَ الْمُسْلِمِينَ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ مَا رَوَوْهُ عَنْ يَحْيَى بْنِ سَعِيدٍ عَنْ عَمْرِو بْنِ شُعَيْبٍ «أَنَّ رَجُلًا مِنْ بَنِي مُدْلِجٍ يُقَالُ لَهُ: قَتَادَةُ حَذَفَ ابْنًا لَهُ بِالسَّيْفِ فَأَصَابَ سَاقَهُ، فَنُزِفَ جُرْحُهُ فَمَاتَ، فَقَدِمَ سُرَاقَةُ بْنُ جُعْشُمٍ عَلَى عُمَرَ بْنِ الْخَطَّابِ فَذَكَرَ ذَلِكَ لَهُ، فَقَالَ لَهُ عُمَرُ: اعْدُدْ عَلَى مَاءِ قُدَيْدٍ عِشْرِينَ وَمِائَةَ بَعِيرٍ حَتَّى أَقْدَمَ عَلَيْكَ، فَلَمَّا قَدِمَ عَلَيْهِ عُمَرُ أَخَذَ مِنْ تِلْكَ الْإِبِلِ ثَلَاثِينَ حِقَّةً وَثَلَاثِينَ جَذَعَةً وَأَرْبَعِينَ خَلِفَةً، ثُمَّ قَالَ: أَيْنَ أَخُو الْمَقْتُولِ، فَقَالَ: هأَنذَا، قَالَ: خُذْهَا، فَإِنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: " لَيْسَ لِقَاتِلٍ شَيْءٌ» . فَإِنَّ مَالِكًا حَمَلَ هَذَا الْحَدِيثَ عَلَى أَنَّهُ لَمْ يَكُنْ عَمْدًا مَحْضًا، وَأَثْبَتَ مِنْهُ شِبْهَ الْعَمْدِ فِيمَا بَيْنَ الِابْنِ وَالْأَبِ. وَأَمَّا الْجُمْهُورُ فَحَمَلُوهُ عَلَى ظَاهِرِهِ مِنْ أَنَّهُ عَمْدٌ لِإِجْمَاعِهِمْ أَنَّ مَنْ حَذَفَ آخَرَ بِسَيْفٍ فَقَتَلَهُ فَهُوَ عَمْدٌ. وَأَمَّا مَالِكٌ فَرَأَى لِمَا لِلْأَبِ مِنَ التَّسَلُّطِ عَلَى تَأْدِيبِ ابْنِهِ وَمِنَ الْمَحَبَّةِ لَهُ أَنْ حَمَلَ الْقَتْلَ الَّذِي يَكُونُ فِي أَمْثَالِ هَذِهِ الْأَحْوَالِ عَلَى أَنَّهُ لَيْسَ بِعَمْدٍ، وَلَمْ يَتَّهِمْهُ إِذْ كَانَ لَيْسَ بِقَتْلِ غِيلَةٍ، فَإِنَّمَا يُحْمَلُ فَاعِلُهُ عَلَى أَنَّهُ قَصَدَ الْقَتْلَ مِنْ جِهَةِ غَلَبَةِ الظَّنِّ وَقُوَّةِ التُّهْمَةِ، إِذْ كَانَتِ النِّيَّاتُ لَا يَطَّلِعُ عَلَيْهَا إِلَّا اللَّهُ تَعَالَى، فَمَالِكٌ لَمْ يَتَّهِمِ الْأَبَ حَيْثُ اتَّهَمَ الْأَجْنَبِيَّ، لِقُوَّةِ الْمَحَبَّةِ الَّتِي بَيْنَ الْأَبِ وَالِابْنِ.

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