Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

et déclara : “Il m’appartient plus qu’à quiconque d’honorer mon engagement.” » Ils rapportent également cela de ‘Umar. Selon eux, ce récit restreint la portée générale de cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Un croyant ne doit pas être mis à mort pour le meurtre d’un mécréant. »

Autrement dit, cette parole viserait le mécréant en état de guerre, et non celui qui bénéficie d’un pacte. Toutefois, les spécialistes du hadith ont jugé faibles le hadith de ‘Abd al-Rahmān al-Salmānī ainsi que le récit qu’ils rapportent à ce sujet de ‘Umar.

Quant au raisonnement par analogie, ils s’appuient sur le consensus des musulmans selon lequel le musulman qui vole les biens d’un non-musulman protégé doit avoir la main coupée. Ils disent : « Puisque les biens de celui-ci sont aussi inviolables que ceux du musulman, sa vie l’est également autant que la sienne. » La divergence provient donc de l’opposition entre les récits transmis et le raisonnement par analogie.

Concernant la mise à mort de plusieurs personnes pour le meurtre d’une seule, la majorité des juristes des grandes cités l’admettent, que les meurtriers soient nombreux ou peu nombreux. C’est notamment l’avis de Mālik, d’Abū Hanīfa, d’al-Shāfi‘ī, d’al-Thawrī, d’Ahmad, d’Abū Thawr et d’autres encore. ‘Umar partageait cet avis ; on rapporte même qu’il a dit : « Si tous les habitants de Sanaa s’étaient ligués pour le tuer, je les aurais tous fait mettre à mort. »

Dāwūd et les littéralistes estiment, quant à eux, que plusieurs personnes ne doivent pas être mises à mort pour le meurtre d’une seule. C’est aussi l’avis d’Ibn al-Zubayr et d’al-Zuhrī ; il est également rapporté de Jābir.

De même, selon ce groupe, on ne coupe pas plusieurs mains en réparation d’une seule main coupée — je veux dire lorsque deux personnes ou davantage ont participé à cet acte. Mālik et al-Shāfi‘ī estiment, au contraire, que plusieurs mains peuvent être coupées pour une seule. Les hanafites distinguent la vie des membres du corps : selon eux, plusieurs personnes peuvent être mises à mort pour le meurtre d’une seule, mais on ne coupe qu’un seul membre en réparation d’un membre coupé. Ce point sera abordé au chapitre du talion appliqué aux membres du corps.

Ceux qui admettent la mise à mort de plusieurs personnes pour le meurtre d’une seule s’appuient principalement sur la prise en compte de l’intérêt général. Il est en effet entendu que la mise à mort a été prescrite pour prévenir les meurtres, comme le souligne le Livre dans cette parole du Très-Haut :

« Dans le talion, il y a pour vous une préservation de la vie, ô vous qui êtes doués de raison ! »

[al-Baqara : 179]

Dès lors, si plusieurs personnes ne pouvaient être mises à mort pour le meurtre d’une seule, les gens trouveraient un moyen de commettre des meurtres en s’y prenant délibérément à plusieurs pour tuer une personne.

On peut toutefois objecter que cette conséquence ne s’imposerait que si aucun membre du groupe n’était mis à mort. En revanche, si l’un d’eux est exécuté, à savoir celui dont l’acte est très vraisemblablement à l’origine du décès, il ne s’ensuit pas que la peine soit rendue inopérante au point de laisser libre cours aux homicides.

Ceux qui n’admettent la mise à mort que d’une seule personne pour le meurtre d’une seule s’appuient principalement sur cette parole du Très-Haut :

« Nous leur y avons prescrit : vie pour vie, œil pour œil. »

[al-Mā’ida : 45]

Quant à la mise à mort d’un homme pour le meurtre d’une femme, Ibn al-Mundhir et d’autres auteurs ayant recensé les divergences rapportent qu’elle fait l’objet d’un consensus, à l’exception de ce qui est rapporté de ‘Alī, parmi les Compagnons, ainsi que de ‘Uthmān al-Battī : lorsqu’un homme est mis à mort pour le meurtre d’une femme, les ayants droit de celle-ci doivent verser la moitié du prix du sang.

Le juge Abū al-Walīd al-Bājī rapporte dans al-Muntaqā (« Le Florilège ») qu’al-Hasan al-Basrī estimait qu’un homme ne devait pas être mis à mort pour le meurtre d’une femme. Al-Khattābī rapporte également cet avis dans Ma‘ālim al-sunan (« Les Repères des traditions prophétiques »). Cet avis est isolé, mais l’argument qui l’étaye est solide, en raison de Sa parole :

وَقَالَ: أَنَا أَحَقُّ مَنْ وَفَّى بِعَهْدِهِ» وَرَوَوْا ذَلِكَ عَنْ عُمَرَ، قَالُوا: وَهَذَا مُخَصِّصٌ لِعُمُومِ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا يُقْتَلُ مُؤْمِنٌ بِكَافِرٍ» أَيْ أَنَّهُ أُرِيدَ بِهِ الْكَافِرُ الْحَرْبِيُّ دُونَ الْكَافِرِ الْمُعَاهَدِ، وَضَعَّفَ أَهْلُ الْحَدِيثِ حَدِيثَ عَبْدِ الرَّحْمَنِ السَّلْمَانِيِّ، وَمَا رَوَوْا مِنْ ذَلِكَ عَنْ عُمَرَ. وَأَمَّا مِنْ طَرِيقِ الْقِيَاسِ فَإِنَّهُمُ اعْتَمَدُوا عَلَى إِجْمَاعِ الْمُسْلِمِينَ فِي أَنَّ يَدَ الْمُسْلِمِ تُقْطَعُ إِذَا سَرَقَ مِنْ مَالِ الذِّمِّيِّ، قَالُوا: فَإِذَا كَانَتْ حُرْمَةُ مَالِهِ كَحُرْمَةِ مَالِ الْمُسْلِمِ فَحُرْمَةُ دَمِهِ كَحُرْمَةِ دَمِهِ، فَسَبَبُ الْخِلَافِ تَعَارُضُ الْآثَارِ وَالْقِيَاسِ. وَأَمَّا قَتْلُ الْجَمَاعَةِ بِالْوَاحِدِ، فَإِنَّ جُمْهُورَ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ قَالُوا تُقْتَلُ الْجَمَاعَةُ بِالْوَاحِدِ، مِنْهُمْ مَالِكٌ وَأَبُو حَنِيفَةَ، وَالشَّافِعِيُّ، وَالثَّوْرِيُّ، وَأَحْمَدُ، وَأَبُو ثَوْرٍ وَغَيْرُهُمْ، سَوَاءٌ كَثُرَتِ الْجَمَاعَةُ أَوْ قَلَّتْ، وَبِهِ قَالَ عُمَرُ حَتَّى رُوِيَ أَنَّهُ قَالَ: لَوْ تَمَالَأَ عَلَيْهِ أَهْلُ صَنْعَاءَ لَقَتَلْتُهُمْ جَمِيعًا. وَقَالَ دَاوُدُ وَأَهْلُ الظَّاهِرِ: لَا تُقْتَلُ الْجَمَاعَةُ بِالْوَاحِدِ، وَهُوَ قَوْلُ ابْنِ الزُّبَيْرِ، وَبِهِ قَالَ الزُّهْرِيُّ، وَرُوِيَ عَنْ جَابِرٍ. وَكَذَلِكَ عِنْدَ هَذِهِ الطَّائِفَةِ لَا تُقْطَعُ أَيْدٍ بِيَدٍ (أَعْنِي: إِذَا اشْتَرَكَ اثْنَانِ فَمَا فَوْقَ ذَلِكَ فِي قَطْعِ يَدٍ) ، وَقَالَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ: تُقْطَعُ الْأَيْدِي بِالْيَدِ، وَفَرَّقَتِ الْحَنَفِيَّةُ بَيْنَ النَّفْسِ وَالْأَطْرَافِ، فَقَالُوا: تُقْتَلُ الْأَنْفُسُ بِالنَّفْسِ، وَلَا يُقْطَعُ بِالطَّرَفِ إِلَّا طَرَفٌ وَاحِدٌ، وَسَيَأْتِي هَذَا فِي بَابِ الْقِصَاصِ مِنَ الْأَعْضَاءِ. فَعُمْدَةُ مَنْ قَتَلَ بِالْوَاحِدِ الْجَمَاعَةَ النَّظَرُ إِلَى الْمَصْلَحَةِ، فَإِنَّهُ مَفْهُومٌ أَنَّ الْقَتْلَ إِنَّمَا شُرِعَ لِنَفْيِ الْقَتْلِ كَمَا نَبَّهَ عَلَيْهِ الْكِتَابُ فِي قَوْله تَعَالَى: {وَلَكُمْ فِي الْقِصَاصِ حَيَاةٌ يَا أُولِي الأَلْبَابِ} [البقرة: ١٧٩] وَإِذَا كَانَ ذَلِكَ كَذَلِكَ فَلَوْ لَمْ تُقْتَلِ الْجَمَاعَةُ بِالْوَاحِدِ لَتَذَرَّعَ النَّاسُ إِلَى الْقَتْلِ بِأَنْ يَتَعَمَّدُوا قَتْلَ الْوَاحِدِ بِالْجَمَاعَةِ، وَلَكِنْ لِلْمُعْتَرِضِ أَنْ يَقُولَ: إِنَّ هَذَا إِنَّمَا كَانَ يَلْزَمُ لَوْ لَمْ يَقْتُلْ مِنَ الْجَمَاعَةِ أَحَدٌ، فَأَمَّا إِنْ قَتَلَ مِنْهُمْ وَاحِدٌ وَهُوَ الَّذِي مِنْ قَتْلِهِ يُظَنُّ إِتْلَافُ النَّفْسِ غَالِبًا عَلَى الظَّنِّ، فَلَيْسَ يَلْزَمُ أَنْ يَبْطُلَ الْحَدُّ حَتَّى يَكُونَ سَبَبًا لِلتَّسْلِيطِ عَلَى إِذْهَابِ النُّفُوسِ. وَعُمْدَةُ مَنْ قَتَلَ الْوَاحِدَ بِالْوَاحِدِ قَوْله تَعَالَى: {وَكَتَبْنَا عَلَيْهِمْ فِيهَا أَنَّ النَّفْسَ بِالنَّفْسِ وَالْعَيْنَ بِالْعَيْنِ} [المائدة: ٤٥] . وَأَمَّا قَتْلُ الذَّكَرِ بِالْأُنْثَى، فَإِنَّ ابْنَ الْمُنْذِرِ وَغَيْرَهُ مِمَّنْ ذَكَرَ الْخِلَافَ حَكَى أَنَّهُ إِجْمَاعٌ، إِلَّا مَا حُكِيَ عَنْ عَلِيٍّ مِنَ الصَّحَابَةِ، وَعَنْ عُثْمَانَ الْبَتِّيِّ أَنَّهُ إِذَا قُتِلَ الرَّجُلُ بِالْمَرْأَةِ كَانَ عَلَى أَوْلِيَاءِ الْمَرْأَةِ نِصْفُ الدِّيَةِ. وَحَكَى الْقَاضِي أَبُو الْوَلِيدِ الْبَاجِيُّ فِي الْمُنْتَقَى عَنِ الْحَسَنِ الْبَصْرِيِّ، أَنَّهُ لَا يُقْتَلُ الذَّكَرُ بِالْأُنْثَى، وَحَكَاهُ الْخَطَّابِيُّ فِي مَعَالِمِ السُّنَنِ، وَهُوَ شَاذٌّ، وَلَكِنَّ دَلِيلَهُ قَوِيٌّ لِقَوْلِهِ

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