Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Ainsi, ceux qui suivent la voie de la conciliation comprennent le hadith d’Abū Ayyūb al-Ansārī comme concernant les espaces découverts, où aucun écran ne protège des regards, et celui d’Ibn ‘Umar comme concernant les lieux pourvus d’un écran. Telle est la position de Mālik.

Ceux qui donnent la prépondérance à l’un des deux hadiths retiennent celui d’Abū Ayyūb. En effet, lorsque deux hadiths se contredisent, que l’un établit une prescription et que l’autre est conforme au principe de l’absence de prescription, sans que l’on sache lequel est antérieur à l’autre, il faut retenir celui qui établit la prescription. Sa transmission par des rapporteurs intègres rend en effet obligatoire sa mise en pratique. Quant à la non-observance de cette prescription, également rapportée par des transmetteurs intègres, elle peut avoir précédé son instauration comme elle peut lui avoir succédé. Il n’est donc pas permis d’abandonner une prescription dont l’application est devenue obligatoire sur la foi d’une présomption que nous n’avons pas reçu l’ordre de tenir pour une preuve d’abrogation, à moins qu’il ne soit rapporté que cette non-observance lui était postérieure.

En effet, les présomptions sur lesquelles reposent les prescriptions sont délimitées par la Loi : j’entends celles qui permettent de les lever ou de les établir. Il ne s’agit pas de n’importe quelle présomption. C’est pourquoi ils disent que l’obligation d’agir en conséquence ne repose pas sur la présomption, mais sur un fondement certain. Ils entendent par là la disposition certaine de la Loi qui impose d’agir sur la base de ce type de présomption. Cette démarche que nous venons d’exposer est celle d’Abū Muhammad ibn Hazm al-Andalusī. C’est une démarche solide, fondée sur les principes des spécialistes de l’argumentation juridique. Elle revient à considérer que le doute ne lève pas ce qu’une preuve juridique a établi.

Quant à la démarche de ceux qui reviennent au principe originel en cas de contradiction, elle repose sur l’idée que le doute fait tomber la prescription et la lève, de sorte qu’elle est tenue pour inexistante. Telle est la position de Dāwūd al-Zāhirī. Abū Muhammad ibn Hazm s’est toutefois opposé à lui sur ce principe, bien qu’il appartienne à son école.

Le cadi dit :

Voilà donc les questions que nous avons jugé bon de consigner dans ce livre, estimant qu’elles tiennent lieu de fondements. La plupart sont expressément énoncées dans les textes de la Loi ; je veux dire que la plupart se rattachent à ce qui y est explicitement formulé, soit directement, soit de manière presque directe. Si d’autres questions de cet ordre nous reviennent à l’esprit, nous les ajouterons à ce chapitre. Pour l’attribution de ces différentes positions à leurs tenants, je me suis principalement appuyé sur le livre al-Istidhkār. J’autorise quiconque y découvrirait une erreur de ma part à la corriger. C’est Allah qui apporte Son aide et accorde la réussite.

فَمَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ الْجَمْعِ حَمَلَ حَدِيثَ أَبِي أَيُّوبَ الْأَنْصَارِيِّ عَلَى الصَّحَارِي حَيْثُ لَا سُتْرَةَ، وَحَمَلَ حَدِيثَ ابْنِ عُمَرَ عَلَى السُّتْرَةِ، وَهُوَ مَذْهَبُ مَالِكٍ. وَمَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ التَّرْجِيحِ رَجَّحَ حَدِيثَ أَبِي أَيُّوبَ ; لِأَنَّهُ إِذَا تَعَارَضَ حَدِيثَانِ أَحَدُهُمَا فِيهِ شَرْعٌ مَوْضُوعٌ، وَالْآخَرُ مُوَافِقٌ لِلْأَصْلِ الَّذِي هُوَ عَدَمُ الْحُكْمِ، وَلَمْ يُعْلَمِ الْمُتَقَدِّمُ مِنْهُمَا مِنَ الْمُتَأَخِّرِ - وَجَبَ أَنْ يُصَارَ إِلَى الْحَدِيثِ الْمُثْبِتِ لِلشَّرْعِ ; لِأَنَّهُ قَدْ وَجَبَ الْعَمَلُ بِنَقْلِهِ مِنْ طَرِيقِ الْعُدُولِ، وَتَرْكُهُ الَّذِي وَرَدَ أَيْضًا مِنْ طَرِيقِ الْعُدُولِ يُمْكِنُ أَنْ يَكُونَ ذَلِكَ قَبْلَ شَرْعِ ذَلِكَ الْحُكْمِ، وَيُمْكِنُ أَنْ يَكُونَ بَعْدَهُ، فَلَمْ يَجُزْ أَنْ نَتْرُكَ شَرْعًا وَجَبَ الْعَمَلُ بِهِ بِظَنٍّ لَمْ نُؤْمَرْ أَنْ نُوجِبَ النَّسْخَ بِهِ إِلَّا لَوْ نُقِلَ أَنَّهُ كَانَ بَعْدَهُ، فَإِنَّ الظُّنُونَ الَّتِي تَسْتَنِدُ إِلَيْهَا الْأَحْكَامُ مَحْدُودَةٌ بِالشَّرْعِ: أَعْنِي الَّتِي تُوجِبُ رَفْعَهَا أَوْ إِيجَابَهَا وَلَيْسَتْ هِيَ أَيُّ ظَنٍّ اتَّفَقَ، وَلِذَلِكَ يَقُولُونَ إِنَّ الْعَمَلَ بِمَا لَمْ يَجِبْ بِالظَّنِّ، وَإِنَّمَا وَجَبَ بِالْأَصْلِ الْمَقْطُوعِ بِهِ، يُرِيدُونَ بِذَلِكَ الشَّرْعَ الْمَقْطُوعَ بِهِ الَّذِي أَوْجَبَ الْعَمَلَ بِذَلِكَ النَّوْعِ مِنَ الظَّنِّ، وَهَذِهِ الطَّرِيقَةُ الَّتِي قُلْنَاهَا هِيَ طَرِيقَةُ أَبِي مُحَمَّدِ بْنِ حَزْمٍ الْأَنْدَلُسِيِّ، وَهِيَ طَرِيقَةٌ جَيِّدَةٌ مَبْنِيَّةٌ عَلَى أُصُولِ أَهْلِ الْكَلَامِ الْفِقْهِيِّ، وَهُوَ رَاجِعٌ إِلَى أَنَّهُ لَا يَرْتَفِعُ بِالشَّكِّ مَا ثَبَتَ بِالدَّلِيلِ الشَّرْعِيِّ. وَأَمَّا مَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ الرُّجُوعِ إِلَى الْأَصْلِ عِنْدَ التَّعَارُضِ فَهُوَ مَبْنِيٌّ عَلَى أَنَّ الشَّكَّ يُسْقِطُ الْحُكْمَ وَيَرْفَعُهُ، وَأَنَّهُ كَلَا حُكْمٍ، وَهُوَ مَذْهَبُ دَاوُدَ الظَّاهِرِيِّ، وَلَكِنَّهُ خَالَفَهُ أَبُو مُحَمَّدِ بْنُ حَزْمٍ فِي هَذَا الْأَصْلِ مَعَ أَنَّهُ مِنْ أَصْحَابِهِ. قَالَ الْقَاضِي: فَهَذَا هُوَ الَّذِي رَأَيْنَا أَنْ نُثْبِتَهُ فِي هَذَا الْكِتَابِ مِنَ الْمَسَائِلِ الَّتِي ظَنَنَّا أَنَّهَا تَجْرِي مَجْرَى الْأُصُولِ، وَهِيَ الَّتِي نَطَقَ بِهَا فِي الشَّرْعِ أَكْثَرُ ذَلِكَ، أَعْنِي أَنَّ أَكْثَرَهَا يَتَعَلَّقُ بِالْمَنْطُوقِ بِهِ، إِمَّا تَعَلُّقًا قَرِيبًا أَوْ قَرِيبًا مِنَ الْقَرِيبِ، وَإِنْ تَذَكَّرْنَا لِشَيْءٍ مِنْ هَذَا الْجِنْسِ أَثْبَتْنَاهُ فِي هَذَا الْبَابِ، وَأَكْثَرُ مَا عَوَّلْتُ فِيمَا نَقَلْتُهُ مِنْ نِسْبَةِ هَذِهِ الْمَذَاهِبِ إِلَى أَرْبَابِهَا هُوَ كِتَابُ الِاسْتِذْكَارِ، وَأَنَا قَدْ أَبَحْتُ لِمَنْ وَقَعَ مِنْ ذَلِكَ عَلَى وَهْمٍ لِي أَنْ يُصْلِحَهُ، وَاللَّهُ الْمُعِينُ وَالْمُوَفِّقُ.

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