[Livre du talion]
[Première partie : examen de ce qui impose le talion]
Ce livre se divise en deux parties :
La première porte sur le talion en matière d’homicide.
La seconde porte sur le talion en matière d’atteintes aux membres et aux organes. Commençons donc par le talion en matière d’homicide.
Livre du talion en matière d’homicide
L’étude menée dans ce livre se divise d’abord en deux parties : l’examen de ce qui rend obligatoire (j’entends : le talion), puis l’examen de ce qui est obligatoire (j’entends : le talion), ainsi que de ce qui peut le remplacer, lorsqu’un substitut existe. Commençons donc par l’examen de ce qui le rend obligatoire.
Cela revient à examiner les caractéristiques de l’homicide, de son auteur et de sa victime dont la réunion impose le talion. En effet, le talion ne s’applique pas à n’importe quel auteur, pour n’importe quel homicide ni pour n’importe quelle victime, mais à un auteur et pour une victime répondant à des conditions déterminées, puisque le seul objectif recherché en cette matière est la justice. Examinons donc d’abord l’auteur de l’homicide, puis l’homicide lui-même, puis la victime.
Des conditions requises
Nous disons donc : les juristes s’accordent sur les conditions suivantes concernant l’auteur d’un homicide auquel le talion s’applique : il doit être sain d’esprit, pubère, avoir agi de son plein gré et avoir directement commis l’homicide, sans qu’un autre y ait participé avec lui. Ils divergent au sujet de celui qui exerce une contrainte et de celui qui la subit, et, plus généralement, du donneur d’ordre et de l’auteur direct de l’acte.
Mālik, al-Shāfi‘ī, al-Thawrī, Ahmad, Abū Thawr et un groupe de juristes estiment que l’auteur direct doit être mis à mort, à l’exclusion du donneur d’ordre, lequel doit être puni.
Un autre groupe estime qu’ils doivent tous deux être mis à mort. Cela concerne le cas où il n’y a ni contrainte ni autorité du donneur d’ordre sur l’exécutant.
En revanche, lorsque le donneur d’ordre a autorité sur l’exécutant (j’entends : l’auteur direct), les juristes se partagent entre trois avis :
Selon les uns, le donneur d’ordre doit être mis à mort, à l’exclusion de l’exécutant, lequel doit être puni. C’est l’avis de Dāwūd et d’Abū Hanīfa, ainsi que l’un des deux avis d’al-Shāfi‘ī.
Selon d’autres, l’exécutant doit être mis à mort, à l’exclusion du donneur d’ordre. C’est l’un des deux avis d’al-Shāfi‘ī.
Selon d’autres encore, ils doivent tous deux être mis à mort. C’est l’avis de Mālik.
Ceux qui n’imposent pas de peine légale à l’exécutant prennent en considération le fait que la contrainte dispense de nombreuses obligations dans la Loi, car celui qui la subit ressemble à celui qui ne dispose d’aucun choix.
Ceux qui estiment qu’il doit être mis à mort font prévaloir, à son égard, le statut de celui qui agit de son plein gré. En effet, celui qui subit une contrainte ressemble, sous un certain rapport, à celui qui agit de son plein gré,