Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Abū Hanīfa et ses disciples ont déclaré, au sujet de l’affranchissement immédiat et irrévocable : lorsque le tiers du patrimoine ne suffit pas à l’exécuter intégralement, chaque esclave est affranchi pour un tiers de sa personne.

D’autres soutiennent, au contraire, que l’on affranchit le tiers de l’ensemble des esclaves. Parmi eux, certains calculent ce tiers d’après la valeur : telle est la doctrine de Mālik et d’al-Shāfi‘ī. D’autres retiennent le nombre.

Ainsi, selon Mālik, s’il y a six esclaves, par exemple, on en affranchit le tiers en valeur, que cela corresponde à deux d’entre eux, à moins ou à davantage. Cela se fait également par tirage au sort, après les avoir répartis d’autorité en trois groupes. D’autres déclarent que seul le nombre doit être pris en compte : s’ils sont six, deux sont affranchis ; s’ils sont sept, par exemple, deux sont affranchis, ainsi que le tiers d’un troisième.

Le principal argument des juristes du Hedjaz est le récit transmis par les gens de Bassora, d’après ‘Imrān ibn al-Husayn :

« Un homme affranchit six esclaves à l’approche de sa mort, alors qu’il ne possédait aucun autre bien. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les fit venir, les répartit en trois groupes, puis procéda à un tirage au sort : il en affranchit deux et en maintint quatre en esclavage. »

Al-Bukhārī et Muslim l’ont rapporté avec une chaîne continue remontant au Prophète, tandis que Mālik l’a transmis avec une chaîne interrompue.

Les hanafites s’appuient sur leur pratique habituelle consistant à écarter les récits transmis par des voies isolées lorsqu’ils contredisent les principes établis par une transmission massive et concordante. Leur argument est que le maître a rendu obligatoire l’affranchissement complet de chacun de ses esclaves. S’il avait possédé d’autres biens, cet affranchissement aurait pris effet, de l’avis unanime des savants. Lorsqu’il n’en possède pas, il doit donc prendre effet pour chacun d’eux à hauteur du tiers dont le maître est autorisé à disposer.

Or, dans ce cas précis, ce principe ne découle pas clairement des règles de la Loi. On peut en effet leur objecter qu’affranchir le tiers de chaque esclave porte préjudice tant aux héritiers qu’aux esclaves ainsi partiellement affranchis. La Loi impose pourtant à celui qui affranchit partiellement un esclave d’en achever l’affranchissement. Puisqu’il n’est pas possible, ici, de lui en imposer l’achèvement, on concentre l’affranchissement sur des personnes déterminées. Toutefois, retenir la valeur plutôt que le nombre ramène à cette même situation, à savoir l’affranchissement partiel. Il est donc préférable de retenir le nombre, conformément au sens apparent du hadith. La fraction affranchie de chacun relevant d’un droit d’Allah, il faut réunir ces fractions sur des personnes déterminées, par analogie avec les droits des hommes.

Les juristes divergent également sur l’attribution des biens de l’esclave lorsqu’il est affranchi. Certains estiment qu’ils reviennent au maître ; d’autres considèrent qu’ils suivent l’esclave et lui reviennent. La première opinion est celle d’Ibn Mas‘ūd parmi les Compagnons et, parmi les juristes, d’Abū Hanīfa, d’al-Thawrī, d’Ahmad et d’Ishāq. La seconde est celle d’Ibn ‘Umar, de ‘Ā’isha, d’al-Hasan, de ‘Atā’, de Mālik et des gens de Médine.

Ces derniers invoquent le hadith d’Ibn ‘Umar selon lequel le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :

« Lorsqu’un homme affranchit un esclave, les biens de ce dernier reviennent à l’affranchi, sauf si le maître stipule qu’il les conservera. »

Quant aux formules d’affranchissement, la plupart des juristes des grandes villes distinguent les formules explicites des formules allusives. Les premières consistent à dire : « Tu es libre », ou : « Tu es affranchi », ainsi que les expressions dérivées de ces termes. Ces formules engagent le maître, selon le consensus des savants.

وَقَالَ: أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ فِي الْعِتْقِ الْمُبَتَّلِ: إِذَا ضَاقَ عَنْهُ الثُّلُثُ أَنَّهُ يُعْتَقُ مِنْ كُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُ ثُلُثُهُ. وَقَالَ الْغَيْرُ: بَلْ يُعْتَقُ مِنَ الْجَمِيعِ ثُلُثُهُ. فَقَوْمٌ مِنْ هَؤُلَاءِ اعْتَبَرُوا فِي ثُلُثِ الْجَمِيعِ الْقِيمَةَ، وَهُوَ مَذْهَبُ مَالِكٍ وَالشَّافِعِيِّ، وَقَوْمٌ اعْتَبَرُوا الْعَدَدَ. فَعِنْدَ مَالِكٍ إِذَا كَانُوا سِتَّةَ أَعْبُدٍ مَثَلًا عُتِقَ مِنْهُمُ الثُّلُثُ بِالْقِيمَةِ كَانَ الْحَاصِلُ فِي ذَلِكَ اثْنَيْنِ مِنْهُمْ أَوْ أَقَلَّ أَوْ أَكْثَرَ، وَذَلِكَ أَيْضًا بِالْقُرْعَةِ بَعْدَ أَنْ يُجْبَرُوا عَلَى الْقِسْمَةِ أَثْلَاثًا، وَقَالَ قَوْمٌ: بَلِ الْمُعْتَبَرُ الْعَدَدُ، فَإِنْ كَانُوا سِتَّةً عُتِقَ مِنْهُمُ اثْنَانِ وَإِنْ كَانُوا مَثَلًا سَبْعَةً عُتِقَ مِنْهُمُ اثْنَانِ وَثُلُثٌ. فَعُمْدَةُ أَهْلِ الْحِجَازِ مَا رَوَاهُ أَهْلُ الْبَصْرَةِ عَنْ عِمْرَانَ بْنِ الْحُصَيْنِ: «أَنَّ رَجُلًا أَعْتَقَ سِتَّةَ مَمْلُوكِينَ عِنْدَ مَوْتِهِ وَلَمْ يَكُنْ لَهُ مَالٌ غَيْرُهُمْ فَدَعَا رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَجَزَّأَهُمْ أَثْلَاثًا ثُمَّ أَقْرَعَ بَيْنَهُمْ فَأَعْتَقَ اثْنَيْنِ وَأَرَقَّ أَرْبَعَةً» خَرَّجَهُ الْبُخَارِيُّ وَمُسْلِمٌ مُسْنَدًا، وَأَرْسَلَهُ مَالِكٌ. وَعُمْدَةُ الْحَنَفِيَّةِ مَا جَرَتْ بِهِ عَادَتُهُمْ مِنْ رَدِّ الْآثَارِ الَّتِي تَأْتِي بِطُرُقِ الْآحَادِ إِذَا خَالَفَتْهَا الْأُصُولُ الثَّابِتَةُ بِالتَّوَاتُرِ. وَعُمْدَتُهُمْ أَنَّهُ قَدْ أَوْجَبَ السَّيِّدُ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمُ الْعِتْقَ تَامًّا، فَلَوْ كَانَ لَهُ مَالٌ لَنَفَذَ بِإِجْمَاعٍ، فَإِذَا لَمْ يَكُنْ لَهُ مَالٌ وَجَبَ أَنْ يَنْفُذَ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمْ بِقَدْرِ الثُّلُثِ الْجَائِزِ فَعَلَ السَّيِّدِ فِيهِ، وَهَذَا الْأَصْلُ لَيْسَ بَيِّنًا مِنْ قَوَاعِدِ الشَّرْعِ فِي هَذَا الْمَوْضِعِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ يُمْكِنُ أَنْ يُقَالَ لَهُ: إِنَّهُ إِذَا أُعْتِقَ مِنْ كُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمُ الثُّلُثُ دَخَلَ الضَّرَرُ عَلَى الْوَرَثَةِ وَالْعَبِيدِ الْمُعْتَقِينَ، وَقَدْ أَلْزَمَ الشَّرْعُ مُبَعِّضَ الْعِتْقِ أَنْ يُتِمَّ عَلَيْهِ، فَلَمَّا لَمْ يُمْكِنُ هَاهُنَا أَنْ يُتَمَّمَ عَلَيْهِ جَمْعٌ فِي أَشْخَاصٍ بِأَعْيَانِهِمْ لَكِنْ مَتَى اعْتُبِرَتِ الْقِيمَةُ فِي ذَلِكَ دُونَ الْعَدَدِ أَفْضَتْ إِلَى هَذَا الْأَصْلِ، وَهُوَ تَبْعِيضُ الْعِتْقِ، فَلِذَلِكَ كَانَ الْأَوْلَى أَنْ يُعْتَبَرَ الْعَدَدُ وَهُوَ ظَاهِرُ الْحَدِيثِ، وَكَانَ الْجُزْءُ الْمُعْتَقُ فِي كُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمْ هُوَ حَقٌّ لِلَّهِ فَوَجَبَ أَنْ يُجْمَعَ فِي أَشْخَاصٍ بِأَعْيَانِهِمْ أَصْلُهُ حَقُّ النَّاسِ. وَاخْتَلَفُوا فِي مَالِ الْعَبْدِ إِذَا أُعْتِقَ لِمَنْ يَكُونُ، فَقَالَتْ طَائِفَةٌ: الْمَالُ لِلسَّيِّدِ، وَقَالَتْ طَائِفَةٌ: مَالُهُ تَبَعٌ لَهُ، وَبِالْأَوَّلِ قَالَ: ابْنُ مَسْعُودٍ مِنَ الصَّحَابَةِ، وَمِنَ الْفُقَهَاءِ أَبُو حَنِيفَةَ، وَالثَّوْرِيُّ، وَأَحْمَدُ، وَإِسْحَاقُ، وَبِالثَّانِي قَالَ: ابْنُ عُمَرَ، وَعَائِشَةُ، وَالْحَسَنُ، وَعَطَاءٌ، وَمَالِكٌ وَأَهْلُ الْمَدِينَةِ. وَالْحُجَّةُ لَهُمْ حَدِيثُ ابْنِ عُمَرَ أَنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «مَنْ أَعْتَقَ عَبْدًا فَمَالُهُ لَهُ إِلَّا أَنْ يَشْتَرِطَ السَّيِّدُ مَالَهُ» . وَأَمَّا أَلْفَاظُ الْعِتْقِ، فَإِنَّ مِنْهَا صَرِيحًا وَمِنْهَا كِنَايَةً عِنْدَ أَكْثَرِ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ. أَمَّا الْأَلْفَاظُ الصَّرِيحَةُ، فَهُوَ أَنْ يَقُولَ: أَنْتَ حُرٌّ، أَوْ أَنْتَ عَتِيقٌ وَمَا تَصَرَّفَ مِنْ هَذِهِ، فَهَذِهِ الْأَلْفَاظُ تُلْزِمُ السَّيِّدَ بِإِجْمَاعٍ مِنَ الْعُلَمَاءِ. .

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