Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Le principal argument des hanafites est le hadith rapporté par Qatāda, d’après al-Hasan, d’après Samura, selon lequel le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :

« Quiconque devient propriétaire d’un parent avec lequel le mariage lui est interdit en raison du lien de sang, ce parent devient libre. »

Il semble que Mālik et al-Shāfi‘ī n’aient pas tenu ce hadith pour authentique.

Mālik a assimilé, par analogie, les frères aux enfants et aux pères. Al-Shāfi‘ī, en revanche, ne leur a pas appliqué cette analogie : il s’est fondé uniquement sur le hadith précédent et a assimilé les enfants aux pères.

Les malikites ont tenté de justifier leur position en soutenant que la filiation est une qualité contraire à la servitude et ne peut coexister avec elle, conformément à ces paroles du Très-Haut :

« Il ne convient pas au Tout Miséricordieux de Se donner un enfant. » [Maryam : 92]

« Tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre se présenteront devant le Tout Miséricordieux en serviteurs. » [Maryam : 93]

Or, la servitude évoquée ici a un autre sens que celle au sujet de laquelle ils argumentent : cette servitude est une notion intelligible par la raison, tout comme la filiation. Quant à la servitude qui existe entre les créatures et relève de l’autorité, elle est établie par la Loi et non par la nature (je veux dire : par institution). Selon leurs propres principes, ainsi qu’ils l’affirment, la raison n’a pas à intervenir en cette matière. Leur argument est donc faible.

Allah le Très-Haut a seulement voulu signifier que l’enfant partage avec son père le même genre ou la même espèce d’existence (je veux dire que les deux êtres dont l’un est père et l’autre fils sont très proches, au point d’appartenir soit à une même espèce, soit à un même genre). Or, aucun des êtres autres qu’Allah ne partage avec Lui — gloire à Lui — un genre, proche ou éloigné : la différence entre eux est au contraire absolue. Aucun des êtres qui existent ici-bas ne saurait donc avoir avec Lui un rapport comparable à celui du père avec son fils. Si l’on compare plutôt le rapport des êtres avec Lui à celui de l’esclave avec son maître, cette comparaison est plus proche de la réalité que celle du fils avec son père : l’écart de rang entre le maître et l’esclave est en effet plus grand que celui qui sépare le père et le fils. En vérité, les deux rapports ne sont nullement semblables. Mais, puisqu’il n’existe pas, parmi les êtres, de rapport dont les deux termes soient plus éloignés (je veux dire : par leur élévation et leur bassesse respectives), c’est celui-ci qui a été choisi comme comparaison (je veux dire : le rapport de l’esclave avec son maître). Celui qui considère plutôt l’amour, la miséricorde, la tendresse et la sollicitude qui unissent le père et le fils admet que l’on puisse appeler les hommes « enfants de Dieu », selon le sens apparent de la Loi de Jésus.

Voilà l’ensemble des questions célèbres relatives à l’affranchissement qui s’impose à une personne indépendamment de sa volonté.

Parmi les règles de l’affranchissement, les juristes divergent également sur une question célèbre liée aux textes transmis. Il s’agit du cas de celui qui affranchit ses esclaves pendant sa maladie, ou prévoit leur affranchissement après sa mort, alors qu’il ne possède aucun autre bien.

Mālik, al-Shāfi‘ī et leurs disciples, ainsi qu’Ahmad et un groupe de savants, estiment que, s’il les affranchit pendant sa maladie sans posséder d’autres biens, ils sont répartis en trois groupes ; après sa mort, un de ces groupes est affranchi par tirage au sort. La même règle s’applique lorsqu’il a prescrit leur affranchissement par testament.

Ashhab et Asbagh se sont opposés à Mālik au sujet de l’affranchissement prononcé avec effet immédiat et irrévocable pendant la maladie. Tous deux ont déclaré : « Le tirage au sort ne s’applique qu’à l’affranchissement testamentaire. Quant à l’affranchissement immédiat et irrévocable, il suit la même règle que celui de l’esclave dont la libération a été fixée au décès de son maître. »

Il n’existe aucune divergence dans l’école de Mālik sur le point suivant : lorsque l’affranchissement de plusieurs esclaves au décès de leur maître a été prononcé par une seule et même formule, et que le tiers du patrimoine ne suffit pas à les libérer tous, chacun d’eux est affranchi dans la proportion correspondant à sa part de ce tiers.

وَعُمْدَةُ الْحَنَفِيَّةِ مَا رَوَاهُ قَتَادَةُ عَنِ الْحَسَنِ عَنْ سَمُرَةَ أَنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «مَنْ مَلَكَ ذَا رَحِمٍ مُحَرَّمٍ فَهُوَ حُرٌّ» وَكَأَنَّ هَذَا الْحَدِيثَ لَمْ يَصِحَّ عِنْدَ مَالِكٍ وَالشَّافِعِيِّ. وَقَاسَ مَالِكٌ الْإِخْوَةَ عَلَى الْأَبْنَاءِ وَالْآبَاءِ، وَلَمْ يُلْحِقْهُمْ بِهِمُ الشَّافِعِيُّ وَاعْتَمَدَ الْحَدِيثَ الْمُتَقَدِّمَ فَقَطْ، وَقَاسَ الْأَبْنَاءَ عَلَى الْآبَاءِ. وَقَدْ رَامَتِ الْمَالِكِيَّةُ أَنْ تَحْتَجَّ لِمَذْهَبِهَا بِأَنَّ الْبُنُوَّةَ صِفَةٌ هِيَ ضِدُّ الْعُبُودِيَّةِ، وَأَنَّهُ لَيْسَ تَجْتَمِعُ مَعَهَا لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {وَمَا يَنْبَغِي لِلرَّحْمَنِ أَنْ يَتَّخِذَ وَلَدًا} [مريم: ٩٢] {إِنْ كُلُّ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ إِلا آتِي الرَّحْمَنِ عَبْدًا} [مريم: ٩٣] وَهَذِهِ الْعُبُودِيَّةُ هِيَ مَعْنًى غَيْرِ الْعُبُودِيَّةِ الَّتِي يَحْتَجُّونَ بِهَا، فَإِنَّ هَذِهِ الْعُبُودِيَّةَ مَعْقُولَةٌ وَبُنُوَّةٌ مَعْقُولَةٌ. وَالْعُبُودِيَّةُ الَّتِي بَيْنَ الْمَخْلُوقِينَ وَلِلْوِلَايَةِ هِيَ عُبُودِيَّةٌ بِالشَّرْعِ لَا بِالطَّبْعِ (أَعْنِي: بِالْوَضْعِ) لَا مَجَالَ لِلْعَقْلِ كَمَا يَقُولُونَ فِيهَا عِنْدَهُمْ، وَهُوَ احْتِجَاجٌ ضَعِيفٌ. وَإِنَّمَا أَرَادَ اللَّهُ تَعَالَى أَنَّ الْبُنُوَّةَ تُسَاوِي الْأُبُوَّةَ فِي جِنْسِ الْوُجُودِ أَوْ فِي نَوْعِهِ (أَعْنِي: أَنَّ الْمَوْجُودَيْنِ اللَّذَيْنِ أَحَدُهُمَا أَبٌ وَالْآخَرُ ابْنٌ هُمَا مُتَقَارِبَانِ جِدًّا، حَتَّى إِنَّهُمَا إِمَّا أَنْ يَكُونَا مِنْ نَوْعٍ وَاحِدٍ أَوْ جِنْسٍ وَاحِدٍ) ، وَمَا دُونَ اللَّهِ مِنَ الْمَوْجُودَاتِ فَلَيْسَ يَجْتَمِعُ مَعَهُ سُبْحَانَهُ فِي جِنْسٍ قَرِيبٍ وَلَا بَعِيدٍ، بَلِ التَّفَاوُتُ بَيْنَهُمَا غَايَةُ التَّفَاوُتِ، فَلَمْ يَصِحَّ أَنْ يَكُونَ فِي الْمَوْجُودَاتِ الَّتِي هَاهُنَا شَيْءٌ نِسْبَتُهُ إِلَيْهِ نِسْبَةُ الْأَبِ إِلَى الِابْنِ، بَلْ إِنْ كَانَ نِسْبَةُ الْمَوْجُودَاتِ إِلَيْهِ نِسْبَةَ الْعَبْدِ إِلَى السَّيِّدِ كَانَ أَقْرَبَ إِلَى حَقِيقَةِ الْأَمْرِ مِنْ نِسْبَةِ الِابْنِ إِلَى الْأَبِ ; لِأَنَّ التَّبَاعُدَ الَّذِي بَيْنَ السَّيِّدِ وَالْعَبْدِ فِي الْمَرْتَبَةِ أَشَدُّ مِنَ التَّبَاعُدِ الَّذِي بَيْنَ الْأَبِ وَالِابْنِ، وَعَلَى الْحَقِيقَةِ فَلَا شَبَهَ بَيْنَ النِّسْبَتَيْنِ، لَكِنْ لَمَّا لَمْ يَكُنْ فِي الْمَوْجُودَاتِ نِسْبَةٌ أَشَدُّ تَبَاعُدًا مِنْ هَذِهِ النِّسْبَةِ (أَعْنِي: تَبَاعُدَ طَرَفَيْهِمَا فِي الشَّرَفِ وَالْخِسَّةِ) ضُرِبَ الْمِثَالُ بِهَا (أَعْنِي: نِسْبَةَ الْعَبْدِ لِلسَّيِّدِ) ، وَمَنْ لَحَظَ الْمَحَبَّةَ الَّتِي بَيْنَ الْأَبِ وَالِابْنِ وَالرَّحْمَةَ وَالرَّأْفَةَ وَالشَّفَقَةَ أَجَازَ أَنْ يَقُولَ فِي النَّاسِ إِنَّهُمْ أَبْنَاءُ اللَّهِ عَلَى ظَاهِرِ شَرِيعَةِ عِيسَى. فَهَذِهِ جُمْلَةُ الْمَسَائِلِ الْمَشْهُورَةِ الَّتِي تَتَعَلَّقُ بِالْعِتْقِ الَّذِي يَدْخُلُ عَلَى الْإِنْسَانِ بِغَيْرِ اخْتِيَارِهِ. وَقَدِ اخْتَلَفُوا مِنْ أَحْكَامِ الْعِتْقِ فِي مَسْأَلَةٍ مَشْهُورَةٍ تَتَعَلَّقُ بِالسَّمَاعِ. وَذَلِكَ أَنَّ الْفُقَهَاءَ اخْتَلَفُوا فِيمَنْ أَعْتَقَ عَبِيدًا لَهُ فِي مَرَضِهِ أَوْ بَعْدَ مَوْتِهِ وَلَا مَالَ لَهُ غَيْرُهُمْ. فَقَالَ: مَالِكٌ وَالشَّافِعِيُّ وَأَصْحَابُهُمَا وَأَحْمَدُ وَجَمَاعَةٌ: إِذَا أَعْتَقَ فِي مَرَضِهِ وَلَا مَالَ لَهُ سِوَاهُمْ قُسِّمُوا ثَلَاثَةَ أَجْزَاءٍ وَعُتِقَ مِنْهُمْ جُزْءٌ بِالْقُرْعَةِ بَعْدَ مَوْتِهِ، وَكَذَلِكَ الْحُكْمُ فِي الْوَصِيَّةِ بِعِتْقِهِمْ. وَخَالَفَ أَشْهَبُ وَأَصْبَغُ مَالِكًا فِي الْعِتْقِ الْمُبَتَّلِ فِي الْمَرَضِ، فَقَالَا جَمِيعًا: إِنَّمَا الْقُرْعَةُ فِي الْوَصِيَّةِ، وَأَمَّا حُكْمُ الْعِتْقِ الْمُبَتَّلِ فَهُوَ كَحُكْمِ الْمُدَبَّرِ. وَلَا خِلَافَ فِي مَذْهَبِ مَالِكٍ أَنَّ الْمُدَبَّرِينَ فِي كَلِمَةٍ وَاحِدَةٍ إِذَا ضَاقَ عَنْهُمُ الثُّلُثُ أَنَّهُ يُعْتَقُ مِنْ كُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمْ بِقَدْرِ حَظِّهِ مِنَ الثُّلُثِ.

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