Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à celui qui ne prononce qu’un affranchissement partiel, deux cas se présentent : soit il ne possède de l’esclave que la part qu’il affranchit ; soit il possède l’esclave tout entier, mais choisit de ne l’affranchir qu’en partie.

Les juristes divergent sur le cas d’un esclave appartenant à deux hommes, dont l’un affranchit sa part.

Mālik, al-Shāfi‘ī et Ahmad ibn Hanbal estiment que, si l’auteur de l’affranchissement est aisé, la part de son associé fait l’objet d’une juste estimation, dont il doit lui verser le montant. L’esclave est alors entièrement affranchi à sa charge, et le droit de patronage lui revient. S’il est démuni, aucune obligation ne lui incombe ; celui qui n’a été que partiellement affranchi demeure esclave et reste soumis aux règles applicables aux esclaves.

Abū Yūsuf et Muhammad estiment que, si l’auteur de l’affranchissement est démuni, l’esclave doit travailler pour verser au maître qui n’a pas affranchi sa part la valeur de celle-ci. Il est néanmoins libre dès le jour où le premier maître a affranchi sa part, et le droit de patronage revient à ce dernier. Tel est également l’avis d’al-Awzā‘ī, d’Ibn Shubruma, d’Ibn Abī Laylā et d’un ensemble de juristes de Kūfa. Toutefois, Ibn Shubruma et Ibn Abī Laylā accordent à l’esclave le droit de réclamer à l’auteur de l’affranchissement le remboursement de la somme acquittée par son travail, lorsque celui-ci devient aisé.

Quant à l’associé de l’auteur de l’affranchissement, la majorité estime qu’il a le choix entre affranchir sa propre part et en faire supporter la valeur à celui qui a pris l’initiative de l’affranchissement.

Abū Hanīfa estime que l’associé d’un homme aisé dispose de trois options :

La première consiste à affranchir sa part, comme l’a fait son associé ; le droit de patronage est alors partagé entre eux. Ce point ne fait l’objet d’aucun désaccord entre ces juristes.

La deuxième consiste à faire estimer sa part et à en faire supporter la valeur à son associé.

La troisième consiste, s’il le souhaite, à imposer à l’esclave de travailler pour en acquitter la valeur ; le droit de patronage est alors partagé entre les deux maîtres. Selon Abū Hanīfa, lorsque l’associé fait supporter la valeur de sa part au maître qui a pris l’initiative de l’affranchissement, ce dernier peut à son tour en réclamer le remboursement à l’esclave, qui devra travailler pour s’en acquitter. Le droit de patronage revient alors entièrement à l’auteur de l’affranchissement.

Le principal argument de Mālik et d’al-Shāfi‘ī est le hadith d’Ibn ‘Umar, selon lequel le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :

« Celui qui affranchit une part qu’il possède dans un esclave, alors qu’il dispose de biens couvrant le prix de cet esclave, doit en faire établir une juste estimation, puis verser à ses associés la valeur de leurs parts. L’esclave est alors entièrement affranchi à sa charge. Sinon, seule la part qu’il a affranchie est libre. »

Le principal argument de Muhammad et d’Abū Yūsuf, les deux disciples d’Abū Hanīfa, ainsi que de ceux qui partagent leur avis, est le hadith d’Abū Hurayra, selon lequel le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :

« Celui qui affranchit une part qu’il possède dans un esclave doit financer sur ses biens l’affranchissement du reste, s’il en a les moyens. S’il n’en a pas les moyens, l’esclave sera appelé à travailler pour acquitter le prix de sa libération, sans qu’on lui impose une charge excessive. »

Ces deux hadiths ont été rapportés par les auteurs des recueils authentiques, al-Bukhārī et Muslim, ainsi que par d’autres. Chaque groupe avance des arguments pour donner la préférence au hadith qu’il a retenu.

Parmi les arguments invoqués par les juristes de Kūfa pour affaiblir le hadith d’Ibn ‘Umar figure le doute exprimé par certains de ses transmetteurs au sujet de l’ajout qui contredit le hadith d’Abū Hurayra, à savoir ces mots :

فَأَمَّا مَنْ بَعَّضَ الْعِتْقَ، فَإِنَّهُ يَنْقَسِمُ قِسْمَيْنِ: أَحَدُهُمَا: مَنْ وَقَعَ تَبْعِيضُ الْعِتْقِ مِنْهُ وَلَيْسَ لَهُ مِنَ الْعَبْدِ إِلَّا الْجُزْءُ الْمُعْتَقُ. وَالثَّانِي: أَنْ يَكُونَ يَمْلِكُ الْعَبْدَ كُلَّهُ وَلَكِنْ بَعَّضَ عِتْقَهُ اخْتِيَارًا مِنْهُ. فَأَمَّا الْعَبْدُ بَيْنَ الرَّجُلَيْنِ يُعْتِقُ أَحَدُهُمَا حَظَّهُ مِنْهُ، فَإِنَّ الْفُقَهَاءَ اخْتَلَفُوا فِي حُكْمِ ذَلِكَ. فَقَالَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ، وَأَحْمَدُ بْنُ حَنْبَلٍ: إِنْ كَانَ الْمُعْتِقُ مُوسِرًا قُوِّمَ عَلَيْهِ نَصِيبُ شَرِيكِهِ قِيمَةَ الْعَدْلِ، فَدَفَعَ ذَلِكَ إِلَى شَرِيكِهِ وَعَتَقَ الْكُلَّ عَلَيْهِ وَكَانَ وَلَاؤُهُ لَهُ، وَإِنْ كَانَ الْمُعْتِقُ مُعْسِرًا لَمْ يَلْزَمْهُ شَيْءٌ وَبَقِيَ الْمُعْتَقُ بَعْضُهُ عَبْدًا وَأَحْكَامُهُ أَحْكَامُ الْعَبْدِ. وَقَالَ أَبُو يُوسُفَ وَمُحَمَّدٌ: إِنْ كَانَ مُعْسِرًا سَعَى الْعَبْدُ فِي قِيمَتِهِ لِلسَّيِّدِ الَّذِي لَمْ يُعْتِقْ حَظَّهُ مِنْهُ وَهُوَ حُرٌّ يَوْمَ أَعْتَقَ حَظَّهُ مِنْهُ الْأَوَّلُ وَيَكُونُ وَلَاؤُهُ لِلْأَوَّلِ، وَبِهِ قَالَ الْأَوْزَاعِيُّ، وَابْنُ شُبْرُمَةَ، وَابْنُ أَبِي لَيْلَى، وَجَمَاعَةُ الْكُوفِيِّينَ، إِلَّا أَنَّ ابْنَ شُبْرُمَةَ، وَابْنَ أَبِي لَيْلَى جَعَلَا لِلْعَبْدِ أَنْ يَرْجِعَ عَلَى الْمُعْتِقِ بِمَا سَعَى فِيهِ مَتَى أَيْسَرَ. وَأَمَّا شَرِيكُ الْمُعْتِقِ فَإِنَّ الْجُمْهُورَ عَلَى أَنَّ لَهُ الْخِيَارَ فِي أَنْ يُعْتِقَ أَوْ يُقَوِّمَ نَصِيبَهُ عَلَى الْمُعْتِقِ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لِشَرِيكِ الْمُوسِرِ ثَلَاثَةُ خِيَارَاتٍ: أَحَدُهَا: أَنْ يُعْتِقَ كَمَا أَعْتَقَ شَرِيكُهُ وَيَكُونُ الْوَلَاءُ بَيْنَهُمَا، وَهَذَا لَا خِلَافَ فِيهِ بَيْنَهُمْ. وَالْخِيَارُ الثَّانِي: أَنْ تُقَوَّمَ عَلَيْهِ حِصَّتُهُ. وَالثَّالِثُ: أَنْ يُكَلَّفَ الْعَبْدُ السَّعْيَ فِي ذَلِكَ إِنْ شَاءَ وَيَكُونُ الْوَلَاءُ بَيْنَهُمَا وَلِلسَّيِّدِ الْمُعْتِقِ عَبْدَهُ عِنْدَهُ إِذَا قَوَّمَ عَلَيْهِ شَرِيكُهُ نَصِيبَهُ أَنْ يَرْجِعَ عَلَى الْعَبْدِ فَيَسْعَى فِيهِ وَيَكُونَ الْوَلَاءُ كُلُّهُ لِلْمُعْتِقِ. وَعُمْدَةُ مَالِكٍ وَالشَّافِعِيِّ حَدِيثُ ابْنِ عُمَرَ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «مَنْ أَعْتَقَ شِرْكًا لَهُ فِي عَبْدٍ وَكَانَ لَهُ مَالٌ يَبْلُغُ ثَمَنَ الْعَبْدِ قُوِّمَ عَلَيْهِ قِيمَةُ الْعَدْلِ، فَأَعْطَى شُرَكَاءَهُ حِصَصَهُمْ وَعَتَقَ عَلَيْهِ الْعَبْدَ، وَإِلَّا فَقَدَ عَتَقَ مِنْهُ مَا عَتَقَ» . وَعُمْدَةُ مُحَمَّدٍ، وَأَبِي يُوسُفَ صَاحِبَيْ أَبِي حَنِيفَةَ وَمَنْ يَقُولُ بِقَوْلِهِمْ حَدِيثُ أَبِي هُرَيْرَةَ أَنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «مَنْ أَعْتَقَ شِقْصًا لَهُ فِي عَبْدِهِ فَخَلَاصُهُ فِي مَالِهِ إِنْ كَانَ لَهُ مَالٌ، فَإِنْ لَمْ يَكُنْ لَهُ مَالٌ اسْتَسْعَى الْعَبْدُ غَيْرَ مَشْقُوقٍ عَلَيْهِ» . وَكِلَا الْحَدِيثَيْنِ خَرَّجَهُ أَهْلُ الصَّحِيحِ الْبُخَارِيُّ، وَمُسْلِمٌ وَغَيْرُهُمَا، وَلِكُلِّ طَائِفَةٍ مِنْهُمْ قَوْلٌ فِي تَرْجِيحِ حَدِيثِهِ الَّذِي أَخَذَ بِهِ. فَمِمَّا وَهَّنَتْ بِهِ الْكُوفِيَّةُ حَدِيثَ ابْنِ عُمَرَ أَنَّ بَعْضَ رُوَاتِهِ شَكَّ فِي الزِّيَادَةِ الْمُعَارِضَةِ فِيهِ لِحَدِيثِ أَبِي هُرَيْرَةَ " وَهُوَ قَوْلُهُ:

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