Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

et ‘Abd ibn Zam‘a s’avança vers lui en disant : “C’est mon frère, le fils de l’esclave de mon père, né dans son lit.” Tous deux le conduisirent devant le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Sa‘d dit : “Ô Messager d’Allah, c’est le fils de mon frère ; celui-ci m’avait donné ses instructions à son sujet.” ‘Abd ibn Zam‘a s’avança alors et dit : “C’est mon frère, le fils de l’esclave de mon père, né dans son lit.” Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — déclara : “Il te revient, ô ‘Abd ibn Zam‘a.” Puis il ajouta : “L’enfant est rattaché à celui auquel appartient le lit, et le fornicateur n’a droit à rien.” Il dit ensuite à Sawda bint Zam‘a : “Voile-toi devant lui”, en raison de la ressemblance qu’il avait constatée entre l’enfant et ‘Utba ibn Abī Waqqās. Elle ajouta : “Aussi ne la vit-il pas jusqu’au jour où il rencontra Allah, Puissant et Majestueux.” Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — donna donc gain de cause à ‘Abd ibn Zam‘a concernant son frère et établit la filiation de celui-ci sur sa reconnaissance, à condition qu’aucun héritier ne la conteste. »

Pour la plupart des juristes, toutefois, le sens de ce hadith a posé difficulté, car il déroge, selon eux, au principe unanimement admis en matière d’établissement de la filiation. Ils en ont donc proposé diverses interprétations. En effet, le sens apparent de ce hadith est que le Prophète a établi la filiation de l’enfant sur la reconnaissance de son frère, alors que, selon le principe établi, une filiation ne peut être prouvée que par deux témoins intègres. C’est pourquoi les savants ont proposé plusieurs interprétations.

Certains ont dit qu’il avait établi sa filiation — sur lui la bénédiction et la paix — sur la déclaration de son frère parce qu’il pouvait avoir su que Zam‘a ibn Qays avait des rapports avec cette esclave et qu’elle partageait sa couche. Ils ajoutent : « Ce qui renforce cette interprétation, c’est que Zam‘a était son beau-père, puisque Sawda bint Zam‘a était son épouse — sur lui la bénédiction et la paix. Il pouvait donc avoir connaissance de la situation de cette esclave. » Cette interprétation repose sur l’avis selon lequel le juge peut statuer d’après sa connaissance personnelle des faits. Elle ne s’accorde pas avec la doctrine de Mālik, puisque, selon lui, le juge ne peut statuer sur cette base. Elle s’accorde en revanche avec l’autre avis d’al-Shāfi‘ī, je veux dire celui selon lequel la reconnaissance n’établit pas la filiation.

Les tenants de cette interprétation disent que le Prophète n’a ordonné à Sawda de se voiler que par précaution, en raison du doute suscité par la ressemblance, et non parce que cela lui était obligatoire. C’est pour cette raison que certains shaféites ont dit qu’un mari pouvait imposer à son épouse de se voiler devant son frère.

D’autres ont dit que l’ordre donné à Sawda de se voiler prouve qu’il n’avait établi la filiation de l’enfant ni sur la déclaration de ‘Utba, ni sur sa connaissance du fait que la mère partageait la couche de Zam‘a.

Ces derniers divergent sur l’interprétation de ses paroles — sur lui la bénédiction et la paix : « Il te revient. » Certains disent qu’il voulait seulement signifier : « Il est ton esclave, puisqu’il est le fils de l’esclave de ton père. » Mais ce sens ne ressort pas du texte, puisque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a motivé sa décision par ces paroles : « L’enfant est rattaché à celui auquel appartient le lit, et le fornicateur n’a droit à rien. »

Al-Tahāwī a dit que, par ses paroles — sur lui la bénédiction et la paix : « Il te revient, ô ‘Abd ibn Zam‘a », il voulait seulement signifier : « Tu en as la garde, comme celui qui trouve un objet perdu en a la garde. » Ces interprétations sont fragiles, car le Prophète — sur lui la bénédiction et la paix — a motivé sa décision en disant : « L’enfant est rattaché à celui auquel appartient le lit, et le fornicateur n’a droit à rien. »

Quant au raisonnement sur lequel les shaféites fondent cet avis, il consiste à considérer que la reconnaissance émanant de celui qui recueille la succession est une reconnaissance faite en qualité de successeur (c’est-à-dire par celui qui a pris la place du défunt). Pour les autres, il s’agit d’une déclaration ayant valeur de témoignage, et non d’une reconnaissance faite en qualité de successeur. Les shaféites veulent dire par là que la faculté de reconnaissance dont disposait le défunt s’est transmise à celui qui a recueilli son héritage.

فَقَامَ إِلَيْهِ عَبْدُ بْنُ زَمْعَةَ، فَقَالَ: أَخِي، وَابْنُ وَلِيدَةِ أَبِي وُلِدَ عَلَى فِرَاشِهِ، فَتَسَاوَقَاهُ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -، فَقَالَ سَعْدٌ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، ابْنُ أَخِي قَدْ كَانَ عَهِدَ إِلَيَّ فِيهِ، فَقَامَ إِلَيْهِ عَبْدُ بْنُ زَمْعَةَ، فَقَالَ: أَخِي وَابْنُ وَلِيدَةِ أَبِي، وُلِدَ عَلَى فِرَاشِهِ، فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: هُوَ لَكَ يَا عَبْدُ بْنَ زَمْعَةَ، ثُمَّ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: الْوَلَدُ لِلْفِرَاشِ، وَلِلْعَاهِرِ الْحَجَرُ، ثُمَّ قَالَ لِسَوْدَةَ بِنْتِ زَمْعَةَ: احْتَجِبِي مِنْهُ، لِمَا رَأَى مِنْ شَبَهِهِ بِعُتْبَةَ بْنِ أَبِي وَقَّاصٍ، قَالَتْ: فَمَا رَآهَا حَتَّى لَقِيَ اللَّهَ - عَزَّ وَجَلَّ -، فَقَضَى رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - لِعَبْدِ بْنِ زَمْعَةَ بِأَخِيهِ، وَأَثْبَتَ نَسَبَهُ بِإِقْرَارِهِ إِذَا لَمْ يَكُنْ هُنَالِكَ وَارِثٌ مُنَازِعٌ لَهُ» . وَأَمَّا أَكْثَرُ الْفُقَهَاءِ فَقَدْ أَشْكَلَ عَلَيْهِمْ مَعْنَى هَذَا الْحَدِيثِ لِخُرُوجِهِ عِنْدَهُمْ عَنِ الْأَصْلِ الْمُجْمَعِ عَلَيْهِ فِي إِثْبَاتِ النِّسَبِ، وَلَهُمْ فِي ذَلِكَ تَأْوِيلَاتٌ، وَذَلِكَ أَنَّ ظَاهِرَ هَذَا الْحَدِيثِ أَنَّهُ أَثْبَتَ نَسَبَهُ بِإِقْرَارِ أَخِيهِ بِهِ، وَالْأَصْلُ أَنْ لَا يَثْبُتَ نَسَبٌ إِلَّا بِشَاهِدَيْ عَدْلٍ، وَلِذَلِكَ تَأَوَّلَ النَّاسُ فِي ذَلِكَ تَأْوِيلَاتٍ، فَقَالَتْ طَائِفَةٌ: إِنَّهُ إِنَّمَا أَثْبَتَ نَسَبَهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - بِقَوْلِ أَخِيهِ ; لِأَنَّهُ يُمْكِنُ أَنْ يَكُونَ قَدْ عَلِمَ أَنَّ تِلْكَ الْأَمَةَ كَانَ يَطَؤُهَا زَمْعَةُ بْنُ قَيْسٍ، وَأَنَّهَا كَانَتْ فِرَاشًا لَهُ، قَالُوا: وَمِمَّا يُؤَكِّدُ ذَلِكَ أَنَّهُ كَانَ صِهْرَهُ، وَسَوْدَةُ بِنْتُ زَمْعَةَ كَانَتْ زَوْجَتَهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -، فَيُمْكِنُ أَنْ لَا يَخْفَى عَلَيْهِ أَمْرُهَا، وَهَذَا عَلَى الْقَوْلِ بِأَنَّ لِلْقَاضِي أَنْ يَقْضِيَ بِعِلْمِهِ، وَلَا يَلِيقُ هَذَا التَّأْوِيلُ بِمَذْهَبِ مَالِكٍ ; لِأَنَّهُ لَا يَقْضِي الْقَاضِي عِنْدَهُ بِعِلْمِهِ، وَيَلِيقُ بِمَذْهَبِ الشَّافِعِيِّ عَلَى قَوْلِهِ الْآخَرِ، أَعْنِي: الَّذِي لَا يَثْبُتُ فِيهِ النَّسَبُ. وَالَّذِينَ قَالُوا بِهَذَا التَّأْوِيلِ قَالُوا: إِنَّمَا أَمَرَ سَوْدَةَ بِالْحَجْبَةِ احْتِيَاطًا لِشُبْهَةِ الشَّبَهِ، لَا أَنَّ ذَلِكَ كَانَ وَاجِبًا، وَقَالَ لِمَكَانِ هَذَا بَعْضُ الشَّافِعِيَّةِ: إِنَّ لِلزَّوْجِ أَنْ يَحْجُبَ الْأُخْتَ عَنْ أَخِيهَا. وَقَالَتْ طَائِفَةٌ: أَمْرُهُ بِالِاحْتِجَابِ لِسَوْدَةَ دَلِيلٌ عَلَى أَنَّهُ لَمْ يُلْحِقْ نَسَبَهُ بِقَوْلِ عُتْبَةَ وَلَا بِعِلْمِهِ بِالْفِرَاشِ. وَافْتَرَقَ هَؤُلَاءِ فِي تَأْوِيلِ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «هُوَ لَكَ» ، فَقَالَتْ طَائِفَةٌ: إِنَّمَا أَرَادَ هُوَ عَبْدُكَ إِذَا كَانَ ابْنَ أَمَةِ أَبِيكَ، وَهَذَا غَيْرُ ظَاهِرٍ لِتَعْلِيلِ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - حُكْمَهُ فِي ذَلِكَ بِقَوْلِهِ «الْوَلَدُ لِلْفِرَاشِ وَلِلْعَاهِرِ الْحَجَرُ» ، وَقَالَ الطَّحَاوِيُّ: إِنَّمَا أَرَادَ بِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «هُوَ لَكَ يَا عَبْدُ بْنَ زَمْعَةَ» أَيْ: يَدُكَ عَلَيْهِ بِمَنْزِلَةِ مَا هُوَ يَدُ اللَّاقِطِ عَلَى اللُّقَطَةِ، وَهَذِهِ التَّأْوِيلَاتُ تَضْعُفُ لِتَعْلِيلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - وَحُكْمُهُ بِأَنْ قَالَ: «الْوَلَدُ لِلْفِرَاشِ وَلِلْعَاهِرِ الْحَجَرُ» . وَأَمَّا الْمَعْنَى الَّذِي يَعْتَمِدُهُ الشَّافِعِيَّةُ فِي هَذَا الْمَذْهَبِ، فَهُوَ أَنَّ إِقْرَارَ مَنْ يَحُوزُ الْمِيرَاثَ هُوَ إِقْرَارُ خِلَافَةٍ (أَيْ: إِقْرَارُ مَنْ حَازَ خِلَافَةَ الْمَيِّتِ) ، وَعِنْدَ الْغَيْرِ أَنَّهُ إِقْرَارُ شَهَادَةٍ لَا إِقْرَارَ خِلَافَةٍ، يُرِيدُ أَنَّ الْإِقْرَارَ الَّذِي كَانَ لِلْمَيِّتِ انْتَقَلَ إِلَى هَذَا الَّذِي حَازَ مِيرَاثَهُ.

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