Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Et la majorité des savants admet que la Sunna peut restreindre la portée générale du Livre. Peut-être ces hadiths ne sont-ils pas parvenus aux tenants du premier avis, ou ne les ont-ils pas jugés authentiques. Cet avis est rapporté d’Ibn ‘Abbās et de ‘Uthmān ; il était bien connu dans les premiers temps de l’islam. Sa diffusion parmi les Compagnons constitue une preuve de l’authenticité de ces traditions, car une telle règle ne se déduit pas par raisonnement analogique. Et Allah sait mieux.

[De la filiation ouvrant droit à l’héritage]

Parmi les questions relatives à l’établissement de la filiation ouvrant droit à l’héritage figure leur divergence concernant un défunt qui laisse deux fils, dont l’un reconnaît un troisième frère, tandis que l’autre le récuse.

Mālik et Abū Hanīfa disent que celui qui le reconnaît doit lui remettre sa part d’héritage, sans que sa déclaration suffise à établir sa filiation. Al-Shāfi‘ī estime, quant à lui, que la filiation n’est pas établie et que celui qui a fait cette reconnaissance n’est tenu de lui remettre aucune part d’héritage.

Mālik et Abū Hanīfa divergent toutefois sur la somme que doit remettre le frère ayant fait cette reconnaissance. Selon Mālik, il doit lui remettre ce qu’il aurait dû lui donner si le second frère l’avait également reconnu et que la filiation avait été établie. Selon Abū Hanīfa, il doit lui remettre la moitié de ce qu’il détient.

Mālik et Abū Hanīfa appliquent la même règle au cas d’un défunt qui laisse un fils unique, lequel reconnaît avoir un autre frère : la filiation n’est pas établie, mais une part d’héritage lui est due. Quant à al-Shāfi‘ī, deux avis sont rapportés de lui sur cette question. Selon le premier, ni la filiation ni le droit à l’héritage ne sont établis. Selon le second, la filiation est établie et le droit à l’héritage également. C’est sur ce dernier avis que reposent les débats des shaféites dans les questions dites « tablūliyya ». Il est érigé en règle générale : la reconnaissance de toute personne qui recueille la succession établit la filiation, même si cette personne est seule, qu’il s’agisse d’un frère ou d’un autre héritier.

Dans la première question, ainsi que dans l’un des deux avis d’al-Shāfi‘ī sur la seconde (je veux dire l’avis qui n’est pas le plus connu), les shaféites se fondent principalement sur le fait que la filiation ne peut être établie que par deux témoins intègres. Là où elle n’est pas établie, il n’y a donc pas d’héritage, car la filiation en est le fondement et l’héritage en découle : si le fondement fait défaut, sa conséquence fait également défaut.

Mālik et Abū Hanīfa se fondent principalement sur le fait que l’établissement de la filiation produit des effets juridiques qui s’étendent au frère qui la récuse ; elle ne peut donc lui être opposée que sur la déposition de deux témoins intègres. En revanche, la reconnaissance produit ses effets sur la part d’héritage que son auteur détient et qui revient au frère reconnu, puisqu’il reconnaît ainsi un droit à sa propre charge. La vérité est que le juge ne peut valablement le condamner à verser cette part qu’une fois la filiation établie ; toutefois, devant Allah Très-Haut et en conscience, il ne lui est pas permis de priver de sa part celui dont il sait qu’il partage avec lui le droit à l’héritage.

Quant aux shaféites, lorsqu’ils établissent la filiation sur la reconnaissance d’une seule personne ayant droit à la succession, ils s’appuient principalement sur la tradition transmise et sur le raisonnement analogique.

Pour ce qui est de la tradition transmise, il s’agit du hadith que Mālik rapporte d’Ibn Shihāb, d’après ‘Urwa, d’après ‘Ā’isha, dont l’authenticité fait l’unanimité. Elle dit :

« ‘Utba ibn Abī Waqqās avait donné cette instruction à son frère Sa‘d ibn Abī Waqqās : “Le fils de l’esclave de Zam‘a est mon fils ; prends-le donc auprès de toi.” L’année de la Conquête, Sa‘d ibn Abī Waqqās se saisit de lui et déclara : “C’est le fils de mon frère ; celui-ci m’avait donné ses instructions à son sujet.”

وَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّ السُّنَّةَ يُخَصَّصُ بِهَا الْكِتَابُ، وَلَعَلَّ الْفَرِيقَ الْأَوَّلَ لَمْ تَبْلُغْهُمْ هَذِهِ الْأَحَادِيثُ أَوْ لَمْ تَصِحَّ عِنْدَهُمْ، وَهَذَا الْقَوْلُ مَرْوِيٌّ، عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ وَعُثْمَانَ، وَهُوَ مَشْهُورٌ فِي الصَّدْرِ الْأَوَّلِ، وَاشْتِهَارُهُ فِي الصَّحَابَةِ دَلِيلٌ عَلَى صِحَّةِ هَذِهِ الْآثَارِ، فَإِنَّ هَذَا لَيْسَ يُسْتَنْبَطُ بِالْقِيَاسِ، وَاللَّهُ أَعْلَمُ. [النَّسَبُ الْمُوجِبُ لِلْمِيرَاثِ] ; وَمِنْ مَسَائِلِ ثُبُوتِ النَّسَبِ الْمُوجِبِ لِلْمِيرَاثِ اخْتِلَافُهُمْ فِيمَنْ تَرَكَ ابْنَيْنِ وَأَقَرَّ أَحَدُهُمَا بِأَخٍ ثَالِثٍ وَأَنْكَرَ الثَّانِي، فَقَالَ مَالِكٌ وَأَبُو حَنِيفَةَ: يَجِبُ عَلَيْهِ أَنْ يُعْطِيَهُ حَقَّهُ مِنَ الْمِيرَاثِ يَعْنُونَ الْمُقِرَّ، وَلَا يَثْبُتُ بِقَوْلِهِ نَسَبُهُ، وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: لَا يَثْبُتُ النَّسَبُ وَلَا يَجِبُ عَلَى الْمُقِرِّ أَنْ يُعْطِيَهُ مِنَ الْمِيرَاثِ شَيْئًا. وَاخْتَلَفَ مَالِكٌ وَأَبُو حَنِيفَةَ فِي الْقَدْرِ الَّذِي يَجِبُ عَلَى الْأَخِ الْمُقِرِّ، فَقَالَ مَالِكٌ: يَجِبُ عَلَيْهِ مَا كَانَ يَجِبُ عَلَيْهِ لَوْ أَقَرَّ الْأَخُ الثَّانِي وَثَبَتَ النَّسَبُ، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: يَجِبُ عَلَيْهِ أَنْ يُعْطِيَهُ نِصْفَ مَا بِيَدِهِ. وَكَذَلِكَ الْحُكْمُ عِنْدَ مَالِكٍ وَأَبِي حَنِيفَةَ فِيمَنْ تَرَكَ ابْنًا وَاحِدًا فَأَقَرَّ بِأَخٍ لَهُ آخَرَ، أَعْنِي: أَنَّهُ لَا يَثْبُتُ النَّسَبُ وَيَجِبُ الْمِيرَاثُ، وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَعَنْهُ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ قَوْلَانِ: أَحَدُهُمَا: أَنَّهُ لَا يَثْبُتُ النِّسَبُ وَلَا يَجِبُ الْمِيرَاثُ. وَالثَّانِي: يَثْبُتُ النَّسَبُ وَيَجِبُ الْمِيرَاثُ، وَهُوَ الَّذِي عَلَيْهِ تَنَاظُرُ الشَّافِعِيَّةِ فِي الْمَسَائِلِ الطَّبْلُولِيَّةِ وَيَجْعَلُهَا مَسْأَلَةً عَامَّةً، وَهُوَ أَنَّ كُلَّ مَنْ يَحُوزُ الْمَالَ يَثْبُتُ النَّسَبُ بِإِقْرَارِهِ وَإِنْ كَانَ وَاحِدًا أَخًا أَوْ غَيْرَ ذَلِكَ. وَعُمْدَةُ الشَّافِعِيَّةِ فِي الْمَسْأَلَةِ الْأُولَى، وَفِي أَحَدِ قَوْلَيْهِ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ، (أَعْنِي: الْقَوْلَ الْغَيْرَ الْمَشْهُورِ) : أَنَّ النَّسَبَ لَا يَثْبُتُ إِلَّا بِشَاهِدَيْ عَدْلٍ، وَحَيْثُ لَا يَثْبُتُ فَلَا مِيرَاثٌ ; لِأَنَّ النَّسَبَ أَصْلٌ وَالْمِيرَاثَ فَرْعٌ، وَإِذَا لَمْ يُوجَدِ الْأَصْلُ لَمْ يُوجَدِ الْفَرْعُ. وَعُمْدَةُ مَالِكٍ، وَأَبِي حَنِيفَةَ أَنَّ ثُبُوتَ النَّسَبِ حَقٌّ مُتَعَدٍّ إِلَى الْأَخِ الْمُنْكِرِ، فَلَا يَثْبُتُ عَلَيْهِ إِلَّا بِشَاهِدَيْنِ عَدْلَيْنِ، وَأَمَّا حَظُّهُ مِنَ الْمِيرَاثِ الَّذِي بِيَدِ الْمُقِرِّ فَإِقْرَارُهُ فِيهِ عَامِلٌ ; لِأَنَّهُ حَقٌّ أَقَرَّ بِهِ عَلَى نَفْسِهِ، وَالْحَقُّ أَنَّ الْقَضَاءَ عَلَيْهِ لَا يَصِحُّ مِنَ الْحَاكِمِ إِلَّا بَعْدَ ثُبُوتِ النَّسَبِ وَأَنَّهُ لَا يَجُوزُ لَهُ بَيْنَ اللَّهِ تَعَالَى وَبَيْنَ نَفْسِهِ أَنْ يَمْنَعَ مَنْ يَعْرِفُ أَنَّهُ شَرِيكُهُ فِي الْمِيرَاثِ حَظَّهُ مِنْهُ. وَأَمَّا عُمْدَةُ الشَّافِعِيَّةِ فِي إِثْبَاتِهِمُ النَّسَبَ بِإِقْرَارِ الْوَاحِدِ الَّذِي يَجُوزُ لَهُ الْمِيرَاثُ: فَالسَّمَاعُ وَالْقِيَاسُ. أَمَّا السَّمَاعُ: فَحَدِيثُ مَالِكٍ عَنِ ابْنِ شِهَابٍ، عَنْ عُرْوَةَ عَنْ عَائِشَةَ الْمُتَّفَقُ عَلَى صِحَّتِهِ، قَالَتْ: «كَانَ عُتْبَةُ بْنُ أَبِي وَقَّاصٍ عَهِدَ إِلَى أَخِيهِ سَعْدِ بْنِ أَبِي وَقَّاصٍ أَنَّ ابْنَ وَلِيدَةِ زَمْعَةَ مِنِّي فَاقْبِضْهُ إِلَيْكَ، فَلَمَّا كَانَ عَامُ الْفَتْحِ أَخَذَهُ سَعْدُ بْنُ أَبِي وَقَّاصٍ وَقَالَ: ابْنُ أَخِي قَدْ كَانَ عَهِدَ إِلَيَّ فِيهِ،

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