Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

‘Alī et ‘Umar — qu’Allah les agrée tous deux —, les savants de Kūfa, Abū Hanīfa, selon ce que d’autres qu’al-Tahāwī rapportent de lui, ainsi que la majorité des savants de Bassora, estiment qu’ils héritent les uns des autres. Selon eux, chacun hérite du patrimoine initial de l’autre, à l’exclusion de ce que celui-ci a lui-même hérité des autres défunts. Autrement dit, on n’ajoute pas au patrimoine du défunt ce qu’il a hérité d’autrui pour les faire hériter les uns des autres sur l’ensemble, considéré comme un patrimoine unique, comme on le fait lorsque l’ordre des décès est connu.

Prenons l’exemple d’un époux et de son épouse morts lors d’une guerre, d’une noyade ou de l’effondrement d’un édifice, chacun possédant mille dirhams. L’époux hérite de cinq cents dirhams de son épouse. Celle-ci hérite du quart des mille dirhams que possédait son époux, à l’exclusion des cinq cents dirhams qu’il a hérités d’elle, soit deux cent cinquante dirhams.

[De la succession de l’enfant désavoué par serments d’anathème et de l’enfant né de fornication]

Parmi les questions de ce chapitre figure la divergence des savants concernant la succession de l’enfant désavoué par serments d’anathème et de l’enfant né de fornication.

Les savants de Médine et Zayd ibn Thābit estiment que la succession de l’enfant désavoué par serments d’anathème se répartit comme celle de tout autre enfant : sa mère n’en reçoit que le tiers et le reste revient au Trésor public. Toutefois, s’il a des frères ou sœurs utérins, ceux-ci reçoivent le tiers ; si sa mère est une affranchie, le reste de ses biens revient aux patrons d’affranchissement de celle-ci. Sinon, le reste revient au Trésor public des musulmans. Tel est également l’avis de Mālik, d’al-Shāfi‘ī, d’Abū Hanīfa et de ses disciples, à cette différence qu’Abū Hanīfa, conformément à sa doctrine, donne priorité aux parents qui n’ont ni part successorale fixe ni qualité d’héritiers agnatiques sur la communauté des musulmans.

De même, selon la logique de ceux qui admettent la redistribution du reliquat, le reste des biens revient à la mère.

‘Alī, ‘Umar et Ibn Mas‘ūd estiment, quant à eux, que les héritiers agnatiques de cet enfant sont ceux de sa mère, c’est-à-dire ceux qui héritent d’elle.

Il est également rapporté de ‘Alī et d’Ibn Mas‘ūd qu’ils ne reconnaissaient aux héritiers agnatiques de la mère cette qualité à l’égard de l’enfant qu’en l’absence de celle-ci, et qu’ils plaçaient la mère au rang du père. C’est aussi l’avis d’al-Hasan, d’Ibn Sīrīn, d’al-Thawrī, d’Ibn Hanbal et d’un groupe de savants.

Le premier groupe se fonde principalement sur la portée générale de cette parole du Très-Haut :

« S’il n’a pas d’enfant et que ses père et mère héritent de lui, sa mère reçoit le tiers. »

[Les Femmes : 11]

Ils disent donc : « Cette femme est une mère ; or toute mère reçoit le tiers ; elle reçoit donc le tiers. »

Le second groupe s’appuie principalement sur le hadith d’Ibn ‘Umar rapportant que le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — « a rattaché l’enfant désavoué par serments d’anathème à sa mère » ; sur le hadith de ‘Amr ibn Shu‘ayb, qui rapporte de son père, d’après son grand-père :

« Le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a attribué la succession de l’enfant désavoué par serments d’anathème à sa mère et à ses héritiers » ;

ainsi que sur le hadith de Wāthila ibn al-Asqa‘, selon lequel le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a dit :

« La femme recueille trois successions : celle de la personne qu’elle a affranchie, celle de l’enfant trouvé qu’elle a recueilli et celle de son enfant au sujet duquel elle a prêté les serments d’anathème. »

Ils invoquent également le hadith de Makhūl rapportant du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — des propos semblables. Tous ces récits ont été rapportés par Abū Dāwūd et d’autres.

Le juge dit : « Il est obligatoire de se conformer à ces traditions, car elles restreignent la portée générale du Livre. »

وَذَهَبَ عَلِيٌّ، وَعُمَرُ - رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا - وَأَهْلُ الْكُوفَةِ، وَأَبُو حَنِيفَةَ فِيمَا ذَكَرَ غَيْرُ الطَّحَاوِيِّ عَنْهُ وَجُمْهُورُ الْبَصْرِيِّينَ إِلَى أَنَّهُمْ يَتَوَارَثُونَ، وَصِفَةُ تَوْرِيثِهِمْ عِنْدَهُمْ أَنَّهُمْ يُوَرِّثُونَ كُلَّ وَاحِدٍ مِنْ صَاحِبِهِ فِي أَصْلِ مَالِهِ دُونَ مَا وَرِثَ بَعْضُهُمْ مِنْ بَعْضٍ، أَعْنِي: أَنَّهُ لَا يُضَمُّ إِلَى مَالِ الْمُوَرِّثِ مَا وَرِثَ مِنْ غَيْرِهِ، فَيَتَوَارَثُونَ الْكُلَّ عَلَى أَنَّهُ مَالٌ وَاجِدٌ كَالْحَالِ فِي الَّذِينَ يُعْلَمُ تَقَدُّمُ مَوْتِ بَعْضِهِمْ عَلَى بَعْضٍ، مِثَالُ ذَلِكَ: زَوْجٌ وَزَوْجَتُةٌ تُوُفِّيَا فِي حَرْبٍ أَوْ غَرَقٍ أَوْ هَدْمٍ وَلِكُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا أَلْفُ دِرْهَمٍ، فَيُوَرَّثُ الزَّوْجُ مِنَ الْمَرْأَةِ خَمْسَمِائَةِ دِرْهَمٍ، وَتُوَرَّثُ الْمَرْأَةُ مِنَ الْأَلْفِ الَّتِي كَانَتْ بِيَدِ الزَّوْجِ دُونَ الْخَمْسِمِائَةِ الَّتِي وَرِثَ مِنْهَا رُبُعَهَا وَذَلِكَ مِائَتَانِ وَخَمْسُونَ. [مِيرَاثُ وَلَدِ الْمُلَاعَنَةِ وَوَلَدِ الزِّنَى] ; وَمِنْ مَسَائِلِ هَذَا الْبَابِ اخْتِلَافُ الْعُلَمَاءِ فِي مِيرَاثِ وَلَدِ الْمُلَاعَنَةِ وَوَلَدِ الزِّنَا. فَذَهَبَ أَهْلُ الْمَدِينَةِ، وَزَيْدُ بْنُ ثَابِتٍ إِلَى أَنَّ وَلَدَ الْمُلَاعَنَةِ يُوَرَّثُ كَمَا يُوَرَّثُ غَيْرُ وَلَدِ الْمُلَاعَنَةِ، وَأَنَّهُ لَيْسَ لِأُمِّهِ إِلَّا الثُّلُثُ وَالْبَاقِي لِبَيْتِ الْمَالِ، إِلَّا أَنْ يَكُونَ لَهُ إِخْوَةٌ لِأُمٍّ، فَيَكُونُ لَهُمُ الثُّلُثُ أَوْ تَكُونُ أُمُّهُ مَوْلَاةً فَيَكُونُ بَاقِي مَالِهَا لِمَوَالِيهَا، وَإِلَّا فَالْبَاقِي لِبَيْتِ مَالِ الْمُسْلِمِينَ، وَبِهِ قَالَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ، وَأَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابِهِ، إِلَّا أَنَّ أَبَا حَنِيفَةَ عَلَى مَذْهَبِهِ يَجْعَلُ ذَوِي الْأَرْحَامِ أَوْلَى مِنْ جَمَاعَةِ الْمُسْلِمِينَ. وَأَيْضًا عَلَى قِيَاسِ مَنْ يَقُولُ بِالرَّدِّ يُرَدُّ عَلَى الْأُمِّ بَقِيَّةُ الْمَالِ. وَذَهَبَ عَلِيٌّ وَعُمَرُ وَابْنُ مَسْعُودٍ إِلَى أَنَّ عَصَبَتَهُ عَصَبَةُ أُمِّهِ أَعْنِي: الَّذِينَ يَرِثُونَهَا. وَرُوِيَ عَنْ عَلِيٍّ، وَابْنِ مَسْعُودٍ أَنَّهُمْ لَا يَجْعَلُونَ عَصَبَتَهُ عَصَبَةَ أُمِّهِ إِلَّا مَعَ فَقْدِ الْأُمِّ وَكَانُوا يُنْزِلُونَ الْأُمَّ بِمَنْزِلَةِ الْأَبِ، وَبِهِ قَالَ الْحَسَنُ، وَابْنُ سِيرِينَ، وَالثَّوْرِيُّ، وَابْنُ حَنْبَلٍ وَجَمَاعَةٌ. وَعُمْدَةُ الْفَرِيقِ الْأَوَّلِ عُمُومُ قَوْله تَعَالَى: {فَإِنْ لَمْ يَكُنْ لَهُ وَلَدٌ وَوَرِثَهُ أَبَوَاهُ فَلأُمِّهِ الثُّلُثُ} [النساء: ١١] فَقَالُوا: هَذِهِ أُمٌّ، وَكُلُّ أُمٍّ لَهَا الثُّلُثُ، فَهَذِهِ لَهَا الثُّلُثُ. وَعُمْدَةُ الْفَرِيقِ الثَّانِي مَا رُوِيَ مِنْ حَدِيثِ ابْنِ عُمَرَ «عَنِ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - " أَنَّهُ أَلْحَقَ وَلَدَ الْمُلَاعَنَةِ بِأُمِّهِ» ، وَحَدِيثِ عَمْرِو بْنِ شُعَيْبٍ عَنْ أَبِيهِ عَنْ جَدِّهِ قَالَ: «جَعَلَ النَّبِيُّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - مِيرَاثَ ابْنِ الْمُلَاعَنَةِ لِأُمِّهِ وَلِوَرَثَتِهِ» ، وَحَدِيثِ وَاثِلَةَ بْنِ الْأَسْقَعِ عَنِ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «الْمَرْأَةُ تَحُوزُ ثَلَاثَةَ أَمْوَالٍ: عَتِيقَها، وَلَقِيطَهَا وَوَلَدَهَا الَّذِي لَاعَنَتْ عَلَيْهِ» ، وَحَدِيثِ مَكْحُولٍ عَنِ «النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - بِمِثْلِ ذَلِكَ» ، خَرَّجَ جَمِيعَ ذَلِكَ أَبُو دَاوُدَ وَغَيْرُهُ. قَالَ الْقَاضِي: هَذِهِ الْآثَارُ الْمَصِيرُ إِلَيْهَا وَاجِبٌ ; لِأَنَّهَا قَدْ خَصَّصَتْ عُمُومَ الْكِتَابِ.

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