Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à leur divergence concernant les grandes et les petites quantités de sang, elle tient à leur désaccord sur la prépondérance à donner à l’énoncé assorti d’une restriction sur l’énoncé sans restriction, ou inversement. En effet, l’interdiction du sang est énoncée sans restriction dans cette parole du Très-Haut :

« Vous sont interdits la bête morte, le sang et la chair de porc. »
[La Table servie : 3]

Elle apparaît aussi assortie d’une restriction dans cette parole du Très-Haut :

« Dis : Je ne trouve, dans ce qui m’a été révélé, rien d’interdit »
[Les Bestiaux : 145]

jusqu’aux mots :

« ou du sang répandu, ou de la chair de porc ».
[Les Bestiaux : 145]

Ceux qui font prévaloir l’énoncé assorti d’une restriction sur celui qui en est dépourvu — et c’est le cas de la majorité — considèrent que seul le sang répandu est impur et interdit. Ceux qui font prévaloir l’énoncé sans restriction, parce qu’il a une portée plus étendue, considèrent que le sang répandu, c’est-à-dire en grande quantité, et le sang non répandu, c’est-à-dire en petite quantité, sont tous deux interdits. Ils appuient cet avis sur le principe selon lequel une chose impure en elle-même ne peut être déclarée impure pour une part et pure pour une autre.

Cinquième question

Les savants s’accordent sur l’impureté de l’urine et des excréments humains, à l’exception de l’urine du nourrisson. Ils divergent toutefois au sujet de ceux des autres animaux. Al-Shāfi‘ī et Abū Hanīfa considèrent qu’ils sont tous impurs.

Certains les tiennent pour purs sans restriction : je parle des deux sortes de déjections des autres animaux, à savoir l’urine et les excréments. D’autres estiment que leur statut suit celui de leur chair : les urines et les excréments des animaux dont la chair est interdite sont impurs et interdits ; ceux des animaux dont la chair est licite sont purs, à l’exception des animaux qui se nourrissent d’impuretés ; enfin, ceux des animaux dont la consommation est réprouvée sont eux aussi réprouvés. Tel est l’avis de Mālik, de même qu’Abū Hanīfa applique cette distinction aux restes de boisson laissés par les animaux.

Leur divergence a deux causes.

La première est leur désaccord sur ce qu’il faut déduire de « l’autorisation de prier dans les lieux où se reposent les moutons », de « l’autorisation donnée par le Prophète — sur lui la prière et la paix — aux hommes de ‘Urayna de boire l’urine et le lait des chamelles », ainsi que de « l’interdiction de prier dans les lieux où les chameaux s’agenouillent près des points d’eau ».

La seconde est leur désaccord sur le raisonnement par analogie qui consiste, en cette matière, à assimiler les autres animaux à l’être humain. Celui qui établit cette analogie et estime qu’elle vaut à plus forte raison pour les autres animaux ne déduit pas de l’autorisation de prier dans les lieux où se reposent les moutons que leurs excréments et leurs urines sont purs ; il y voit une prescription purement cultuelle.

Celui qui déduit l’impureté de « l’interdiction de prier dans les lieux où les chameaux s’agenouillent près des points d’eau », et considère que l’autorisation donnée aux hommes de ‘Urayna de boire l’urine des chamelles tenait à un usage thérapeutique, conformément à son principe autorisant cet usage, affirme que toute urine et tout excrément sont impurs.

En revanche, celui qui déduit du hadith relatif à « l’autorisation de prier dans les lieux où se reposent les moutons » que leurs excréments et leurs urines sont purs, et tire la même conclusion du hadith des hommes de ‘Urayna, considère que « l’interdiction de prier dans les lieux où les chameaux s’agenouillent près des points d’eau » est une prescription purement cultuelle ou répond à un motif autre que l’impureté. S’il estime que la différence entre l’être humain et les bestiaux tient à ce que les urines et les excréments humains inspirent naturellement de la répugnance, contrairement à ceux des bestiaux, il fait dépendre le statut des déjections de celui des chairs. Et Allah sait mieux.

وَأَمَّا اخْتِلَافُهُمْ فِي كَثِيرِ الدَّمِ وَقَلِيلِهِ فَسَبَبُهُ اخْتِلَافُهُمْ فِي الْقَضَاءِ بِالْمُقَيَّدِ عَلَى الْمُطْلَقِ أَوْ بِالْمُطْلَقِ عَلَى الْمُقَيَّدِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ وَرَدَ تَحْرِيمُ الدَّمِ مُطْلَقًا فِي قَوْله تَعَالَى: {حُرِّمَتْ عَلَيْكُمُ الْمَيْتَةُ وَالدَّمُ وَلَحْمُ الْخِنْزِيرِ} [المائدة: ٣] وَوَرَدَ مُقَيَّدًا فِي قَوْله تَعَالَى: {قُلْ لا أَجِدُ فِي مَا أُوحِيَ إِلَيَّ مُحَرَّمًا} [الأنعام: ١٤٥] إِلَى قَوْلِهِ: {أَوْ دَمًا مَسْفُوحًا أَوْ لَحْمَ خِنْزِيرٍ} [الأنعام: ١٤٥] . فَمَنْ قَضَى بِالْمُقَيَّدِ عَلَى الْمُطْلَقِ وَهُمُ الْجُمْهُورُ قَالَ: الْمَسْفُوحُ هُوَ النَّجِسُ الْمُحَرَّمُ فَقَطْ، وَمَنْ قَضَى بِالْمُطْلَقِ عَلَى الْمُقَيَّدِ ; لِأَنَّ فِيهِ زِيَادَةً قَالَ: الْمَسْفُوحُ وَهُوَ الْكَثِيرُ، وَغَيْرُ الْمَسْفُوحِ وَهُوَ الْقَلِيلُ، كُلُّ ذَلِكَ حَرَامٌ، وَأَيَّدَ هَذَا بِأَنَّ كُلَّ مَا هُوَ نَجِسٌ لِعَيْنِهِ فَلَا يَتَبَعَّضُ. الْمَسْأَلَةُ الخَامِسَةُ: اتَّفَقَ الْعُلَمَاءُ عَلَى نَجَاسَةِ بَوْلِ ابْنِ آدَمَ وَرَجِيعِهِ إِلَّا بَوْلَ الصَّبِيِّ الرَّضِيعِ، وَاخْتَلَفُوا فِيمَا سِوَاهُ مِنَ الْحَيَوَانِ، فَذَهَبَ الشَّافِعِيُّ وَأَبُو حَنِيفَةَ إِلَى أَنَّهَا كُلَّهَا نَجِسَةٌ. وَذَهَبَ قَوْمٌ إِلَى طَهَارَتِهَا بِإِطْلَاقٍ أَعْنِي فَضْلَتَيْ سَائِرِ الْحَيَوَانِ، الْبَوْلَ وَالرَّجِيعَ وَقَالَ قَوْمٌ: أَبْوَالُهَا وَأَرْوَاثُهَا تَابِعَةٌ لِلُحُومِهَا، فَمَا كَانَ مِنْهَا لُحُومُهَا مُحَرَّمَةً فَأَبْوَالُهَا وَأَرْوَاثُهَا نَجِسَةٌ مُحَرَّمَةٌ، وَمَا كَانَ مِنْهَا لُحُومُهَا مَأْكُولَةً فَأَبْوَالُهَا وَأَرْوَاثُهَا طَاهِرَةٌ، مَا عَدَا الَّتِي تَأْكُلُ النَّجَاسَةَ، وَمَا كَانَ مِنْهَا مَكْرُوهًا فَأَبْوَالُهَا، وَأَرْوَاثُهَا مَكْرُوهَةٌ، وَبِهَذَا قَالَ مَالِكٌ كَمَا قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ بِذَلِكَ فِي الْأَسْآرِ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ شَيْئَانِ: أَحَدُهُمَا: اخْتِلَافُهُمْ فِي مَفْهُومِ «الْإِبَاحَةِ الْوَارِدَةِ فِي الصَّلَاةِ فِي مَرَابِضِ الْغَنَمِ» ، «وَإِبَاحَتِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - لِلْعُرَنِيِّينَ شُرْبَ أَبْوَالِ الْإِبِلِ وَأَلْبَانِهَا» ، وَفِي مَفْهُومِ «النَّهْيِ عَنِ الصَّلَاةِ فِي أَعْطَانِ الْإِبِلِ» . وَالسَّبَبُ الثَّانِي: اخْتِلَافُهُمْ فِي قِيَاسِ سَائِرِ الْحَيَوَانِ فِي ذَلِكَ عَلَى الْإِنْسَانِ، فَمَنْ قَاسَ سَائِرَ الْحَيَوَانِ عَلَى الْإِنْسَانِ وَرَأَى أَنَّهُ مِنْ بَابِ قِيَاسِ الْأَوْلَى وَالْأَحْرَى لَمْ يَفْهَمْ مِنْ إِبَاحَةِ الصَّلَاةِ فِي مَرَابِضِ الْغَنَمِ طَهَارَةَ أَرْوَاثِهَا، وَأَبْوَالِهَا، وَجَعَلَ ذَلِكَ عِبَادَةً، وَمَنْ فَهِمَ مِنَ «النَّهْيِ عَنِ الصَّلَاةِ فِي أَعْطَانِ الْإِبِلِ» النَّجَاسَةَ، وَجَعَلَ إِبَاحَتَهُ لِلْعُرَنِيِّينَ أَبْوَالَ الْإِبِلِ لِمَكَانِ الْمُدَاوَاةِ عَلَى أَصْلِهِ فِي إِجَازَةِ ذَلِكَ قَالَ: كُلُّ رَجِيعٍ وَبَوْلٍ فَهُوَ نَجِسٌ، وَمَنْ فَهِمَ مِنْ حَدِيثِ «إِبَاحَةِ الصَّلَاةِ فِي مَرَابِضِ الْغَنَمِ» طَهَارَةَ أَرْوَاثِهَا وَأَبْوَالِهَا، وَكَذَلِكَ مِنْ حَدِيثِ الْعُرَنِيِّينَ وَجَعَلَ «النَّهْيَ عَنِ الصَّلَاةِ فِي أَعْطَانِ الْإِبِلِ» عِبَادَةً أَوْ لِمَعْنًى غَيْرِ مَعْنَى النَّجَاسَةِ، وَكَانَ الْفَرْقُ عِنْدَهُ بَيْنَ الْإِنْسَانِ وَبَهِيمَةِ الْأَنْعَامِ أَنَّ فَضْلَتَيِ الْإِنْسَانِ مُسْتَقْذَرَةٌ بِالطَّبْعِ وَفَضْلَتَيْ بَهِيمَةِ الْأَنْعَامِ لَيْسَتْ كَذَلِكَ جَعَلَ الْفَضَلَاتِ تَابِعَةً لِلُّحُومِ، وَاللَّهُ أَعْلَمُ.

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