Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Ils divergent également, dans ce domaine, au sujet de l’homme qui demande à son voisin de lui prêter l’usage de son mur pour y fixer une poutre, afin d’en tirer profit sans nuire au propriétaire du mur ; et, plus généralement, au sujet de tout usage qui profite à l’emprunteur sans porter préjudice au prêteur. Mālik et Abū Hanīfa disent que le juge ne peut contraindre le propriétaire à y consentir, puisque le prêt à usage ne peut être imposé par voie judiciaire. Al-Shāfi‘ī, Ahmad, Abū Thawr, Dāwūd et un groupe de spécialistes du hadith estiment, au contraire, que le juge peut l’y contraindre.

Ils invoquent pour preuve ce que Mālik rapporte d’après Ibn Shihāb, d’après al-A‘raj, d’après Abū Hurayra : le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a dit :

« Que nul d’entre vous n’empêche son voisin de fixer une poutre dans son mur. »

Puis Abū Hurayra disait : « Pourquoi vous vois-je vous en détourner ? Par Allah, je vous la mettrai sur les épaules ! »

Ils invoquent également ce que Mālik rapporte de ‘Umar ibn al-Khattāb : al-Dahhāk ibn Qays avait aménagé pour son usage un canal venant d’al-‘Arīd. On voulut le faire passer sur le terrain de Muhammad ibn Maslama, mais celui-ci refusa. Al-Dahhāk lui dit : « Tu m’en empêches, alors que tu en tireras profit : tu pourras y prendre de l’eau pour irriguer, au début comme à la fin, sans qu’il te cause de tort ? » Muhammad persista dans son refus. Al-Dahhāk en parla alors à ‘Umar ibn al-Khattāb. Celui-ci fit venir Muhammad ibn Maslama et lui ordonna de laisser passer le canal. Muhammad répondit : « Non. » ‘Umar lui dit : « Ne prive pas ton frère de ce qui lui profite sans te nuire. » Muhammad répondit encore : « Non. » ‘Umar déclara alors : « Par Allah, il le fera passer, dût-il passer sur ton ventre ! » Puis ‘Umar ordonna à al-Dahhāk de faire passer le canal, et celui-ci s’exécuta.

Il en va de même du récit de ‘Amr ibn Yahyā al-Māzinī, d’après son père, qui dit : « Dans le jardin de mon grand-père se trouvait un canal d’irrigation appartenant à ‘Abd al-Rahmān ibn ‘Awf. Celui-ci voulut le déplacer vers un autre côté du jardin, mais le propriétaire l’en empêcha. Il en parla à ‘Umar ibn al-Khattāb, qui autorisa, par jugement, ‘Abd al-Rahmān ibn ‘Awf à le déplacer. » Al-Shāfi‘ī a d’ailleurs reproché à Mālik d’avoir inclus ces récits dans son Muwatta’ sans les mettre en application.

Mālik et Abū Hanīfa s’appuient principalement sur cette parole du Prophète — sur lui la paix et le salut :

« Le bien d’un musulman n’est licite qu’avec son consentement de plein gré. »

Les autres estiment que la portée générale de cette parole est restreinte par ces récits, tout particulièrement par le hadith d’Abū Hurayra. Mālik considère, quant à lui, que ces récits expriment une recommandation. Dès lors qu’on peut les comprendre soit comme des exceptions à la règle générale, soit comme des recommandations, il est préférable, selon lui, de retenir cette dernière interprétation. En effet, il ne s’impose de restreindre la portée du texte général par le texte particulier que lorsqu’il est impossible de les concilier et qu’ils se contredisent.

Asbagh rapporte d’Ibn al-Qāsim qu’il ne faut pas suivre le jugement rendu par ‘Umar contre Muhammad ibn Maslama au sujet du canal, mais qu’il faut retenir celui qu’il rendit en faveur de ‘Abd al-Rahmān ibn ‘Awf concernant le déplacement du canal d’irrigation. Il estimait en effet que déplacer un canal était moins contraignant que de créer sur une propriété un passage jusque-là inexistant. Ces développements suffisent à notre propos.

وَاخْتَلَفُوا مِنْ هَذَا الْبَابِ فِي الرَّجُلِ يَسْأَلُ جَارَهُ أَنْ يُعِيرَهُ جِدَارَهُ لِيَغْرِزَ فِيهِ خَشَبَةً لِمَنْفَعَتِهِ وَلَا تَضُرُّ صَاحِبَ الْجِدَارِ، وَبِالْجُمْلَةِ فِي كُلِّ مَا يَنْتَفِعُ بِهِ الْمُسْتَعِيرُ وَلَا ضَرَرَ عَلَى الْمُعِيرِ فِيهِ، فَقَالَ مَالِكٌ وَأَبُو حَنِيفَةَ: لَا يُقْضَى عَلَيْهِ بِهِ إِذِ الْعَارِيَةُ لَا يُقْضَى بِهَا، وَقَالَ الشَّافِعِيُّ وَأَحْمَدُ، وَأَبُو ثَوْرٍ، وَدَاوُدُ وَجَمَاعَةُ أَهْلِ الْحَدِيثِ: يُقْضَى بِذَلِكَ. وَحُجَّتُهُمْ مَا خَرَّجَهُ مَالِكٌ عَنِ ابْنِ شِهَابٍ، عَنِ الْأَعْرَجِ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «لَا يَمْنَعُ أَحَدُكُمْ جَارَهُ أَنْ يَغْرِزَ خَشَبَةً فِي جِدَارِهِ» ، ثُمَّ يَقُولُ أَبُو هُرَيْرَةَ: مَا لِي أَرَاكُمْ عَنْهَا مَعْرِضِينَ، وَاللَّهِ لَأَرْمِيَنَّ بِهَا بَيْنَ أَكْتَافِكُمْ. وَاحْتَجُّوا أَيْضًا بِمَا رَوَاهُ مَالِكٌ عَنْ عُمَرَ بْنِ الْخَطَّابِ أَنَّ الضَّحَّاكَ بْنَ قَيْسٍ سَاقَ خَلِيجًا لَهُ مِنَ الْعَرِيضِ، فَأَرَادُوا أَنْ يَمُرَّ بِهِ فِي أَرْضِ مُحَمَّدِ بْنِ مَسْلَمَةَ، فَأَبَى مُحَمَّدٌ، فَقَالَ لَهُ الضَّحَّاكُ: أَنْتَ تَمْنَعُنِي وَهُوَ لَكَ مَنْفَعَةٌ، تَسْقِي مِنْهُ أَوَّلًا وَآخِرًا وَلَا يَضُرُّكَ؟ فَأَبَى مُحَمَّدٌ، فَكَلَّمَ فِيهِ الضَّحَّاكُ عُمَرَ بْنَ الْخَطَّابِ، فَدَعَا عُمَرُ مُحَمَّدَ بْنَ مَسْلَمَةَ، فَأَمَرَهُ أَنْ يُخَلِّيَ سَبِيلَهُ، قَالَ مُحَمَّدٌ: لَا، فَقَالَ عُمَرُ: لَا تَمْنَعْ أَخَاكَ مَا يَنْفَعُهُ وَلَا يَضُرُّكَ، فَقَالَ مُحَمَّدٌ: لَا، فَقَالَ عُمَرُ: وَاللَّهِ لَيَمُرَّنَّ بِهِ وَلَوْ عَلَى بَطْنِكَ، فَأَمَرَهُ عُمَرُ أَنْ يَمُرَّ بِهِ، فَفَعَلَ الضَّحَّاكُ. وَكَذَلِكَ حَدِيثُ عَمْرِو بْنِ يَحْيَى الْمَازِنِيِّ عَنْ أَبِيهِ أَنَّهُ قَالَ: كَانَ فِي حَائِطِ جَدِّي رَبِيعٌ لِعَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ عَوْفٍ، فَأَرَادَ أَنْ يُحَوِّلَهُ إِلَى نَاحِيَةٍ مِنَ الْحَائِطِ، فَمَنَعَهُ صَاحِبُ الْحَائِطِ، فَكَلَّمَ عُمَرَ بْنَ الْخَطَّابِ، فَقَضَى لِعَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ عَوْفٍ بِتَحْوِيلِهِ وَقَدْ عَذَلَ الشَّافِعِيُّ مَالِكًا لِإِدْخَالِهِ هَذِهِ الْأَحَادِيثَ فِي مُوَطَّئِهِ، وَتَرْكِهِ الْأَخْذَ بِهَا. وَعُمْدَةُ مَالِكٍ، وَأَبِي حَنِيفَةَ قَوْلُهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا يَحِلُّ مَالُ امْرِئٍ مُسْلِمٍ إِلَّا عَنْ طِيبِ نَفْسٍ مِنْهُ» وَعِنْدَ الْغَيْرِ أَنَّ عُمُومَ هَذَا مُخَصَّصٌ بِهَذِهِ الْأَحَادِيثِ، وَبِخَاصَّةٍ حَدِيثُ أَبِي هُرَيْرَةَ. وَعِنْدَ مَالِكٍ أَنَّهَا مَحْمُولَةٌ عَلَى النَّدْبِ، وَأَنَّهُ إِذَا أَمْكَنَ أَنْ تَكُونَ مُخْتَصَّةً وَأَنْ تَكُونَ عَلَى النَّدْبِ فَحَمْلُهَا عَلَى النَّدْبِ أَوْلَى ; لِأَنَّ بِنَاءَ الْعَامِّ عَلَى الْخَاصِّ إِنَّمَا يَجِبُ إِذَا لَمْ يُمْكِنْ بَيْنَهُمَا جَمْعٌ وَوَقَعَ التَّعَارُضُ. وَرَوَى أَصْبَغُ عَنِ ابْنِ الْقَاسِمِ: أَنَّهُ لَا يُؤْخَذُ بِقَضَاءِ عُمَرَ عَلَى مُحَمَّدِ بْنِ مَسْلَمَةَ فِي الْخَلِيجِ، وَيُؤْخَذُ بِقَضَائِهِ لِعَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ عَوْفٍ فِي تَحْوِيلِ الرَّبِيعِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ رَأَى أَنَّ تَحْوِيلَ الرَّبِيعِ أَيْسَرُ مِنْ أَنْ يَمُرَّ عَلَيْهِ بِطَرِيقٍ لَمْ يَكُنْ قَبْلُ، وَهَذَا الْقَدْرُ كَافٍ بِحَسَبِ غَرَضِنَا.

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