Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Ce désaccord tient aux exigences contradictoires de l’équité envers les deux parties. En effet, si l’on n’impose pas au défendeur de fournir un garant sur la seule base d’une allégation, on ne peut exclure qu’il disparaisse, mettant ainsi le demandeur en difficulté. Mais si on le lui impose, on ne peut exclure que la demande soit infondée et que le défendeur en subisse les désagréments. C’est pourquoi certains distinguent le cas où le demandeur affirme disposer de preuves présentes de celui où ses preuves sont éloignées.

On rapporte de ʿIrāk ibn Mālik le récit suivant :

« Un groupe de Bédouins arriva avec des bêtes de somme. Deux hommes les accompagnèrent et passèrent la nuit auprès d’eux. Au matin, les Bédouins constatèrent qu’un certain nombre de leurs chameaux avaient disparu. Le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — dit à l’un des deux hommes : “Va les chercher”, et retint l’autre. Le premier ramena les bêtes disparues. Le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — dit alors à l’un des deux hommes : “Demande pardon pour moi.” Celui-ci répondit : “Qu’Allah te pardonne.” Il lui dit : “Et toi, qu’Allah te pardonne et te fasse trouver la mort pour Sa cause.” »

Abū ʿUbayd a rapporté ce hadith dans son ouvrage de jurisprudence. Il dit : « Certains savants ont interprété cet acte du Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — comme une mise en détention. Cette interprétation ne me satisfait pas, car une simple allégation ne justifie pas la détention. À mon sens, cela relève plutôt du cautionnement relatif à un droit qui n’est pas encore établi, puisqu’il existait un motif de soupçon du fait que ces deux hommes avaient accompagné les Bédouins. »

Quant aux catégories de personnes garanties, il n’en résulte pas de divergence notoire, compte tenu de leur désaccord concernant la garantie des dettes d’un défunt qui ne laisse pas de quoi les acquitter : Mālik et al-Shāfiʿī l’autorisent, tandis qu’Abū Hanīfa l’interdit.

Abū Hanīfa fait valoir que la garantie ne se rattache pas à un objet connu avec certitude, contrairement au cas du débiteur insolvable. Ceux qui considèrent cette garantie comme contraignante s’appuient sur le récit suivant :

« Au début de l’islam, le Prophète — sur lui la prière et la paix — n’accomplissait pas la prière funéraire sur une personne morte en laissant une dette, tant que quelqu’un ne s’en était pas porté garant. »

La majorité des savants tient pour valide le cautionnement d’un détenu ou d’un absent, contrairement à Abū Hanīfa.

Quant aux conditions du cautionnement, Abū Hanīfa et al-Shāfiʿī exigent, pour que le garant puisse réclamer au débiteur le remboursement de ce qu’il a acquitté pour lui, que la garantie ait été donnée avec son autorisation. Mālik ne pose pas cette condition.

Al-Shāfiʿī n’admet ni le cautionnement portant sur un objet indéterminé ni celui d’un droit qui n’est pas encore né. Mālik et ses disciples considèrent, au contraire, que l’un et l’autre sont valides et contraignants.

Quant aux obligations pour lesquelles une garantie pécuniaire est admise ou non, Mālik l’autorise pour toute obligation pécuniaire établie à la charge d’une personne, à l’exception des sommes dues au titre d’un contrat d’affranchissement, des obligations dont l’exécution ne peut être différée et de celles qui deviennent exigibles progressivement, telles les pensions d’entretien dues aux épouses et les obligations analogues.

وَسَبَبُ هَذَا الِاخْتِلَافِ: تَعَارُضُ وَجْهِ الْعَدْلِ بَيْنَ الْخَصْمَيْنِ فِي ذَلِكَ، فَإِنَّهُ إِذَا لَمْ يُؤْخَذْ عَلَيْهِ ضَامِنٌ بِمُجَرَّدِ الدَّعْوَى لَمْ يُؤْمَنْ أَنْ يَغِيبَ بِوَجْهِهِ فَيَعْنَتَ طَالِبُهُ، وَإِذَا أُخِذَ عَلَيْهِ لَمْ يُؤْمَنْ أَنْ تَكُونَ الدَّعْوَى بَاطِلَةً فَيَعْنَتَ الْمَطْلُوبُ، وَلِهَذَا فَرَّقَ مَنْ فَرَّقَ بَيْنَ دَعْوَى الْبَيِّنَةِ الْحَاضِرَةِ وَالْغَائِبَةِ. وَرُوِيَ عَنْ عَرَاكِ بْنِ مَالِكٍ قَالَ: «أَقْبَلَ نَفَرٌ مِنَ الْأَعْرَابِ مَعَهُمْ ظَهْرٌ، فَصَحِبَهُمْ رَجُلَانِ فَبَاتَا مَعَهُمْ، فَأَصْبَحَ الْقَوْمُ وَقَدْ فَقَدُوا كَذَا وَكَذَا مِنْ إِبِلِهِمْ، فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - لِأَحَدِ الرَّجُلَيْنِ: اذْهَب اطْلُبْ، وَحَبَسَ الْآخَرَ، فَجَاءَ بِمَا ذَهَبَ، فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - لِأَحَدِ الرَّجُلَيْنِ: اسْتَغْفِرْ لِي، فَقَالَ: غَفَرَ اللَّهُ لَكَ، قَالَ: وَأَنْتَ فَغَفَرَ اللَّهُ لَكَ وَقَتَلَكَ فِي سَبِيلِهِ» خَرَّجَ هَذَا الْحَدِيثَ أَبُو عُبَيْدٍ فِي كِتَابِهِ في الْفِقْهِ، قَالَ: وَحَمَلَهُ بَعْضُ الْعُلَمَاءِ عَلَى أَنَّ ذَلِكَ كَانَ مِنْ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - حَبْسًا قَالَ: وَلَا يُعْجِبُنِي ذَلِكَ; لِأَنَّهُ لَا يَجِبُ الْحَبْسُ بِمُجَرَّدِ الدَّعْوَى، وَإِنَّمَا هُوَ عِنْدِي مِنْ بَابِ الْكَفَالَةِ بِالْحَقِّ الَّذِي لَمْ يَجِبْ إِذ كَانَتْ هُنَالِكَ شُبْهَةٌ لِمَكَانِ صُحْبَتِهِمَا لَهُمْ. فَأَمَّا أَصْنَافُ الْمَضْمُونِينَ: فَلَيْسَ يَلْحَقُ مِنْ قِبَلِ ذَلِكَ اخْتِلَافٌ مَشْهُورٌ لِاخْتِلَافِهِمْ فِي ضَمَانِ الْمَيِّتِ إِذَا كَانَ عَلَيْهِ دَيْنٌ وَلَمْ يَتْرُكْ وَفَاءً بِدَيْنِهِ، فَأَجَازَهُ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لَا يَجُوزُ. وَاسْتَدَلَّ أَبُو حَنِيفَةَ مِنْ قَبْلُ أَنَّ الضَّمَانَ لَا يَتَعَلَّقُ بِمَعْلُومٍ قَطْعًا، وَلَيْسَ كَذَلِكَ الْمُفْلِسُ. وَاسْتَدَلَّ مَنْ رَأَى أَنَّ الضَّمَانَ يَلْزَمُهُ بِمَا رُوِيَ: «أَنَّ النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - كَانَ فِي صَدْرِ الْإِسْلَامِ لَا يُصَلِّي عَلَى مَنْ مَاتَ وَعَلَيْهِ دَيْنٌ حَتَّى يُضْمَنَ عَنْهُ» . وَالْجُمْهُورُ يَصِحُّ عِنْدَهُمْ كَفَالَةُ الْمَحْبُوسِ وَالْغَائِبِ، وَلَا يَصِحُّ عِنْدَ أَبِي حَنِيفَةَ. وَأَمَّا شُرُوطُ الْكَفَالَةِ: فَإِنَّ أَبَا حَنِيفَةَ وَالشَّافِعِيَّ يَشْتَرِطَانِ فِي وُجُوبِ رُجُوعِ الضَّامِنِ عَلَى الْمَضْمُونِ بِمَا أَدَّى عَنْهُ أَنْ يَكُونَ الضَّمَانُ بِإِذْنِهِ، وَمَالِكٌ لَا يَشْتَرِطُ ذَلِكَ. وَلَا تَجُوزُ عِنْدَ الشَّافِعِيِّ كَفَالَةُ الْمَجْهُولِ، وَلَا الْحَقُّ الَّذِي لَمْ يَجِبْ بَعْدُ، وَكُلُّ ذَلِكَ لَازِمٌ وَجَائِزٌ عِنْدَ مَالِكٍ، وَأَصْحَابِهِ. وَأَمَّا مَا تَجُوزُ فِيهِ الْحَمَالَةُ بِالْمَالِ مِمَّا لَا تَجُوزُ: فَإِنَّهَا تَجُوزُ عِنْدَ مَالِكٍ بِكُلِّ مَالٍ ثَابِتٍ فِي الذِّمَّةِ إِلَّا الْكِتَابَةَ، وَمَا لَا يَجُوزُ فِيهِ التَّأْخِيرُ، وَمَا يَسْتَحِقُّ شَيْئًا فَشَيْئًا مِثْلَ النَّفَقَاتِ عَلَى الْأَزْوَاجِ، وَمَا شَاكَلَهَا.

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