Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Abū Thawr dit : « Le cautionnement et la garantie ne font qu’un. Quiconque garantit une dette pour autrui en devient redevable, tandis que le débiteur initial en est libéré. Une même somme ne saurait être due par deux personnes. » Ibn Abī Laylā et Ibn Shubruma partagent cet avis.

Parmi les arguments de ceux qui permettent au créancier de réclamer le paiement au garant, que le débiteur garanti soit absent ou présent, solvable ou insolvable, figure le hadith de Qabīsa ibn al-Mukhāriqī, qui rapporte :

« Je m’étais porté garant d’une somme. Je me rendis auprès du Prophète — sur lui la prière et la paix — et lui demandai son aide à ce sujet. Il me dit : “Nous l’acquitterons pour toi au moyen des chameaux de l’aumône légale. Ô Qabīsa, il n’est permis de solliciter l’aide d’autrui que dans trois cas.” Il mentionna notamment celui d’un homme qui s’est porté garant d’une dette pour autrui, jusqu’à ce qu’il l’ait acquittée. »

L’argument tient ici au fait que le Prophète — sur lui la prière et la paix — a permis au garant de solliciter de l’aide sans prendre en considération la situation du débiteur garanti.

Quant à l’objet de la garantie, il s’agit, selon la majorité des savants, des obligations pécuniaires, conformément à cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Le garant est tenu de payer. »

(J’entends ici le cautionnement portant sur les biens et la garantie de comparution.) Peu importe que ces obligations pécuniaires découlent d’affaires patrimoniales ou pénales : ainsi de l’indemnité due pour un homicide involontaire, de la somme convenue par transaction dans un homicide volontaire, du dédommagement pour un vol n’entraînant pas l’amputation, à savoir celui dont la valeur reste inférieure au seuil légal, ou de toute autre cause. On rapporte d’Abū Hanīfa qu’il autorisait la garantie dans les affaires relevant des peines légales déterminées et du talion, ou dans celles relevant du talion à l’exclusion des peines légales déterminées. Tel est aussi l’avis de ʿUthmān al-Battī (j’entends ici la garantie de comparution).

Quant au moment où le cautionnement portant sur les biens peut être exigé (c’est-à-dire où l’on peut demander au débiteur de fournir un garant), les savants s’accordent à dire qu’il intervient après que le droit à son encontre a été établi, soit par un aveu, soit par une preuve.

Quant au moment où la garantie de comparution peut être exigée, ils divergent : peut-elle l’être avant que le droit soit établi ?

Certains disent qu’elle ne peut en aucun cas être exigée avant l’établissement du droit. C’est l’avis du juge Shurayh et d’al-Shaʿbī, également adopté par Sahnūn, parmi les disciples de Mālik.

D’autres disent qu’il faut, au contraire, exiger un garant de comparution en attendant que le droit soit établi. Ils divergent toutefois sur les circonstances dans lesquelles cette exigence s’impose et sur sa durée.

Certains disent : si le demandeur produit un indice sérieux, tel qu’un témoin unique, le défendeur doit fournir un garant de comparution jusqu’à ce que le bien-fondé de la prétention du demandeur apparaisse. À défaut, il n’est pas tenu de fournir un garant, sauf si le demandeur déclare disposer de preuves présentes dans la ville ; il lui fournit alors un garant pour une durée de cinq jours à une semaine. Tel est l’avis d’Ibn al-Qāsim, parmi les disciples de Mālik.

Les juristes d’Irak disent : on n’impose pas de garant aux défendeurs avant que le droit soit établi, à moins que le demandeur n’affirme disposer de preuves présentes dans la ville, ce qui rejoint l’avis d’Ibn al-Qāsim. Ils fixent toutefois ce délai à trois jours. Ils disent que, si le demandeur produit un indice, le défendeur doit lui fournir un garant jusqu’à ce que sa prétention soit établie ou rejetée. Ils récusent la distinction opérée à ce sujet, ainsi que celle entre le demandeur qui affirme disposer de preuves présentes et celui dont les preuves sont éloignées. Ils disent : on ne peut imposer à personne de fournir un garant sans preuve, et cette garantie demeure jusqu’à ce que le bien-fondé de la prétention du demandeur soit établi ou que celle-ci soit rejetée.

وَقَالَ أَبُو ثَوْرٍ: الْحَمَالَةُ، وَالْكَفَالَةُ وَاحِدَةٌ، وَمَنْ ضَمِنَ عَنْ رَجُلٍ مَالًا لَزِمَهُ وَبَرِئَ الْمَضْمُونُ، وَلَا يَجُوزُ أَنْ يَكُونَ مَالَ وَاحِدٍ عَلَى اثْنَيْنِ، وَبِهِ قَالَ ابْنُ أَبِي لَيْلَى، وَابْنُ شُبْرُمَةَ. وَمِنَ الْحُجَّةِ لِمَن رَأَى أَنَّ الطَّالِبَ يَجُوزُ لَهُ مُطَالَبَةُ الضَّامِنِ; وكَانَ الْمَضْمُونُ عَنْهُ غَائِبًا، أَوْ حَاضِرًا، غَنِيًّا، أَوْ عَدِيمًا: حَدِيثُ قَبِيصَةَ بْنِ الْمُخَارِقِيِّ قَالَ: «تَحَمَّلْتُ حَمَالَةً فَأَتَيْتُ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَسَأَلْتُهُ عَنْهَا، فَقَالَ: نُخْرِجُهَا عَنْكَ مِنْ إِبِلِ الصَّدَقَةِ يَا قَبِيصَةُ، إِنَّ الْمَسْأَلَةَ لَا تَحِلُّ إِلَّا فِي ثَلَاثٍ، وَذَكَرَ رَجُلًا تَحَمَّلَ حَمَالَةَ رَجُلٍ حَتَّى يُؤَدِّيَهَا» . وَوَجْهُ الدَّلِيلِ مِنْ هَذَا أن النَّبِيّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَبَاحَ الْمَسْأَلَةَ لِلْمُتَحَمِّلِ دُونَ اعْتِبَارِ حَالِ الْمُتَحَمَّلِ عَنْهُ. وَأَمَّا مَحِلُّ الْكَفَالَةِ: فَهِيَ الْأَمْوَالُ عِنْدَ جُمْهُورِ أَهْلِ الْعِلْمِ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «الزَّعِيمُ غَارِمٌ» (أَعْنِي: كَفَالَةَ الْمَالِ وَكَفَالَةَ الْوَجْهِ) ، وَسَوَاءٌ تَعَلَّقَتِ الْأَمْوَالُ مِنْ قِبَلِ أَمْوَالٍ، أَوْ مِنْ قِبَلِ حُدُودٍ، مِثْلُ الْمَالِ الْوَاجِبِ فِي قَتْلِ الْخَطَأ، أَوِ الصُّلْحِ فِي قَتْلِ الْعَمْدِ، أَوِ السَّرِقَةِ الَّتِي لَيْسَ يَتَعَلَّقُ بِهَا قَطْعٌ، وَهِيَ مَا دُونَ النِّصَابِ، أَوْ مِنْ غَيْرِ ذَلِكَ. وَرُوِيَ عَنْ أَبِي حَنِيفَةَ إِجَازَةُ الْكَفَالَةِ فِي الْحُدُودِ وَالْقِصَاصِ، أَوْ فِي الْقِصَاصِ دُونَ الْحُدُودِ وَهُوَ قَوْلُ عُثْمَانَ الْبَتِّيِّ (أَعْنِي كَفَالَةَ النَّفْسِ) . وَأَمَّا وَقْتُ وُجُوبِ الْكَفَالَةِ بِالْمَالِ (أَعْنِي مُطَالَبَتَهُ بِالْكَفِيلِ) : فَأَجْمَعَ الْعُلَمَاءُ عَلَى أَنَّ ذَلِكَ بَعْدَ ثُبُوتِ الْحَقِّ عَلَى الْمَكْفُولِ إِمَّا بِإِقْرَارٍ وَإِمَّا بِبَيِّنَةٍ. وَأَمَّا وَقْتُ وُجُوبِ الْكَفَالَةِ بِالْوَجْهِ: فَاخْتَلَفُوا هَلْ تَلْزَمُ قَبْلَ إِثْبَاتِ الْحَقِّ أَمْ لَا؟ فَقَالَ قَوْمٌ: إِنَّهَا لَا تَلْزَمُ قَبْلَ إِثْبَاتِ الْحَقِّ بِوَجْهٍ مِنَ الْوُجُوهِ، وَهُوَ قَوْلُ شُرَيْحٍ الْقَاضِي، وَالشَّعْبِيِّ، وَبِهِ قَالَ سَحْنُونٌ مِنْ أَصْحَابِ مَالِكٍ. وَقَالَ قَوْمٌ: بَلْ يَجِبُ أَخْذُ الْكَفِيلِ بِالْوَجْهِ عَلَى إِثْبَاتِ الْحَقِّ، وَهَؤُلَاءِ اخْتَلَفُوا مَتَى يَلْزَمُ ذَلِكَ؟ وَإِلَى كَمْ مِنَ الْمُدَّةِ يَلْزَمُ؟ فَقَالَ قَوْمٌ: إِنْ أَتَى بِشُبْهَةٍ قَوِيَّةٍ مِثْلِ شَاهِدٍ وَاحِدٍ لَزِمَهُ أَنْ يُعْطِيَ ضَامِنًا بِوَجْهِهِ حَتَّى يَلُوحَ حَقُّهُ، وَإِلَّا لَمْ يَلْزَمْهُ الْكَفِيلُ إِلَّا أَنْ يَذْكُرَ بَيِّنَةً حَاضِرَةً فِي الْمِصْرِ، فَيُعْطِيهِ حَمِيلًا مِنَ خَمْسَةِ الْأَيَّامِ إِلَى الْجُمُعَةِ، وَهُوَ قَوْلُ ابْنِ الْقَاسِمِ مِنْ أَصْحَابِ مَالِكٍ، وَقَالَ أَهْلُ الْعِرَاقِ: لَا يُؤْخَذُ عَلَيْهِمْ حَمِيلٌ قَبْلَ ثُبُوتِ الْحَقِّ إِلَّا أَنْ يَدَّعِيَ بَيِّنَةً حَاضِرَةً فِي الْمِصْرِ نَحْوَ قَوْلِ ابْنِ الْقَاسِمِ، إِلَّا أَنَّهُمْ حَدُّوا ذَلِكَ بِالثَّلَاثَةِ الْأَيَّامِ يَقُولُونَ: إِنَّهُ إنْ أَتَى بِشُبْهَةٍ لَزِمَهُ أَنْ يُعْطِيَهُ حَمِيلًا حَتَّى يُثْبِتَ دَعْوَاهُ أَوْ تَبْطُلَ، وَقَدْ أَنْكَرُوا الْفَرْقَ فِي ذَلِكَ وَالْفَرْقَ بَيْنَ الَّذِي يَدَّعِي الْبَيِّنَةَ الْحَاضِرَةَ وَالْغَائِبَةَ، وَقَالُوا: لَا يُؤْخَذُ حَمِيلٌ عَلَى أَحَدٍ إِلَّا بِبَيِّنَةٍ، وَذَلِكَ إِلَى بَيَانِ صِدْقِ دَعْوَاهُ أَوْ إِبْطَالِهَا.

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