Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

l’une de ses ailes un mal et dans l’autre un remède. » Al-Shāfi‘ī a contesté cette déduction tirée du hadith en faisant valoir que le sens apparent du Livre présente la bête morte et le sang comme deux catégories distinctes de choses interdites. L’abattage rituel permet de lever l’interdiction dans le premier cas, celui de la bête morte, lorsqu’il s’agit d’un animal dont la consommation est unanimement reconnue licite. En revanche, il ne rend pas le sang licite. Leurs statuts sont donc différents : comment pourrait-on les assimiler au point de dire que le sang est la cause de l’interdiction de la bête morte ?

Cet argument est solide, comme tu le vois. En effet, si le sang était la cause de l’interdiction de la bête morte, l’abattage rituel ne pourrait rendre l’animal licite alors que le sang qui ne s’en est pas encore séparé demeure interdit. L’animal ne deviendrait licite qu’après que le sang s’en serait séparé. Car, lorsque la cause disparaît, l’effet qu’elle entraîne nécessairement disparaît lui aussi ; et si la cause existe sans que l’effet existe, elle n’en est pas véritablement la cause. Par exemple, si l’interdiction du jus de raisin est levée, sa propriété enivrante doit nécessairement avoir disparu, dès lors que nous considérons cette propriété comme la cause de l’interdiction.

Quant à ceux qui font exception pour les animaux marins morts, ils s’appuient sur le récit authentiquement établi de Jābir à ce sujet. Il y est rapporté « qu’ils mangèrent pendant plusieurs jours du grand poisson rejeté par la mer et en emportèrent comme provisions. Ils en informèrent le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix —, qui approuva leur conduite et leur demanda : “En reste-t-il quelque chose ?” » Cela prouve qu’il ne leur en avait pas permis la consommation uniquement en raison de la nécessité due à l’épuisement de leurs provisions.

Ils invoquent également cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Son eau est purificatrice et ses bêtes mortes sont licites. »

Abū Hanīfa, quant à lui, a donné la prééminence à la portée générale du verset sur ce récit. Soit parce que le verset est établi avec certitude, tandis que le récit ne l’est que de manière probable ; soit parce qu’il a considéré qu’il s’agissait d’une dispense qui leur avait été accordée — je parle du hadith de Jābir — ; soit encore parce qu’il a estimé possible que le grand poisson soit mort d’une cause déterminée, à savoir son rejet sur le rivage par la mer. En effet, la bête morte est celle qui meurt d’elle-même, sans cause extérieure.

Leur divergence sur ce point a également une autre cause : le pronom possessif, dans cette parole du Très-Haut, peut renvoyer à différents antécédents :

« et sa nourriture, pour votre jouissance et celle des voyageurs »

[Al-Mā’ida : 96]

Il peut, en effet, renvoyer soit à la mer, soit au produit de la pêche lui-même. Ceux qui le rapportent à la mer disent que sa nourriture désigne les poissons morts qui flottent à sa surface. Ceux qui le rapportent au produit de la pêche disent qu’il s’agit uniquement des prises de la mer qui ont été rendues licites. Les savants de Kūfa se sont également appuyés à ce sujet sur un récit interdisant les poissons morts qui flottent à la surface, récit qu’ils considèrent pourtant comme faible.

Deuxième question

De même qu’ils divergent sur les différentes catégories de bêtes mortes, ils divergent aussi sur les parties de ce qu’ils s’accordent à considérer comme

إِحْدَى جَنَاحَيْهِ دَاءً وَفِي الْأُخْرَى دَوَاءً» وَوَهَّنَ الشَّافِعِيُّ هَذَا الْمَفْهُومَ مِنَ الْحَدِيثِ بِأَنَّ ظَاهِرَ الْكِتَابِ يَقْتَضِي أَنَّ الْمَيْتَةَ وَالدَّمَ نَوْعَانِ مِنْ أَنْوَاعِ الْمُحَرَّمَاتِ: أَحَدُهُمَا تَعْمَلُ فِيهِ التَّذْكِيَةُ وَهِيَ الْمَيْتَةُ، وَذَلِكَ فِي الْحَيَوَانِ الْمُبَاحِ الْأَكْلِ بِاتِّفَاقٍ، وَالدَّمُ لَا تَعْمَلُ فِيهِ التَّذْكِيَةُ فَحُكْمُهُمَا مُفْتَرِقٌ، فَكَيْفَ يَجُوزُ أَنْ يُجْمَعَ بَيْنَهُمَا حَتَّى يُقَالَ: إِنَّ الدَّمَ هُوَ سَبَبُ تَحْرِيمِ الْمَيْتَةِ؟ وَهَذَا قَوِيٌّ كَمَا تَرَى، فَإِنَّهُ لَوْ كَانَ الدَّمُ هُوَ السَّبَبَ فِي تَحْرِيمِ الْمَيْتَةِ لَمَا كَانَتْ تَرْتَقِعُ الْحُرْمِيَّةُ عَنِ الْحَيَوَانِ بِالذَّكَاةِ، وَتَبْقَى حُرْمِيَّةُ الدَّمِ الَّذِي لَمْ يَنْفَصِلْ بَعْدُ عَنِ الْمُذَكَّاةِ، وَكَانَتِ الْحِلِّيَّةُ إِنَّمَا تُوجَدُ بَعْدَ انْفِصَالِ الدَّمِ عَنْهُ ; لِأَنَّهُ إِذَا ارْتَفَعَ السَّبَبُ ارْتَفَعَ الْمُسَبَّبُ الَّذِي يَقْتَضِيهِ ضَرُورَةً ; لِأَنَّهُ إِنْ وُجِدَ السَّبَبُ وَالْمُسَبَّبُ غَيْرُ مَوْجُودٍ فَلَيْسَ لَهُ هُوَ سَبَبًا، وَمِثَالُ ذَلِكَ أَنَّهُ إِذَا ارْتَفَعَ التَّحْرِيمُ عَنْ عَصِيرِ الْعِنَبِ وَجَبَ ضَرُورَةً أَنْ يَرْتَفِعَ الْإِسْكَارُ إِنْ كُنَّا نَعْتَقِدُ أَنَّ الْإِسْكَارَ هُوَ سَبَبُ التَّحْرِيمِ. وَأَمَّا مَنِ اسْتَثْنَى مِنْ ذَلِكَ مَيْتَةَ الْبَحْرِ فَإِنَّهُ ذَهَبَ إِلَى الْأَثَرِ الثَّابِتِ فِي ذَلِكَ مِنْ حَدِيثِ جَابِرٍ، وَفِيهِ «أَنَّهُمْ أَكَلُوا مِنَ الْحُوتِ الَّذِي رَمَاهُ الْبَحْرُ أَيَّامًا وَتَزَوَّدُوا مِنْهُ، وَأَنَّهُمْ أَخْبَرُوا بِذَلِكَ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَاسْتَحْسَنَ فِعْلَهُمْ، وَسَأَلَهُمْ: هَلْ بَقِيَ مِنْهُ شَيْءٌ؟» وَهُوَ دَلِيلٌ عَلَى أَنَّهُ لَمْ يُجَوِّزْ لَهُمْ لِمَكَانِ ضَرُورَةِ خُرُوجِ الزَّادِ عَنْهُمْ. وَاحْتَجُّوا أَيْضًا بِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - «هُوَ الطَّهُورُ مَاؤُهُ الْحِلُّ مِيتَتُهُ» . وَأَمَّا أَبُو حَنِيفَةَ فَرَجَّحَ عُمُومَ الْآيَةِ عَلَى هَذَا الْأَثَرِ، إِمَّا لِأَنَّ الْآيَةَ مَقْطُوعٌ بِهَا، وَالْأَثَرَ مَظْنُونٌ، وَإِمَّا لِأَنَّهُ رَأَى أَنَّ ذَلِكَ رُخْصَةٌ لَهُمْ، أَعْنِي حَدِيثَ جَابِرٍ أَوْ لِأَنَّهُ احْتَمَلَ عِنْدَهُ أَنْ يَكُونَ الْحُوتُ مَاتَ بِسَبَبٍ، وَهُوَ رَمْيُ الْبَحْرِ بِهِ إِلَى السَّاحِلِ ; لِأَنَّ الْمَيْتَةَ هُوَ مَا مَاتَ مِنْ تِلْقَاءِ نَفْسِهِ مِنْ غَيْرِ سَبَبٍ خَارِجٍ، وَلِاخْتِلَافِهِمْ فِي هَذَا أَيْضًا سَبَبٌ آخَرُ وَهُوَ احْتِمَالُ عَوْدَةِ الضَّمِيرِ فِي قَوْله تَعَالَى: {وَطَعَامُهُ مَتَاعًا لَكُمْ وَلِلسَّيَّارَةِ} [المائدة: ٩٦] أَعْنِي: أَنْ يَعُودَ عَلَى الْبَحْرِ أَوْ عَلَى الصَّيْدِ نَفْسِهِ، فَمَنْ أَعَادَهُ عَلَى الْبَحْرِ قَالَ: طَعَامُهُ هُوَ الطَّافِي، وَمَنْ أَعَادَهُ عَلَى الصَّيْدِ قَالَ: هُوَ الَّذِي أُحِلَّ فَقَطْ مِنْ صَيْدِ الْبَحْرِ، مَعَ أَنَّ الْكُوفِيِّينَ أَيْضًا تَمَسَّكُوا فِي ذَلِكَ بِأَثَرٍ وَرَدَ فِيهِ تَحْرِيمُ الطَّافِي مِنَ السَّمَكِ، وَهُوَ عِنْدَهُمْ ضَعِيفٌ. الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ: وَكَمَا اخْتَلَفُوا فِي أَنْوَاعِ الْمَيْتَاتِ كَذَلِكَ اخْتَلَفُوا فِي أَجْزَاءِ مَا اتَّفَقُوا عَلَيْهِ أَنَّهُ

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