Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

les acquéreurs contre lesquels s’exerce la préemption sont deux ou davantage, et où le préempteur souhaite l’exercer contre l’un d’eux seulement, Ibn al-Qāsim estime qu’il doit soit prendre la totalité, soit renoncer. Abū Hanīfa, ses disciples et al-Shāfi‘ī considèrent qu’il peut l’exercer contre celui de son choix. Ashhab partage cet avis.

En revanche, lorsque deux hommes vendent une quote-part à un seul acquéreur et que le préempteur souhaite exercer son droit sur la part vendue par l’un d’eux seulement, Abū Hanīfa l’interdit, tandis qu’al-Shāfi‘ī l’autorise.

Lorsque plusieurs personnes bénéficient du droit de préemption (je veux dire les copropriétaires), que certaines souhaitent l’exercer et que les autres y renoncent en leur faveur, la majorité estime que l’acquéreur peut dire au copropriétaire : « Soit tu exerces la préemption sur la totalité, soit tu y renonces. » Le copropriétaire ne peut donc exercer ce droit à proportion de sa seule part, sauf accord de l’acquéreur. Il ne peut lui imposer une préemption partielle sans son consentement. Asbagh, parmi les disciples de Mālik, estime toutefois que, si certains ont renoncé à la préemption par égard pour l’acquéreur, le préempteur ne peut prendre que la part qui lui revient.

Il n’existe aucune divergence au sein de l’école de Mālik sur le cas où certains préempteurs sont absents et d’autres présents : celui qui est présent ne peut prendre uniquement la part qui lui revient ; il doit soit prendre la totalité, soit renoncer. Lorsque l’absent revient, il peut, à son choix, exercer son droit ou y renoncer.

Les juristes s’accordent pour considérer que l’exercice de la préemption suppose une copropriété antérieure à la vente. Ils divergent toutefois sur la nécessité que cette copropriété existe au moment de la vente et qu’elle ait été établie avant celle-ci.

Concernant la première question (à savoir le cas où l’intéressé n’est pas copropriétaire au moment de la vente), la situation envisagée est celle d’un homme qui tarde à exercer la préemption pour l’un des motifs qui ne lui font pas perdre ce droit, jusqu’à vendre la part qui faisait de lui un copropriétaire. Ashhab rapporte que Mālik a donné des avis différents à ce sujet : tantôt il lui reconnaissait le droit d’exercer la préemption, tantôt il le lui refusait. Ashhab retient qu’il n’a plus ce droit. C’est également ce qui découle, par analogie, de la position d’al-Shāfi‘ī et des juristes de Kūfa : la préemption vise uniquement à écarter le préjudice lié à la copropriété, alors que cet homme n’est plus copropriétaire. Ibn al-Qāsim estime, quant à lui, qu’il conserve ce droit, pourvu qu’il le fasse valoir immédiatement après, car, selon lui, le droit acquis ne s’éteint pas du fait qu’il a vendu sa part.

La seconde question se présente ainsi : une personne fait reconnaître son droit de propriété sur une quote-part d’un terrain dont une autre quote-part avait été vendue avant cette reconnaissance. Peut-elle exercer la préemption ou non ?

Certains le permettent, car son droit de préemption résulte de sa qualité de copropriétaire antérieure à la vente, qu’elle ait été ou non en possession du bien.

D’autres estiment qu’elle ne bénéficie pas de ce droit, car sa propriété dans le bien indivis n’a été établie qu’au jour où son droit a été reconnu. Ils font valoir : « Ne voit-on pas qu’elle ne peut réclamer à l’acquéreur les revenus du bien ? »

Mālik, pour sa part, considère que, si un long délai s’est écoulé, il n’y a pas de préemption ; dans le cas contraire, elle peut être exercée. Cet avis relève d’une préférence juridique.

Quant au moment où l’intéressé peut exercer la préemption et à la question de savoir s’il en conserve le droit, il faut distinguer deux situations : celle du bénéficiaire présent et celle du bénéficiaire absent.

Concernant l’absent, les savants s’accordent pour considérer qu’il conserve son droit de préemption tant qu’il ignore la vente effectuée par son copropriétaire. Ils divergent lorsqu’il en prend connaissance alors qu’il est absent. Certains estiment que son droit s’éteint. D’autres considèrent qu’il ne s’éteint pas ; tel est

الْمَشْفُوعُ عَلَيْهِمَا اثْنَيْنِ فَأَكْثَرَ فَأَرَادَ الشَّفِيعُ أَنْ يَشْفَعَ عَلَى أَحَدِهِمَا دُونَ الثَّانِي: فَقَالَ ابْنُ الْقَاسِمِ: إِمَّا أَنْ يَأْخُذَ الْكُلَّ أَوْ يَدَعَ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَأَصْحَابُهُ، وَالشَّافِعِيُّ: لَهُ أَنْ يَشْفَعَ عَلَى أَيِّهِمَا أَحَبَّ، وَبِهِ قَالَ أَشْهَبُ. فَأَمَّا إِذَا بَاعَ رَجُلَانِ شِقْصًا مِنْ رَجُلٍ، فَأَرَادَ الشَّفِيعُ أَنْ يَشْفَعَ عَلَى أَحَدِهِمَا دُونَ الثَّانِي: فَإِنَّ أَبَا حَنِيفَةَ مَنَعَ ذَلِكَ، وَجَوَّزَهُ الشَّافِعِيُّ. وَأَمَّا إِذَا كَانَ الشَّافِعُونَ أَكْثَرَ مِنْ وَاحِدٍ (أَعْنِي: الْأَشْرَاكَ) ، فَأَرَادَ بَعْضُهُمْ أَنْ يَشْفَعَ وَيسَلّمَ لَهُ الْبَاقِيَ فِي الْبُيُوعِ: فَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّ لِلْمُشْتَرِي أَنْ يَقُولَ لِلشَّرِيكِ: إِمَّا أَنْ تَشْفَعَ فِي الْجَمِيعِ، أَوْ تَتْرُكَ، وَأَنَّهُ لَيْسَ لَهُ أَنْ يَشْفَعَ بِحَسَبِ حَظِّهِ إِلَّا أَنْ يُوَافِقَهُ الْمُشْتَرِي عَلَى ذَلِكَ، وَأَنَّهُ لَيْسَ لَهُ أَنْ يُبَعِّضَ الشُّفْعَةَ عَلَى الْمُشْتَرِي إِنْ لَمْ يَرْضَ بِتَبْعِيضِهَا. وَقَالَ أَصْبَغُ مِنْ أَصْحَابِ مَالِكٍ: إِنْ كَانَ تَرَكَ بَعْضَهُمُ الْأَخْذَ بِالشُّفْعَةِ رِفْقًا بِالْمُشْتَرِي لَمْ يَكُنْ لِلشَّفِيعِ إِلَّا أَنْ يَأْخُذَ حِصَّتَهُ فَقَطْ. وَلَا خِلَافَ فِي مَذْهَبِ مَالِكٍ أَنَّهُ إِذَا كَانَ بَعْضُ الشُّفَعَاءِ غَائِبًا وَبَعْضُهُمْ حَاضِرًا، فَأَرَادَ الْحَاضِرُ أَنْ يَأْخُذَ حِصَّتَهُ فَقَطْ أَنَّهُ لَيْسَ لَهُ ذَلِكَ، إِلَّا أَنْ يَأْخُذَ الْكُلَّ أَوْ يَدَعَ، فَإِذَا قَدِمَ الْغَائِبُ فَإِنْ شَاءَ أَخَذَ، وَإِنْ شَاءَ تَرَكَ. وَاتَّفَقُوا عَلَى أَنَّ مِنْ شَرْطِ الْأَخْذِ بِالشُّفْعَةِ أَنْ تَكُونَ الشَّرِكَةُ مُتَقَدِّمَةٌ عَلَى الْبَيْعِ. وَاخْتَلَفُوا هَلْ مِنْ شَرْطِهَا أَنْ تَكُونَ مَوْجُودَةً فِي حَالِ الْبَيْعِ، وَأَنْ تَكُونَ ثَابِتَةً قَبْلَ الْبَيْعِ؟ فَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الأُولَى (وَهِيَ إِذَا لَمْ يَكُنْ شَرِيكًا فِي حَالِ الْبَيْعِ) ، وَذَلِكَ يُتَصَوَّرُ بِأَنْ يَكُونَ يَتَرَاخَى عَنِ الْأَخْذِ بِالشُّفْعَةِ بِسَبَبٍ مِنَ الْأَسْبَابِ الَّتِي لَا يُقْطَعُ لَهُ الْأَخْذُ بِالشُّفْعَةِ حَتَّى يَبِيعَ الْحَظَّ الَّذِي كَانَ بِهِ شَرِيكًا. فَرَوَى أَشْهَبُ أَنَّ قَوْلَ مَالِكٍ اخْتَلَفَ فِي ذَلِكَ، فَمَرَّةً قَالَ: لَهُ الْأَخْذُ بِالشُّفْعَةِ، وَمَرَّةً قَالَ: لَيْسَ لَهُ ذَلِكَ. وَاخْتَارَ أَشْهَبُ أَنَّهُ لَا شُفْعَةَ لَهُ، وَهُوَ قِيَاسُ قَوْلِ الشَّافِعِيِّ، وَالْكُوفِيِّينَ ; لِأَنَّ الْمَقْصُودَ بِالشُّفْعَةِ إِنَّمَا إِزَالَةُ الضَّرَرِ مِنْ جِهَةِ الشَّرِكَةِ، وَهَذَا لَيْسَ بِشَرِيكٍ. وَقَالَ ابْنُ الْقَاسِمِ: لَهُ الشُّفْعَةُ إِذَا كَانَ قِيَامُهُ فِي أَثَرِهِ; لِأَنَّهُ يَرَى أَنَّ الْحَقَّ الَّذِي وَجَبَ لَهُ لَمْ يَرْتَفِعْ بِبَيْعِهِ حَظَّهُ. وأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ: فَصُورَتُهَا أَنْ يَسْتَحِقَّ إِنْسَانٌ شِقْصًا فِي أَرْضٍ قَدْ بِيعَ مِنْهَا قَبْلَ وَقْتِ الِاسْتِحْقَاقِ شِقْصٌ مَا; هَلْ لَهُ أَنْ يَأْخُذَ بِالشُّفْعَةِ أَمْ لَا؟ فَقَالَ قَوْمٌ: لَهُ ذَلِكَ; لِأَنَّهُ وَجَبَتْ لَهُ الشُّفْعَةُ بِتَقَدُّمِ شَرِكَتِهِ قَبْلَ الْبَيْعِ، وَلَا فَرْقَ فِي ذَلِكَ كَانَتْ يَدُهُ عَلَيْهِ أَوْ لَمْ تَكُنْ. وَقَالَ قَوْمٌ: لَا تَجِبُ لَهُ الشُّفْعَةُ; لِأَنَّهُ إِنَّمَا ثَبَتَ لَهُ مَالُ الشَّرِكَةِ يَوْمَ الِاسْتِحْقَاقِ، قَالُوا: ألَا تَرَى أَنَّهُ لَا يَأْخُذُ الْغَلَّةَ مِنَ الْمُشْتَرِي. فَأَمَّا مَالِكٌ فَقَالَ: إِنْ طَالَ الزَّمَانُ فَلَا شُفْعَةَ، وَإِنْ لَمْ يَطُلْ فَفِيهِ الشُّفْعَةُ، وَهُوَ اسْتِحْسَانٌ. وَأَمَّا مَتَى يَأْخُذُ وَهل لَهُ الشُّفْعَةُ؟ فَإِنَّ الَّذِي لَهُ الشُّفْعَةُ رَجُلَانِ حَاضِرٌ أَوْ غَائِبٌ: فَأَمَّا الْغَائِبُ: فَأَجْمَعَ الْعُلَمَاءُ عَلَى أَنَّ الْغَائِبَ عَلَى شُفْعَتِهِ مَا لَمْ يَعْلَمْ بِبَيْعِ شَرِيكِهِ. وَاخْتَلَفُوا إِذَا عَلِمَ وَهُوَ غَائِبٌ: فَقَالَ قَوْمٌ: تَسْقُطُ شُفْعَتُهُ. وَقَالَ قَوْمٌ: لَا تَسْقُطُ، وَهُوَ

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