Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à la responsabilité des artisans pour les objets qui leur ont été confiés et dont ils déclarent la perte, les juristes divergent à ce sujet. Mālik, Ibn Abī Laylā et Abū Yūsuf estiment qu’ils répondent de ce qui périt entre leurs mains. Abū Hanīfa estime que ni celui qui travaille gratuitement ni l’artisan au service d’un particulier n’en répondent, contrairement à l’artisan au service du public et à celui qui travaille contre rémunération. Al-Shāfi‘ī a émis deux avis concernant l’artisan au service du public. Par artisan au service d’un particulier, ils entendent celui qui travaille au domicile du client. Selon une autre définition, il s’agit de celui qui ne propose pas ses services au public : c’est ainsi que Mālik le définit, et il ne le tient pas responsable. La position de Mālik se résume donc ainsi : l’artisan au service du public répond des pertes, qu’il travaille contre rémunération ou gratuitement. ‘Alī et ‘Umar se sont également prononcés en faveur de la responsabilité des artisans, bien que des avis divergents aient été rapportés de ‘Alī à ce sujet.

Ceux qui ne les tiennent pas responsables s’appuient principalement sur une analogie entre les artisans, d’une part, et le dépositaire, l’associé, le mandataire ou le berger salarié, d’autre part.

Ceux qui les tiennent responsables n’ont d’autre argument que la prise en considération de l’intérêt général et la prévention des abus.

Quant à ceux qui distinguent le travail rémunéré du travail gratuit, ils considèrent que celui qui travaille gratuitement ne reçoit l’objet que dans le seul intérêt de son propriétaire : il s’apparente donc au dépositaire. En revanche, lorsqu’il le reçoit contre rémunération, les deux parties en retirent un avantage ; on donne alors prépondérance à l’intérêt de celui qui reçoit le bien. Le prêt de consommation et le prêt à usage, selon al-Shāfi‘ī, servent ici de fondement analogique. De même, tenir responsable celui qui ne propose pas ses services au public ne répond à aucun objectif de prévention des abus.

Comme nous l’avons dit, Mālik ne tient pas le salarié responsable des pertes. Il a toutefois jugé préférable de faire répondre le transporteur des denrées de subsistance et des biens assimilés, ainsi que le meunier, de ce qui périt entre leurs mains. Les autres ne sont responsables qu’en cas de faute. Selon l’avis le plus connu qui lui est attribué, l’exploitant d’un bain public n’est pas responsable ; un autre avis le tient néanmoins pour responsable. Ashhab s’est singularisé en tenant les artisans responsables même lorsque la preuve établit que les objets ont péri entre leurs mains sans faute ni négligence de leur part. C’est là un avis isolé. Il n’existe aucune divergence sur le fait que les artisans ne répondent pas des objets dont ils n’ont pas pris possession dans leurs propres locaux.

Les disciples de Mālik divergent lorsque la perte de l’objet confié à l’artisan est établie par une preuve et que sa responsabilité est écartée : a-t-il droit à sa rémunération si cette perte survient après l’achèvement de tout ou partie du travail ? Ibn al-Qāsim estime qu’aucune rémunération ne lui est due, tandis qu’Ibn al-Mawwāz estime qu’il y a droit.

Le raisonnement d’Ibn al-Mawwāz est que, puisque la perte incombe au client, le travail de l’artisan ne doit pas rester sans rémunération.

Celui d’Ibn al-Qāsim est que la rémunération n’est due qu’en contrepartie du travail ; ce cas s’apparente donc à celui où l’objet périt par négligence du prestataire. L’avis d’Ibn al-Mawwāz est plus conforme au raisonnement analogique, tandis que celui d’Ibn al-Qāsim tient davantage compte de l’intérêt général : il considère en effet que les deux parties doivent partager la perte.

Relève également de ce chapitre leur divergence concernant la responsabilité du propriétaire d’un navire. Mālik estime qu’il n’est pas responsable, tandis qu’Abū Hanīfa le tient pour responsable, sauf lorsque la perte est causée par les vagues.

Le principe qui fonde la doctrine de Mālik est que les artisans répondent de toute brûlure, brisure ou coupure qu’ils occasionnent à l’objet travaillé dans leur atelier, même si son propriétaire se trouve à leurs côtés. Font exception les travaux comportant un risque, tels que le perçage des pierres précieuses, la gravure des pierres de bague et le redressement des épées,

وَأَمَّا تَضْمِينُ الصُّنَّاعِ مَا ادَّعَوْا هَلَاكَهُ مِنَ الْمَصْنُوعَاتِ الْمَدْفُوعَةِ إِلَيْهِمْ، فَإِنَّهُمُ اخْتَلَفُوا فِي ذَلِكَ، فَقَالَ مَالِكٌ، وَابْنُ أَبِي لَيْلَى، وَأَبُو يُوسُفَ: يَضْمَنُونَ مَا هَلَكَ عِنْدَهُمْ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لَا يَضْمَنُ مَنْ عَمِلَ بِغَيْرِ أَجْرٍ، وَلَا الْخَاصُّ، وَيَضْمَنُ الْمُشْتَرَكُ، وَمَنْ عَمِلَ بِأَجْرٍ. وَلِلشَّافِعِيِّ قَوْلَانِ فِي الْمُشْتَرَكِ. وَالْخَاصُّ عِنْدَهُمْ هُوَ الَّذِي يَعْمَلُ فِي مَنْزِلِ الْمُسْتَأْجِرِ، وَقِيلَ: هُوَ الَّذِي لَمْ يَنْتَصِبْ لِلنَّاسِ، وَهُوَ مَذْهَبُ مَالِكٍ فِي الْخَاصِّ، وَهُوَ عِنْدَهُ غَيْرُ ضَامِنٍ، وَتَحْصِيلُ مَذْهَبِ مَالِكٍ عَلَى هَذَا أَنَّ الصَّانِعَ الْمُشْتَرَكَ يَضْمَنُ، وَسَوَاءٌ عَمِلَ بِأَجْرٍ أَوْ بِغَيْرِ أَجْرٍ، وَبِتَضْمِينِ الصُّنَّاعِ قَالَ عَلِيٌّ وَعُمَرُ، وَإِنْ كَانَ قَدِ اخْتُلِفَ عَنْ عَلِيٍّ فِي ذَلِكَ. وَعُمْدَةُ مَنْ لَمْ يَرَ الضَّمَانَ عَلَيْهِمْ أَنَّهُ شَبَّهَ الصُّنَّاع بِالْمُودَعِ عِنْدَهُ، وَالشَّرِيكِ، وَالْوَكِيلِ، وَأَجِيرِ الْغَنَمِ. وَمَنْ ضَمَّنَهُ فَلَا دَلِيلَ لَهُ إِلَّا النَّظَرُ إِلَى الْمَصْلَحَةِ وَسَدِّ الذَّرِيعَةِ. وَأَمَّا مَنْ فَرَّقَ بَيْنَ أَنْ يَعْمَلُوا بِأَجْرٍ أَوْ لَا يَعْمَلُوا بِأَجْرٍ: فَلِأَنَّ الْعَامِلَ بِغَيْرِ أَجْرٍ إِنَّمَا قَبَضَ الْمَعْمُولَ لِمَنْفَعَةِ صَاحِبِهِ فَقَطْ، فَأَشْبَهَ الْمُودَعَ، وَإِذَا قَبَضَهَا بِأَجْرٍ فَالْمَنْفَعَةُ لِكِلَيْهِمَا، فَغَلَبَتْ مَنْفَعَةُ الْقَابِضِ، أَصْلُهُ الْقَرْضُ وَالْعَارِيَةُ عِنْدَ الشَّافِعِيِّ، وَكَذَلِكَ أَيْضًا مَنْ لَمْ يَنْصِبْ نَفْسَهُ لَمْ يَكُنْ فِي تَضْمِينِهِ سَدُّ ذَرِيعَةٍ. وَالْأَجِيرُ عِنْدَ مَالِكٍ كَمَا قُلْنَا لَا يَضْمَنُ إِلَّا أَنَّهُ اسْتَحْسَنَ تَضْمِينَ حَامِلِ الْقُوتِ وَمَا يَجْرِي مَجْرَاهُ، وَكَذَلِكَ الطَّحَّانُ، وَمَا عَدَا غَيْرَهُمْ فَلَا يَضْمَنُ إِلَّا بِالتَّعَدِّي، وَصَاحِبُ الْحَمَّامِ لَا يَضْمَنُ عِنْدَهُ، هَذَا هُوَ الْمَشْهُورُ عَنْهُ، وَقَدْ قِيلَ: يَضْمَنُ. وَشَذَّ أَشْهَبُ فَضَمَّنَ الصُّنَّاعَ مَا قَامَتِ الْبَيِّنَةُ عَلَى هَلَاكِهِ عِنْدَهُمْ مِنْ غَيْرِ تَعَدٍّ مِنْهُمْ وَلَا تَفْرِيطٍ، وَهُوَ شُذُوذٌ، وَلَا خِلَافَ أَنَّ الصُّنَّاعَ لَا يَضْمَنُونَ مَا لَمْ يَقْبِضُوا فِي مَنَازِلِهِمْ. وَاخْتَلَفَ أَصْحَابُ مَالِكٍ إِذَا قَامَتِ الْبَيِّنَةُ عَلَى هَلَاكِ الْمَصْنُوعِ، وَسَقَطَ الضَّمَانُ عَنْهُمْ; هَلْ تَجِبُ لَهُمُ الْأُجْرَةُ أَمْ لَا، إِذَا كَانَ هَلَاكُهُ بَعْدَ إِتْمَامِ الصَّنْعَةِ أَوْ بَعْدَ تَمَامِ بَعْضِهَا؟ فَقَالَ ابْنُ الْقَاسِمِ: لَا أُجْرَةَ لَهُمْ، وَقَالَ ابْنُ الْمَوَّازِ: لَهُمُ الْأُجْرَةُ. وَوَجْهُ مَا قَالَ ابْنُ الْمَوَّازِ أَنَّ الْمُصِيبَةَ إِذَا نَزَلَتْ بِالْمُسْتَأْجِرِ فَوَجَبَ أَنْ لَا يَمْضِيَ عَمَلُ الصَّانِعِ بَاطِلًا. وَوَجْهُ مَا قَالَ ابْنُ الْقَاسِمِ أَنَّ الْأُجْرَةَ إِنَّمَا اسْتُوجِبَتْ فِي مُقَابَلَةِ الْعَمَلِ، فَأَشْبَهَ ذَلِكَ إِذَا هَلَكَ بِتَفْرِيطٍ مِنَ الْأَجِيرِ، وَقَوْلُ ابْنِ الْمَوَّازِ أَقْيَسُ، وَقَوْلُ ابْنِ الْقَاسِمِ أَكْثَرُ نَظَرًا إِلَى الْمَصْلَحَةِ; لِأَنَّهُ رَأَى أَنْ يَشْتَرِكُوا فِي الْمُصِيبَةِ. وَمِنْ هَذَا الْبَابِ اخْتِلَافُهُمْ فِي ضَمَانِ صَاحِبِ السَّفِينَةِ: فَقَالَ مَالِكٌ: لَا ضَمَانَ عَلَيْهِ، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: عَلَيْهِ الضَّمَانُ إِلَّا مِنَ الْمَوْجِ. وَأَصْلُ مَذْهَبٍ مَالِكٍ: أَنَّ الصُّنَّاعَ يَضْمَنُونَ كُلَّ مَا أَتَى عَلَى أَيْدِيهِمْ مِنْ حَرْقٍ، أَوْ كَسْرٍ فِي الْمَصْنُوعِ، أَوْ قَطْعٍ إِذَا عَمِلَهُ فِي حَانُوتِهِ، وَإِنْ كَانَ صَاحِبُهُ قَاعِدًا مَعَهُ، إِلَّا فِيمَا كَانَ فِيهِ تَغْرِيرٌ مِنَ الْأَعْمَالِ، مِثْلُ ثَقْبِ الْجَوَاهِرِ، وَنَقْشِ الْفُصُوصِ، وَتَقْوِيمِ السُّيُوفِ،

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