Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Abū Hanīfa s’appuie principalement sur l’analogie entre la disparition de ce qui permet de bénéficier de l’usage et celle du bien dont cet usage est tiré.

On rapporte de Mālik des avis divergents lorsque le louage ne porte pas sur un bien déterminé, mais sur l’accomplissement d’une prestation d’un genre déterminé. ‘Abd al-Wahhāb dit : « Selon l’avis qui ressort de la doctrine de nos compagnons, la désignation du bien sur lequel porte la prestation n’a pas de caractère contraignant dans le contrat de louage. Même lorsqu’il est désigné, cette désignation ne vaut que comme description : sa vente ou sa disparition n’entraîne donc pas la résolution du contrat, contrairement à la destruction du bien lui-même donné en location. »

Il poursuit : « Ainsi, lorsqu’on engage quelqu’un pour garder des moutons déterminés ou coudre une chemise déterminée, puis que les moutons périssent ou que le tissu brûle, le contrat n’est pas résolu. Celui qui a engagé ses services doit lui fournir des moutons semblables à garder ou une chemise semblable à coudre. » Il ajoute : « On a toutefois soutenu que cette désignation rend ces biens individuellement déterminants, de sorte que leur destruction entraîne la résolution du contrat. »

Certains juristes postérieurs disent qu’il ne s’agit pas là d’une divergence au sein de l’école, mais de deux situations distinctes : soit l’objet déterminé sur lequel porte la prestation est recherché pour lui-même, soit il ne l’est pas. Dans le premier cas, le contrat de louage est résolu, comme celui de la nourrice lorsque l’enfant meurt. Dans le second, il ne l’est pas : ainsi d’un engagement à garder des moutons déterminés, à vendre des denrées alimentaires dans une boutique, ou d’autres cas semblables.

Dans al-Mudawwana, Ibn al-Qāsim exige que l’engagement à garder des moutons déterminés comporte une clause prévoyant leur remplacement ; sans cette clause, il n’est pas permis. Cette exigence traduit sa prise en considération du fait que le contrat est résolu lorsque disparaît l’objet déterminé sur lequel porte la prestation. Cependant, considérant que la destruction conduit à la résolution, il y a vu un aléa et n’a donc autorisé ce louage qu’à condition de prévoir le remplacement.

Une divergence analogue concerne la question de savoir si le louage est résolu par le décès de l’un des deux contractants (je veux dire : le bailleur et le locataire). Mālik, al-Shāfi‘ī, Ahmad, Ishāq et Abū Thawr estiment qu’il n’est pas résolu et que le contrat de louage se transmet aux héritiers. Abū Hanīfa, al-Thawrī et al-Layth estiment, quant à eux, qu’il est résolu.

Ceux qui ne retiennent pas la résolution s’appuient principalement sur le fait qu’il s’agit d’un contrat conclu moyennant une contrepartie : il n’est donc pas résolu par le décès de l’un des contractants, la vente servant ici de fondement à l’analogie.

Les hanafites avancent principalement que le décès transfère la propriété du bien loué d’une personne à une autre ; le contrat doit donc prendre fin. Ils prennent pour fondement analogique la vente d’un bien donné en location pour une longue durée (je veux dire que cette vente n’est pas permise). Puisque les deux contrats ne peuvent coexister, c’est ici le transfert de propriété qui prévaut ; sans quoi la propriété demeurerait sans héritier, ce qui serait contraire au consensus. Ils assimilent aussi parfois le louage au mariage, puisque tous deux permettent de bénéficier d’usages et que le mariage prend fin avec la mort. Cette analogie est toutefois peu pertinente.

Ils opposent également parfois aux seuls malikites l’argument suivant : selon ces derniers, le loyer devient dû progressivement, à mesure que l’usage est effectivement obtenu. Ils disent : « S’il en est ainsi, lorsque le propriétaire meurt et que le louage subsiste, le locataire exerce sur le bien de l’héritier un droit découlant d’un contrat portant sur un bien qui n’appartient plus à celui qui l’a conclu ; or cela n’est pas valide. Si c’est le locataire qui meurt, le loyer devient alors exigible à sa charge après son décès ; or, selon le consensus, aucune dette nouvelle ne peut naître à la charge d’un défunt après sa mort. »

Quant aux shaféites, cette objection ne leur est pas opposable, car, selon eux, le paiement du loyer est exigible dès la conclusion même du contrat, comme cela a déjà été indiqué

وَعُمْدَةُ أَبِي حَنِيفَةَ: أَنَّهُ شِبْهُ ذَهَابِ مَا بِهِ تُسْتَوْفَى الْمَنْفَعَةُ بِذَهَابِ الْعَيْنِ الَّتِي فِيهَا الْمَنْفَعَةُ. وَقَدِ اخْتَلَفَ قَوْلُ مَالِكٍ إِذَا كَانَ الْكِرَاءُ فِي غَيْرِ مَخْصُوصٍ عَلَى اسْتِيفَاءِ مَنْفَعَةٍ مِنْ جِنْسٍ مَخْصُوصٍ: فَقَالَ عَبْدُ الْوَهَّابِ: الظَّاهِرُ مِنْ مَذْهَبِ أَصْحَابِنَا أَنَّ مَحِلَّ اسْتِيفَاءِ الْمَنَافِعِ لَا يَتَعَيَّنُ فِي الْإِجَارَةِ، وَإِنْ عُيِّنَ فَذَلِكَ كَالْوَصْفِ لَا يَنْفَسِخُ بِبَيْعِهِ أَوْ ذَهَابِهِ، بِخِلَافِ الْعَيْنِ الْمُسْتَأْجَرَةِ إِذَا تَلِفَتْ، قَالَ: وَذَلِكَ مِثْلُ أَنْ يَسْتَأْجِرَ عَلَى رِعَايَةِ غَنَمٍ بِأَعْيَانِهَا، أَوْ خِيَاطَةِ قَمِيصٍ بِعَيْنِهِ، فَتَهْلِكَ الْغَنَمُ وَيَحْتَرِقَ الثَّوْبُ فَلَا يَنْفَسِخُ الْعَقْدُ، وَعَلَى الْمُسْتَأْجِرِ أَنْ يَأْتِيَ بِغَنَمٍ مِثْلِهَا لِيَرْعَاهَا، أَوْ قَمِيصٍ مِثْلِهِ لِيَخِيطَهُ، وقَالَ: قَدْ قِيلَ إِنَّهَا تَتَعَيَّنُ بِالتَّعْيِينِ فَيَنْفَسِخُ الْعَقْدُ بِتَلَفِ الْمَحِلِّ. وَقَالَ بَعْضُ الْمُتَأَخِّرِينَ: إِنَّ ذَلِكَ لَيْسَ اخْتِلَافًا فِي الْمَذْهَبِ; وَإِنَّمَا ذَلِكَ عَلَى قِسْمَيْنِ: أَحَدُهُمَا: أَنْ يَكُونَ الْمَحِلُّ الْمُعَيَّنُ لِاسْتِيفَاءِ الْمَنَافِعِ مِمَّا تُقْصَدُ عَيْنُهُ، أَوْ مِمَّا لَا تُقْصَدُ عَيْنُهُ، فَإِنْ كَانَ مِمَّا تُقْصَدُ عَيْنُهُ انْفَسَخَتِ الْإِجَارَةُ كَالظِّئْرِ إِذَا مَاتَ الطِّفْلُ، وَإِنْ كَانَ مِمَّا لَا يُقْصَدُ عَيْنُهُ لَمْ تَنْفَسِخِ الْإِجَارَةُ عَلَى رِعَايَةِ الْغَنَمِ بأعيانها أَوْ بَيْعِ طَعَامٍ فِي حَانُوتٍ وَمَا أَشْبَهَ ذَلِكَ. وَاشْتِرَاطُ ابْنِ الْقَاسِمِ فِي الْمُدَوَّنَةِ أَنَّهُ إِذَا اسْتَأْجَرَ عَلَى غَنَمٍ بِأَعْيَانِهَا فَإِنَّهُ لَا يَجُوزُ إِلَّا أَنْ يَشْتَرِطَ الْخَلَفَ; هُوَ الْتِفَاتٌ مِنْهُ إِلَى أَنَّهَا تَنْفَسِخُ بِذَهَابِ مَحِلِّ اسْتِيفَاءِ الْمُعَيَّنِ، لَكِنْ لَمَّا رَأَى التَّلَفَ سَائِقًا إِلَى الْفَسْخِ رَأَى أَنَّهُ مِنْ بَابِ الْغَرَرِ، فَلَمْ يَجُزِ الْكِرَاءُ عَلَيْهَا إِلَّا بِاشْتِرَاطِ الْخَلَفِ. وَمِنْ نَحْوِ هَذَا اخْتِلَافُهُمْ فِي هَلْ يَنْفَسِخُ الْكِرَاءُ بِمَوْتِ أَحَدِ الْمُتَعَاقِدَيْنِ (أَعْنِي: الْمُكْرِي وَالْمُكْتَرِيَ) ; فَقَالَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ، وَأَحْمَدُ، وَإِسْحَاقُ، وَأَبُو ثَوْرٍ: لَا يَنْفَسِخُ وَيُورَثُ عَقْدُ الْكِرَاءِ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَالثَّوْرِيُّ، وَاللَّيْثُ: يَنْفَسِخُ. وَعُمْدَةُ مَنْ لَمْ يَقُلْ بِالْفَسْخِ: أَنَّهُ عَقْدُ مُعَاوَضَةٍ، فَلَمْ يَنْفَسِخْ بِمَوْتِ أَحَدِ الْمُتَعَاقِدَيْنِ أَصْلُهُ الْبَيْعُ. وَعُمْدَةُ الْحَنَفِيَّةِ: أَنَّ الْمَوْتَ نقلَه لِأَصِلِ الرَّقَبَةِ الْمُكْتَرَاةِ مِنْ مِلْكٍ إِلَى مِلْكٍ، فَوَجَبَ أَنْ يَبْطَلَ، أَصْلَهُ الْبَيْعُ فِي الْعَيْنِ الْمُسْتَأْجَرَةِ مُدَّةً طَوِيلَةً (أَعْنِي: أَنَّهُ لَا يَجُوزُ) ، فَلَمَّا كَانَ لَا يَجْتَمِعُ الْعَقْدَانِ مَعًا غَلَبَ هَاهُنَا انْتِقَالُ الْمِلْكِ، وَإِلَّا بَقِيَ الْمِلْكُ لَيْسَ لَهُ وَارِثٌ، وَذَلِكَ خِلَافَ الْإِجْمَاعِ، وَرُبَّمَا شَبَّهُوا الْإِجَارَةَ بِالنِّكَاحِ; إِذْ كَانَ كِلَاهُمَا اسْتِيفَاءَ مَنَافِعَ، وَالنِّكَاحُ يَبْطُلُ بِالْمَوْتِ وَهُوَ بَعِيدٌ. وَرُبَّمَا احْتَجُّوا عَلَى الْمَالِكِيَّةِ فَقَطْ بِأَنَّ الْأُجْرَةَ عِنْدَهُمْ تَسْتَحِقُّ جُزْءًا فَجُزْءًا بِقَدْرِ مَا يُقْبَضُ مِنَ الْمَنْفَعَةِ، قَالُوا: وَإِذا كَانَ هَذَا هَكَذَا فَإِنْ مَاتَ الْمَالِكُ وَبَقِيَتِ الْإِجَارَةُ، فَإِنَّ الْمُسْتَأْجِرَ يَسْتَوْفِي فِي مِلْكِ الْوَارِثِ حَقًّا بِمُوجِبِ عَقْدٍ فِي غَيْرِ مِلْكِ الْعَاقِدِ وَذَلِكَ لَا يَصِحُّ، وَإِنْ مَاتَ الْمُسْتَأْجِرُ فَتَكُونُ الْأُجْرَةُ مُسْتَحَقَّةً عَلَيْهِ بَعْدَ مَوْتِهِ، وَالْمَيِّتُ لَا يَثْبُتُ عَلَيْهِ دَيْنٌ بِإِجْمَاعٍ بَعْدَ مَوْتِهِ. وَأَمَّا الشَّافِعِيَّةُ: فَلَا يَلْزَمُهُمْ هَذَا; لِأَنَّ اسْتِيفَاءَ الْأُجْرَةِ يَجِبُ عِنْدَهُمْ بِنَفْسِ الْعَقْدِ عَلَى مَا سَلَفَ

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