Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à ceux qui considèrent ce gain comme licite, ils invoquent ce qui est rapporté d’Ibn ‘Abbās :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — se fit pratiquer une saignée par ventouses et donna au praticien sa rémunération. »

Ils disent : « Si cela avait été interdit, il ne la lui aurait pas donnée. » Ils invoquent également le hadith de Jābir :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — fit appeler Abū Tayba, qui lui pratiqua une saignée par ventouses. Il lui demanda : “À combien s’élève ta redevance ?” Il répondit : “À trois sā‘.” Il la réduisit alors d’un sā‘. »

Il est également rapporté de Jābir :

« Il ordonna que l’on donne au praticien des ventouses un sā‘ de nourriture et demanda à ses maîtres d’alléger sa redevance. »

Quant à ceux qui considèrent ce gain comme réprouvé, ils invoquent le récit selon lequel Rifā‘a ibn Rāfi‘ — ou Rāfi‘ ibn Rifā‘a — se présenta à une assemblée des Ansār et déclara :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a interdit le gain du praticien des ventouses et nous a ordonné de l’employer à nourrir notre chameau servant à puiser l’eau. »

Ils invoquent aussi le récit suivant :

« Un homme des Banū Hāritha possédait un esclave qui pratiquait la saignée par ventouses. Il interrogea le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — à ce sujet, et celui-ci le lui interdit. Il revint l’interroger, et il le lui interdit encore. Il revint une nouvelle fois, et il le lui interdit de nouveau. Il ne cessa d’insister jusqu’à ce que le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — lui dise : “Avec son gain, nourris ton chameau servant à puiser l’eau et donne à manger à tes esclaves.” »

Relève également de cette question leur divergence concernant la location d’une maison en contrepartie de la jouissance d’une autre. Mālik l’autorise, tandis qu’Abū Hanīfa l’interdit. Peut-être ce dernier y voit-il un échange de dette contre dette ; mais cet argument est faible. Telles sont les principales questions débattues concernant la nature de la rémunération et celle de l’usage loué.

Quant aux conditions relatives à leurs caractéristiques, nous en exposerons également les plus connues.

Ainsi, la majorité des juristes des grands centres, notamment Mālik, Abū Hanīfa et al-Shāfi‘ī, s’accordent dans l’ensemble à considérer que le contrat de location suppose une rémunération connue et un usage dont l’étendue est déterminée. Celle-ci se définit soit par le résultat à atteindre, comme la confection d’un vêtement ou la fabrication d’une porte, soit par la fixation d’une durée, lorsque la prestation n’a pas de terme propre, comme le service d’un salarié. Cette délimitation se fait soit dans le temps, lorsqu’il s’agit d’un travail et de la jouissance d’un usage continu, comme la location de maisons ou de boutiques, soit dans l’espace, lorsque l’objet est de nature fongible, comme dans la location de montures.

Les tenants de l’école littéraliste et un groupe de prédécesseurs admettent, quant à eux, les locations comportant une indétermination. Tel est le cas d’un homme qui confie son âne à quelqu’un pour transporter de l’eau ou ramasser du bois, en contrepartie de la moitié de ce que cette activité lui rapportera.

L’argument principal de la majorité est que la location constitue une vente : on y interdit donc, en raison du risque de lésion, l’indétermination qui est interdite dans les ventes.

Le second groupe raisonne par analogie avec l’association de capital et de travail avec partage des bénéfices, ainsi qu’avec le contrat d’entretien des plantations en contrepartie d’une part de la récolte. La majorité estime toutefois que ces deux contrats constituent des exceptions établies par la Sunna : ils ne peuvent donc servir de fondement à une analogie, puisqu’ils dérogent aux règles générales.

Mālik et al-Shāfi‘ī s’accordent à autoriser le contrat lorsque, pour un usage dépourvu de terme propre, les parties fixent une durée déterminée, en précisent le commencement et font débuter cette durée immédiatement après la conclusion du contrat.

وَأَمَّا مَنْ رَأَى إِبَاحَةَ ذَلِكَ: فَاحْتَجَّ بِمَا رُوِيَ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ قَالَ: «احْتَجَمَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - وَأَعْطَى الْحَجَّامَ أَجْرَهُ» قَالُوا: وَلَوْ كَانَ حَرَامًا لَمْ يُعْطِهِ، وَحَدِيثُ جَابِرٍ: «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - دَعَا أَبَا طَيْبَةَ فَحَجَمَهُ، فَسَأَلَهُ: كَمْ ضَرِيبَتُكَ؟ فَقَالَ: ثَلَاثَةُ آصُعٍ، فَوَضَعَ عَنْهُ صَاعًا» . وَعَنْهُ أَيْضًا: «أَنَّهُ أَمَرَ لِلْحَجَّامِ بِصَاعٍ مِنْ طَعَامٍ، وَأَمَرَ مَوَالِيَهُ أَنْ يُخَفِّفُوا عَنْهُ» . وَأَمَّا الَّذِينَ قَالُوا بِكَرَاهِيَتِهِ: فَاحْتَجُّوا بِمَا رُوِيَ أَنَّ رِفَاعَةَ بْنَ رَافِعٍ، أَوْ رَافِعَ بْنَ رَفَاعَةٍ جَاءَ إِلَى مَجْلِسِ الْأَنْصَارِ، فَقَالَ: «نَهَى رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَنْ كَسْبِ الْحَجَّامِ، وَأَمَرَنَا أَنْ نُطْعِمَهُ نَاضِحَنَا» . وَبِمَا رُوِيَ: «عَنْ رَجُلٍ مِنْ بَنِي حَارِثَةَ كَانَ لَهُ حَجَّامٌ، وَسَأَلَ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَنْ ذَلِكَ فَنَهَاهُ، ثُمَّ عَادَ فَنَهَاهُ، ثُمَّ عَادَ فَنَهَاهُ، فَلَمْ يَزَلْ يُرَاجِعُهُ حَتَّى قَالَ لَهُ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: اعْلِفْ كَسْبَهُ نَاضِحَكَ، وَأَطْعِمْهُ رَقِيقَكَ» . وَمِنْ هَذَا الْبَابِ أَيْضًا اخْتِلَافُهُمْ فِي إِجَارَةِ دَارٍ بِسُكْنَى دَارٍ أُخْرَى: فَأَجَازَ ذَلِكَ مَالِكٌ، وَمَنَعَهُ أَبُو حَنِيفَةَ، وَلَعَلَّهُ رَآهَا مِنْ بَابِ الدَّيْنِ بِالدَّيْنِ، وَهَذَا ضَعِيفٌ، فَهَذِهِ مَشْهُورَاتُ مَسَائِلِهِمْ فِيمَا يَتَعَلَّقُ بِجِنْسِ الثَّمَنِ وَبِجِنْسِ الْمَنْفَعَةِ. وَأَمَّا مَا يَتَعَلَّقُ بِأَوْصَافِهَا فَنَذْكُرُ أَيْضًا الْمَشْهُورَ مِنْهَا: فَمِنْ ذَلِكَ أَنَّ جُمْهُورَ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ مَالِكٌ، وَأَبُو حَنِيفَةَ، وَالشَّافِعِيُّ اتَّفَقُوا بِالْجُمْلَةِ أَنَّ مِنْ شَرْطِ الْإِجَارَةِ أَنْ يَكُونَ الثَّمَنُ مَعْلُومًا وَالْمَنْفَعَةُ مَعْلُومَةَ الْقَدْرِ، وَذَلِكَ إِمَّا بِغَايَتِهَا مِثْلَ خِيَاطَةِ الثَّوْبِ، وَعَمَلِ الْبَابِ، وَإِمَّا بِضَرْبِ الْأَجَلِ إِذَا لَمْ تَكُنْ لَهَا غَايَةٌ مِثْلَ خِدْمَةِ الْأَجِيرِ، وَذَلِكَ إِمَّا بِالزَّمَانِ إِنْ كَانَ عَمَلًا وَاسْتِيفَاءَ مَنْفَعَةٍ مُتَّصِلَةِ الْوُجُودِ مِثْلَ كِرَاءِ الدُّورِ، وَالْحَوَانِيتِ، وَإِمَّا بِالْمَكَانِ إِنْ كَانَ مثليا مِثْلَ كِرَاءِ الرَّوَاحِلِ. وَذَهَبَ أَهْلُ الظَّاهِرِ، وَطَائِفَةٌ مِنَ السَّلَفِ إِلَى جَوَازِ إِجَارَاتِ الْمَجْهُولَاتِ مِثْلَ أَنْ يُعْطِيَ الرَّجُلُ حِمَارَهُ لِمَنْ يَسْقِي عَلَيْهِ أَوْ يَحْتَطِبُ عَلَيْهِ بِنِصْفِ مَا يَعُودُ عَلَيْهِ. وَعُمْدَةُ الْجُمْهُورِ: أَنَّ الْإِجَارَةَ بَيْعٌ فَامْتُنِعَ فِيهَا مِنَ الْجَهْلِ - لِمَكَانِ الْغَبْنِ - مَا امْتُنِعَ فِي الْمَبِيعَاتِ. وَاحْتَجَّ الْفَرِيقُ الثَّانِي. بِقِيَاسِ الْإِجَارَةِ عَلَى الْقِرَاضِ وَالْمُسَاقَاةِ، وَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّ الْقِرَاضَ، وَالْمُسَاقَاةَ مُسْتَثْنَيَانِ بِالسُّنَّةِ فَلَا يُقَاسُ عَلَيْهِمَا لِخُرُوجِهِمَا عَنِ الْأُصُولِ. وَاتَّفَقَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ عَلَى أَنَّهُمَا إِذَا ضُرِبَا لِلْمَنْفَعَةِ الَّتِي لَيْسَ لَهَا غَايَةٌ أَمَدًا مِنَ الزَّمَانِ مَحْدُودًا، وَحَدَّدُوا أَيْضًا أَوَّلَ ذَلِكَ الْأَمَدِ، وَكَانَ أَوَّلُهُ عَقِبَ الْعَقْدِ أَنَّ ذَلِكَ جَائِزٌ.

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