Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

On rapporte également de Rāfi‘ ibn Khadīj, d’après son père, que celui-ci a dit :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a interdit la location des terres. »

Abū ‘Umar ibn ‘Abd al-Barr indique qu’ils invoquent également le hadith transmis par Damra, d’après Ibn Shawdhab, d’après Mutarrif, d’après ‘Atā’, d’après Jābir, qui a dit :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — nous adressa un sermon et dit : “Que celui qui possède une terre la cultive ou permette à son frère de la cultiver, mais qu’il ne la donne pas en location.” »

Tels sont donc les hadiths sur lesquels s’appuient ceux qui n’autorisent pas la location des terres. Ils avancent également, comme argument de fond, que cette location n’est pas permise en raison de l’aléa qu’elle comporte : les cultures peuvent être frappées par un sinistre, tel qu’un incendie, une sécheresse ou une inondation. Le locataire serait alors tenu de payer le loyer sans avoir retiré aucun profit de la terre.

Le juge dit : on pourrait avancer que cette interdiction vise à faciliter la vie aux gens, compte tenu de l’abondance des terres, tout comme la vente de l’eau a été interdite. Leur point commun est qu’elles constituent toutes deux des fondements de la création.

Quant à ceux qui n’autorisent la location des terres que contre des dirhams ou des dinars, ils s’appuient principalement sur le hadith de Tāriq ibn ‘Abd al-Rahmān, d’après Sa‘īd ibn al-Musayyab, d’après Rāfi‘ ibn Khadīj, selon lequel le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a dit :

« Seuls trois types d’hommes peuvent cultiver une terre : celui qui possède une terre et la cultive ; celui auquel l’usage d’une terre a été accordé et qui cultive ce qui lui a été ainsi accordé ; et celui qui a loué une terre contre de l’or ou de l’argent. »

Ils disent qu’il n’est pas permis d’aller au-delà de ce qu’énonce ce hadith : les autres hadiths sont formulés sans restriction, tandis que celui-ci comporte une restriction. Or, il est obligatoire d’interpréter un texte non restreint à la lumière du texte qui le restreint.

Ceux qui autorisent la location des terres contre toute chose, à l’exception des denrées alimentaires, qu’elles se conservent ou non, s’appuient principalement sur le hadith de Ya‘lā ibn Hakīm, d’après Sulaymān ibn Yasār, d’après Rāfi‘ ibn Khadīj, qui a dit : le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a dit :

« Que celui qui possède une terre la cultive ou permette à son frère de la cultiver, mais qu’il ne la loue ni contre le tiers ou le quart de la récolte, ni contre des denrées alimentaires déterminées. »

Ils disent que tel est le sens de la muhāqala que le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a interdite. Ils citent le hadith de Sa‘īd ibn al-Musayyab, remontant au Prophète, dans lequel il est dit : « La muhāqala consiste à louer une terre contre du blé. » Ils ajoutent que cela constitue également une vente de denrées alimentaires contre des denrées alimentaires avec paiement différé.

Quant à ceux qui n’autorisent la location des terres ni contre des denrées alimentaires ni contre quoi que ce soit qui y pousse, ils invoquent, pour les denrées alimentaires, le même argument que ceux qui interdisent de les donner en contrepartie de cette location. Pour interdire leur location contre ce qui y pousse, ils s’appuient sur l’interdiction de la mukhābara rapportée du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut. Ils disent qu’elle consiste à louer une terre contre une part de ce qu’elle produit. C’est l’avis de Mālik et de tous ses disciples.

وَرُوِيَ عَنْ رَافِعِ ابْنِ خَدِيجٍ، عَنْ أَبِيهِ قَالَ: «نَهَى رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَنْ إِجَارَةِ الْأَرَضِينَ» . قَالَ أَبُو عُمَرَ بْنُ عَبْدِ الْبَرِّ: وَاحْتَجُّوا أَيْضًا بِحَدِيثِ ضَمْرَةَ، عَنِ ابْنِ شَوْذَبٍ، عَنْ مُطَرِّفٍ، عَنْ عَطَاءٍ، عَنْ جَابِرٍ قَالَ: خَطَبَنَا رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَقَالَ: «مَنْ كَانَتْ لَهُ أَرْضٌ فَلْيَزْرَعْهَا، أَوْ لِيُزْرِعْهَا أخاه، وَلَا يُؤَاجِرْهَا» . فَهَذِهِ هِيَ جُمْلَةُ الْأَحَادِيثِ الَّتِي تَمَسَّكَ بِهَا مَنْ لَمْ يُجِزْ كِرَاءَ الْأَرْضِ. وَقَالُوا أَيْضًا مِنْ جِهَةِ الْمَعْنَى: إِنَّهُ لَمْ يَجُزْ كِرَاؤُهَا لِمَا فِي ذَلِكَ مِنَ الْغَرَرِ; لِأَنَّهُ مُمْكِنٌ أَنْ يُصِيبَ الزَّرْعَ جَائِحَةٌ مِنْ نَارٍ، أَوْ قَحْطٍ، أَوْ غَرَقٍ، فَيَكُونُ قَدْ لَزِمَهُ كِرَاؤُهَا مِنْ غَيْرِ أَنْ يَنْتَفِعَ مِنْ ذَلِكَ بِشَيْءٍ. قَالَ الْقَاضِي: وَيُشْبِهُ أَنْ يُقَالَ فِي هَذَا إِنَّ الْمَعْنَى فِي ذَلِكَ قَصْدُ الرِّفْقِ بِالنَّاسِ لِكَثْرَةِ وُجُودِ الْأَرْضِ كَمَا نُهِيَ عَنْ بَيْعِ الْمَاءِ، وَوَجْهُ الشَّبَهِ بَيْنَهُمَا أَنَّهُمَا أَصْلَا الْخِلْقَةِ. وَأَمَّا عُمْدَةُ مَنْ لَمْ يُجِزْ كِرَاءَهَا إِلَّا بِالدَّرَاهِمِ، وَالدَّنَانِيرِ: فَحَدِيثُ طَارِقِ بْنِ عَبْدِ الرَّحْمَنِ، عَنْ سَعِيدِ بْنِ الْمُسَيَّبِ، عَنْ رَافِعِ بْنِ خَدِيجٍ، عَنِ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَنَّهُ قَالَ: «إِنَّمَا يَزْرَعُ ثَلَاثَةٌ: رَجُلٌ لَهُ أَرْضٌ فَيَزْرَعُهَا، وَرَجُلٌ مُنِحَ أَرْضًا فَهُوَ يَزْرَعُ مَا مُنِحَ، وَرَجُلٌ اكْتَرَى بِذَهَبٍ أَوْ فِضَّةٍ» . قَالُوا: فَلَا يَجُوزُ أَنْ يُتَعَدَّى مَا فِي هَذَا الْحَدِيثِ، وَالْأَحَادِيثُ الْأُخَرُ مُطْلَقَةٌ وَهَذَا مُقَيَّدٌ، وَمِنَ الْوَاجِبِ حَمْلُ الْمُطْلَقِ عَلَى الْمُقَيَّدِ. وَعُمْدَةُ مَنْ أَجَازَ كِرَاءَهَا بِكُلِّ شَيْءٍ مَا عَدَا الطَّعَامَ، وَسَوَاءٌ أكَانَ الطَّعَامُ مُدَّخَرًا أَوْ لَمْ يَكُنْ: حَدِيثُ يَعْلَى بْنِ حَكِيمٍ، عَنْ سُلَيْمَانَ بْنِ يَسَارٍ، عَنْ رَافِعِ بْنِ خَدِيجٍ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «مَنْ كَانَتْ لَهُ أَرْضٌ فَلْيَزْرَعْهَا، أَوْ لِيُزْرِعْهَا أَخَاهُ، وَلَا يُكْرِهَا بِثُلُثٍ، وَلَا رُبْعٍ، وَلَا بِطَعَامٍ مُعَيَّنٍ» . قَالُوا: وَهَذَا هُوَ مَعْنَى الْمُحَاقَلَةِ الَّتِي نَهَى رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَنْهَا، وَذَكَرُوا حَدِيثَ سَعِيدِ بْنِ الْمُسَيَّبِ مَرْفُوعًا، وَفِيهِ: وَالْمُحَاقَلَةُ اسْتِكْرَاءُ الْأَرْضِ بِالْحِنْطَةِ. قَالُوا: وَأَيْضًا فَإِنَّهُ مِنْ بَيْعِ الطَّعَامِ بِالطَّعَامِ نَسِيئَةً. وَعُمْدَةُ مَنْ لَمْ يُجِزْ كِرَاءَهَا بِالطَّعَامِ وَلَا بِشَيْءٍ مِمَّا يَخْرُجُ مِنْهَا: أَمَّا بِالطَّعَامِ: فَحُجَّةُ مَنْ لَمْ يُجِزْ كِرَاءَهَا بِالطَّعَامِ. وَأَمَّا حُجَّتُهُ عَلَى مَنْعِ كِرَائِهَا مِمَّا تَنْبُتُ: فَهُوَ مَا وَرَدَ مِنْ نَهْيِهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَنِ الْمُخَابَرَةِ. قَالُوا: وَهِيَ كِرَاءُ الْأَرْضِ بِمَا يَخْرُجُ مِنْهَا وَهَذَا قَوْلُ مَالِكٍ وَكُلِّ أَصْحَابِهِ.

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