Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

de sorte que la règle qui s’y applique est d’en différer la remise jusqu’à la récolte, par analogie avec la zakat. Cet argument est toutefois fragile, car il oppose un raisonnement analogique à la disposition même de la Sunna. Selon lui, il est néanmoins permis de remettre volontairement les dattes sèches par anticipation, une fois le contrat conclu.

Quant à la limite qu’il fixe à cinq wasq ou à une quantité inférieure, elle repose sur ce qu’il rapporte d’Abū Hurayra :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a autorisé la vente des ‘arāyā contre une quantité correspondant à leur estimation, pour moins de cinq wasq, ou pour cinq wasq. »

Si deux versions sont rapportées de Mālik concernant la quantité de cinq wasq, c’est en raison de l’hésitation du transmetteur dans ce hadith.

Quant à sa condition voulant que le paiement soit constitué de fruits de la même variété, à l’état sec, elle repose sur ce qui est rapporté de Zayd ibn Thābit :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a permis au détenteur d’une ‘ariyya de la vendre contre une quantité de dattes sèches correspondant à son estimation. »

Ce hadith est rapporté par Muslim.

Quant à al-Shāfi‘ī, il s’appuie principalement sur le hadith de Rāfi‘ ibn Khadīj et de Sahl ibn Abī Hathma, rapportant du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — « qu’il a interdit la muzābana » — l’échange de dattes contre des dattes —, sauf aux détenteurs de ‘ariyya, auxquels il l’a permis. Il s’appuie également sur cette parole à leur sujet :

« Afin que ceux à qui elle appartient en mangent les dattes fraîches. »

Selon eux, le terme ‘ariyya désigne une quantité de dattes inférieure à cinq wasq. En effet, comme l’usage était généralement de donner les fruits de quelques palmiers à concurrence de cette quantité ou d’une quantité moindre, la quantité visée par la dérogation a reçu le nom de la donation, parce qu’elle lui correspond en quantité.

Il a également invoqué à l’appui de sa position le récit qu’il rapporte, par une chaîne de transmission interrompue, de Mahmūd ibn Labīd :

« Il demanda à l’un des Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue —, Zayd ibn Thābit ou un autre : “Que sont donc ces ‘arāyā dont vous parlez ?” Celui-ci cita alors des hommes nécessiteux parmi les Ansār qui s’étaient plaints au Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — de voir arriver la saison des dattes fraîches sans avoir d’argent pour en acheter et en manger comme les autres, alors qu’ils possédaient des dattes sèches en surplus de leurs besoins alimentaires. Il leur permit donc d’acheter les ‘arāyā contre une quantité des dattes sèches qu’ils détenaient correspondant à leur estimation, afin d’en manger les dattes fraîches. Si la remise des dattes sèches ne pouvait être différée, c’est parce qu’il se serait agi d’un échange de denrées alimentaires contre d’autres denrées alimentaires avec paiement différé. »

Quant à Ahmad, son argument est le sens apparent des hadiths précédents : le Prophète a accordé une dérogation pour les ‘arāyā sans la réserver au donateur à l’exclusion des autres.

Quant à Abū Hanīfa, puisqu’il n’admet pas la muzābana et que cette opération, si elle était considérée comme une vente, en constituerait une forme, il estime que le retour de la ‘ariyya au donateur ne relève pas de la vente. Il s’agit seulement, pour le donateur, de revenir sur sa donation en remettant une quantité de dattes sèches correspondant à son estimation ; ou bien sa désignation comme vente relève, selon lui, d’un emploi figuré. Mālik a lui aussi tenu compte de cette considération dans certaines versions rapportées de lui : il n’a permis de la vendre ni contre des dirhams ni contre quoi que ce soit d’autre que la quantité de dattes correspondant à son estimation, même si l’avis le plus connu

فَكَانَ مِنْ سُنَّتِهِ أَنْ يَتَأَجَّلَ إِلَى الْجِذَاذِ، أَصْلُهُ الزَّكَاةُ، وَفِيهِ ضَعْفٌ; لِأَنَّهُ مُصَادَمَةٌ بِالْقِيَاسِ لِأَصْلِ السُّنَّةِ. وَعِنْدَهُ أَنَّهُ إِذَا تَطَوَّعَ بَعْدَ تَمَامِ الْعَقْدِ بِتَعْجِيلِ التَّمْرِ جَازَ. وَأَمَّا اشْتِرَاطُهُ جَوَازَهَا فِي خَمْسَةِ الْأَوْسُقِ، أَوْ فِيمَا دُونَهَا: فَلِمَا رَوَاهُ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ: «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَرْخَصَ فِي بَيْعِ الْعَرَايَا بِخَرْصِهَا فِيمَا دُونَ خَمْسَة، أَوْ فِي خَمْسَةِ أَوْسُقٍ» . وَإِنَّمَا كَانَ عَنْ مَالِكٍ فِي خَمْسَةِ الْأَوْسُقِ رِوَايَتَانِ الشَّكُّ لأن الْوَاقِعُ فِي هَذَا الْحَدِيثِ مِنَ الرَّاوِي. وَأَمَّا اشْتِرَاطُهُ أَنْ يَكُونَ مِنْ ذَلِكَ الصِّنْفِ بِعَيْنِهِ إِذَا يَبَسَ، فَلِمَا رُوِيَ عَنْ زَيْدِ بْنِ ثَابِتٍ: «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - رخصَ لِصَاحِبِ الْعَرِيَّةِ أَنْ يَبِيعَهَا بِخَرْصِهَا تَمْرًا» ، خَرَّجَهُ مُسْلِمٌ. وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ: فَعُمْدَتُهُ حَدِيثُ رَافِعِ بْنِ خَدِيجٍ، وَسَهْلِ بْنِ أَبِي حَثْمَةَ، «عَنِ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: " أَنَّهُ نَهَى عَنِ الْمُزَابَنَةِ» التَّمْرُ بِالتَّمْرِ إِلَّا أَصْحَابَ الْعَرَايَا، فَإِنَّهُ أَذِنَ لَهُمْ فِيهِ. وَقَوْلُهُ: «فِيهَا يَأْكُلُهَا أَهْلُهَا رُطَبًا» . وَالْعَرِيَّةُ عِنْدَهُمْ هِيَ اسْمٌ لِمَا دُونَ خَمْسَةِ الْأَوْسُقِ مِنَ التَّمْرِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ لَمَّا كَانَ الْعُرْفُ عِنْدَهُمْ أَنْ يَهَبَ الرَّجُلُ فِي الْغَالِبِ مِنْ نَخَلَاتِهِ هَذَا الْقَدْرَ فَمَا دُونَهُ، خَصَّ هَذَا الْقَدْرَ الَّذِي جَاءَتْ فِيهِ الرُّخْصَةُ بِاسْمِ الْهِبَةِ لِمُوَافَقَتِهِ فِي الْقَدْرِ لِلْهِبَةِ، وَقَدِ احْتَجَّ لِمَذْهَبِهِ بِمَا رَوَاهُ بِإِسْنَادٍ مُنْقَطِعٍ عَنْ مَحْمُودِ بْنِ لَبِيدٍ «أَنَّهُ قَالَ لِرَجُلٍ مِنْ أَصْحَابِ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - إِمَّا زَيْدُ بْنُ ثَابِتٍ، وَإِمَّا غَيْرُهُ: مَا عَرَايَاكُمْ هَذِهِ؟ قَالَ: فَسَمَّى رِجَالًا مُحْتَاجِينَ مِنَ الْأَنْصَارِ شَكَوْا إِلَى رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَنَّ الرُّطَبَ أَتَى وَلَيْسَ بِأَيْدِيهِمْ نَقْدٌ يَبْتَاعُونَ بِهِ الرُّطَبَ فَيَأْكُلُونَهُ مَعَ النَّاسِ، وَعِنْدَهُمْ فَضْلٌ مِنْ قُوتِهِمْ مِنَ التَّمْرِ، فَرَخَّصَ لَهُمْ أَنْ يَبْتَاعُوا الْعَرَايَا بِخَرْصِهَا مِنَ التَّمْرِ الَّذِي بِأَيْدِيهِمْ يَأْكُلُونَهَا رُطَبًا، وَإِنَّمَا لَمْ يَجُزْ تَأْخِيرُ نَقْدِ التَّمْرِ; لِأَنَّهُ بَيْعُ الطَّعَامِ بِالطَّعَامِ نَسِيئَةً» . وَأَمَّا أَحْمَدُ: فَحُجَّتُهُ ظَاهِرُ الْأَحَادِيثِ الْمُتَقَدِّمَةِ أَنَّهُ رَخَّصَ فِي الْعَرَايَا وَلَمْ يَخُصَّ الْمُعَرِّيَ مِنْ غَيْرِهِ. وَأَمَّا أَبُو حَنِيفَةَ: فَلَمَّا لَمْ تَجُزْ عِنْدَهُ الْمُزَابَنَةُ، وَكَانَتْ إِنْ جُعِلَتْ بَيْعًا نَوْعًا مِنَ الْمُزَابَنَةِ رَأَى أَنَّ انْصِرَافَهَا إِلَى الْمُعَرِّي لَيْسَ هُوَ مِنْ بَابِ الْبَيْعِ، وَإِنَّمَا هُوَ مِنْ بَابِ رُجُوعِ الْوَاهِبِ فِيمَا وَهَبَ بِإِعْطَاءِ خَرْصِهَا تَمْرًا، أَوْ تَسْمِيَتِهِ إِيَّاهَا بَيْعًا عِنْدَهُ مَجَازٌ، وَقَدِ الْتَفَتَ إِلَى هَذَا الْمَعْنَى مَالِكٌ فِي بَعْضِ الرِّوَايَاتِ عَنْهُ، فَلَمْ يُجِزْ بَيْعَهَا بِالدَّرَاهِمِ وَلَا بِشَيْءٍ مِنَ الْأَشْيَاءِ سِوَى الْخَرْصِ، وَإِنْ كَانَ الْمَشْهُورُ

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