Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Al-Shāfi‘ī diverge donc de Mālik au sujet de la ‘ariyya sur quatre points :

Premièrement : sur la raison de la dérogation, comme nous l’avons indiqué.

Deuxièmement : la ‘ariyya faisant l’objet de cette dérogation n’est pas une donation ; elle n’est appelée ainsi que par extension.

Troisièmement : sur l’exigence d’une remise immédiate du prix lors de la vente.

Quatrièmement : sur les fruits concernés. Comme nous l’avons dit, il la limite aux dattes et au raisin, tandis que Mālik l’étend à tous les fruits qui se conservent et sèchent.

Quant à Ahmad ibn Hanbal, il rejoint Mālik en considérant la ‘ariyya comme une donation. Il s’en distingue toutefois en estimant que la dérogation bénéficie au donataire (je veux dire : au bénéficiaire de la ‘ariyya, et non au donateur). Il considère en effet que celui-ci peut la vendre, selon les modalités indiquées, à qui il veut, sans être tenu de la vendre au seul donateur, contrairement à ce que soutient Mālik.

Quant à Abū Hanīfa, il rejoint Mālik en considérant la ‘ariyya comme une donation, mais s’en distingue quant à la nature de la dérogation. Selon lui, celle-ci ne constitue pas une exception à l’interdiction de la muzābana et ne relève même pas, de manière générale, de la vente. Elle autorise plutôt le donateur à revenir sur sa donation lorsque le bénéficiaire n’en a pas encore pris possession. Il ne s’agit donc pas, selon lui, d’une vente, mais d’une révocation de la donation selon une modalité particulière : donner en remplacement une quantité de dattes sèches correspondant à l’estimation des fruits donnés.

Le principal fondement de la position de Mālik concernant la ‘ariyya et les modalités qu’il lui attribue est la pratique bien connue des habitants de Médine à ce sujet. Ils expliquent : « À l’origine, un homme faisait don des fruits de quelques palmiers de son verger, puis les visites du bénéficiaire lui devenaient pénibles. Il lui fut donc permis de les lui racheter contre une quantité de dattes sèches correspondant à leur estimation, à remettre au moment de la récolte. »

Parmi ses arguments pour réserver la dérogation au donateur figure le hadith de Sahl ibn Abī Hathma :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a interdit de vendre des dattes sèches contre des dattes fraîches, mais il a autorisé la vente de la ‘ariyya contre une quantité correspondant à son estimation, afin que ceux à qui elle appartient en mangent les dattes fraîches. »

Ils disent : « Les mots “en mangent les dattes fraîches” prouvent que cela concerne exclusivement ceux qui en ont fait don, car ce sont eux que désigne, selon le sens apparent de ces paroles, l’expression “ceux à qui elle appartient”. »

On peut toutefois répondre que cette expression désigne ceux qui l’ont achetée, quels qu’ils soient. Mais la mention des dattes « fraîches » fournit une justification qui ne convient pas au cas du donateur, alors qu’elle convient à la position d’al-Shāfi‘ī : les personnes concernées sont celles qui ne possèdent ni dattes fraîches ni dattes sèches avec lesquelles en acheter. C’est pourquoi cet argument joue en faveur d’al-Shāfi‘ī.

Quant à sa conception de la ‘ariyya comme une donation, elle repose sur un argument linguistique : les lexicographes définissent en effet la ‘ariyya comme une donation. Ils divergent toutefois sur l’origine de cette appellation. Selon les uns, elle est ainsi nommée parce qu’elle est dépourvue de prix ; selon les autres, son nom est tiré de l’expression « ‘arawtu al-rajula, a‘rūhu », employée lorsqu’on sollicite quelqu’un. C’est à ce sens que se rattache la parole du Très-Haut :

« Nourrissez-en le pauvre discret et celui qui vient solliciter. »

Mālik exige que le prix soit remis au moment de la récolte (je veux dire : que sa remise soit différée jusque-là), parce qu’il s’agit de dattes dont la Loi prévoit l’estimation,

فَالشَّافِعِيُّ يُخَالِفُ مَالِكًا فِي الْعَرِيَّةِ فِي أَرْبَعَةِ مَوَاضِعَ: أَحَدُهَا: فِي سَبَبِ الرُّخْصَةِ كَمَا قُلْنَا. وَالثَّانِي: أَنَّ الْعَرِيَّةَ الَّتِي رَخَّصَ فِيهَا لَيْسَتْ هِبَةً، وَإِنَّمَا سُمِّيَتْ هِبَةً عَلَى التَّجَوُّزِ. وَالثَّالِثُ: فِي اشْتِرَاطِ النَّقْدِ عِنْدَ الْبَيْعِ. وَالرَّابِعُ: فِي مَحِلِّهَا. فَهِيَ عِنْدَهُ كَمَا قُلْنَا فِي التَّمْرِ وَالْعِنَبِ فَقَطْ، وَعِنْدَ مَالِكٍ فِي كُلِّ مَا يُدَّخَرُ وَيَيْبَسُ. وَأَمَّا أَحْمَدُ بْنُ حَنْبَلٍ: فَيُوَافِقُ مَالِكًا فِي أَنَّ الْعَرِيَّةَ عِنْدَهُ هِيَ الْهِبَةُ، وَيُخَالِفُهُ فِي أَنَّ الرُّخْصَةَ إِنَّمَا هِيَ عِنْدَهُ فِيهَا لِلْمَوْهُوبِ لَهُ (أَعْنِي: الْمُعَرَّى لَهُ لَا الْمُعَرِّي) ، وَذَلِكَ أَنَّهُ يَرَى أَنَّ لَهُ أَنْ يَبِيعَهَا مِمَّنْ شَاءَ بِهَذِهِ الصِّفَةِ لَا مِنَ الْمُعَرِّي خَاصَّةً كَمَا ذَهَبَ إِلَيْهِ مَالِكٌ. وَأَمَّا أَبُو حَنِيفَةَ: فَيُوَافِقُ مَالِكًا فِي أَنَّ الْعَرِيَّةَ هِيَ الْهِبَةُ، وَيُخَالِفُهُ فِي صِفَةِ الرُّخْصَةِ، وَذَلِكَ أَنَّ الرُّخْصَةَ عِنْدَهُ فِيهَا لَيْسَتْ هِيَ مِنْ بَابِ اسْتِثْنَائِهَا مِنَ الْمُزَابَنَةِ وَلَا هِيَ فِي الْجُمْلَةِ فِي الْبَيْعِ، وَإِنَّمَا الرُّخْصَةُ فِيهَا عِنْدَهُ مِنْ بَابِ رُجُوعِ الْوَاهِبِ فِي هِبَتِهِ; إِذا كَانَ الْمَوْهُوبُ لَهُ لَمْ يَقْبِضْهَا، وَلَيْسَتْ عِنْدَهُ بِبَيْعٍ، وَإِنَّمَا هِيَ رُجُوعٌ فِي الْهِبَةِ عَلَى صِفَةٍ مَخْصُوصَةٍ، وَهُوَ أَنْ يُعْطِيَ بَدَلَهَا تَمْرًا بِخَرْصِهَا. وَعُمْدَةُ مَذْهَبِ مَالِكٍ فِي الْعَرِيَّةِ أَنَّهَا بِالصِّفَةِ الَّتِي ذَكَرَ: سُنَّتُهَا الْمَشْهُورَةُ عِنْدَهُمْ بِالْمَدِينَةِ، قَالُوا: وَأَصْلُ هَذَا أَنَّ الرَّجُلَ كَانَ يَهَبُ النَّخَلَاتِ مِنْ حَائِطِهِ، فَيَشُقُّ عَلَيْهِ دُخُولُ الْمَوْهُوبِ لَهُ عَلَيْهِ، فَأُبِيحَ لَهُ أَنْ يَشْتَرِيَهَا بِخَرْصِهَا تَمْرًا عِنْدَ الْجِذَاذِ. وَمِنَ الْحُجَّةِ لَهُ فِي أَنَّ الرُّخْصَةَ إِنَّمَا هِيَ لِلْمُعَرِّي: حَدِيثُ سَهْلِ بْنِ أَبِي حَثْمَةَ: «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - نَهَى عَنْ بَيْعِ التَّمْرِ بِالرُّطَبِ إِلَّا أَنَّهُ رَخَّصَ فِي الْعَرِيَّةِ أَنْ تُبَاعَ بِخَرْصِهَا يَأْكُلُهَا أَهْلُهَا رُطَبًا» . قَالُوا: فَقَوْلُهُ يَأْكُلُهَا رُطَبًا دَلِيلٌ عَلَى أَنَّ ذَلِكَ خَاصٌّ بِمُعَرِّيهَا; لِأَنَّهُمْ فِي ظَاهِرِ هَذَا الْقَوْلِ أَهْلُهَا. وَيُمْكِنُ أَنْ يُقَالَ: إِنَّ أَهْلَهَا هُمُ الَّذِينَ اشْتَرَوْهَا كَائِنًا مَنْ كَانَ، لَكِنَّ قَوْلَهُ رُطَبًا هُوَ تَعْلِيلٌ لَا يُنَاسِبُ الْمُعَرِّي، وَعَلَى مَذْهَبِ الشَّافِعِيِّ هُوَ مُنَاسِبٌ، وَهُمُ الَّذِينَ لَيْسَ عِنْدَهُمْ رُطَبٌ وَلَا تَمْرٌ يَشْتَرُونَهَا بِهِ، وَلِذَلِكَ كَانَتِ الْحُجَّةُ لِلشَّافِعِيِّ. وَأَمَّا أَنَّ الْعَرِيَّةَ عِنْدَهُ هِيَ الْهِبَةُ فَالدَّلِيلُ عَلَى ذَلِكَ مِنَ اللُّغَةِ، فَإِنَّ أَهْلَ اللُّغَةِ قَالُوا: الْعَرِيَّةُ هِيَ الْهِبَةُ، وَاخْتُلِفَ فِي تَسْمِيَتِهَا بِذَلِكَ، فَقِيلَ: لِأَنَّهَا عَرِيَتْ مِنَ الثَّمَنِ، وَقِيلَ: إِنَّهَا مَأْخُوذَةٌ مِنْ عَرَوْتَ الرَّجُلَ أَعْرُوهُ إِذَا سَأَلْتُهُ، وَمِنْهُ قَوْله تَعَالَى: (وَأَطْعِمُوا الْقَانِعَ وَالْمُعْتَرَّ) . وَإِنَّمَا اشْتَرَطَ مَالِكٌ نَقْدَ الثَّمَنِ عِنْدَ الْجِذَاذِ (أَعْنِي: تَأْخِيرَهُ إِلَى ذَلِكَ الْوَقْتِ) ; لِأَنَّهُ تَمْرٌ وَرَدَ الشَّرْعُ بِخَرْصِهِ،

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