Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

[Livre de la vente dite « ‘ariyya »]

Les juristes divergent sur le sens de la ‘ariyya et sur la dérogation dont elle fait l’objet dans la Sunna.

Le juge Abū Muhammad ‘Abd al-Wahhāb, le malikite, rapporte que, dans l’école de Mālik, la ‘ariyya consiste à faire don à une personne déterminée des fruits d’un ou de plusieurs palmiers de son verger. Il est alors permis au bénéficiaire de les acheter à celui qui les lui a donnés, contre une quantité de dattes sèches correspondant à leur estimation, sous quatre conditions :

Premièrement : que les fruits aient commencé à mûrir.

Deuxièmement : que leur quantité ne dépasse pas cinq wasq, une mesure de capacité. Au-delà, la vente n’est pas permise.

Troisièmement : que les dattes sèches servant au paiement lui soient remises au moment de la récolte. Si elles lui sont remises immédiatement, la vente n’est pas permise.

Quatrièmement : que ces dattes soient de la même catégorie et de la même variété que celles de la ‘ariyya.

Ainsi, selon Mālik, la dérogation relative à la ‘ariyya bénéficie exclusivement au donateur. Elle consiste à soustraire cette opération à l’interdiction de la muzābana — la vente de dattes fraîches contre des dattes sèches — ainsi qu’à celle des deux formes de ribā (je veux dire : l’inégalité des quantités et le différé). En effet, il s’agit d’échanger des dattes dont le volume est connu par mesurage contre des dattes dont la quantité est évaluée approximativement — c’est ce qu’on appelle le khars. Cette opération comporte donc un échange de biens de même espèce en quantités inégales ; elle comporte également une remise différée des dattes données en contrepartie. Telle est la position de Mālik sur ce qu’est la ‘ariyya, sur la dérogation qui la concerne et sur ceux qui en bénéficient.

Quant à al-Shāfi‘ī, il considère que cette dérogation ne bénéficie pas exclusivement au donateur, mais à toute personne souhaitant acheter cette quantité de dattes (je veux dire : cinq wasq ou moins) contre une quantité équivalente de dattes sèches. Il a été rapporté que la dérogation est limitée à cette quantité en raison du besoin qu’ont les gens de manger des dattes fraîches ; elle concerne celui qui ne possède ni dattes fraîches ni dattes sèches avec lesquelles en acheter. Al-Shāfi‘ī exige que les dattes sèches servant au paiement de la ‘ariyya soient remises immédiatement. Il déclare : « Si les deux parties se séparent avant la prise de possession, la vente est invalide. »

Selon Mālik, la ‘ariyya est permise pour tous les fruits qui sèchent et se conservent ; selon al-Shāfi‘ī, elle ne l’est que pour les dattes et le raisin. Son caractère licite pour une quantité inférieure à cinq wasq ne fait l’objet d’aucune divergence rapportée de Mālik et d’al-Shāfi‘ī. En revanche, lorsque la quantité atteint cinq wasq, des avis divergents sont rapportés de l’un comme de l’autre : on leur attribue aussi bien la permission que l’interdiction. L’avis le plus connu de Mālik est celui de la permission.

[كِتَابُ بَيْعِ الْعَرِيَّةِ] ِ. اخْتَلَفَ الْفُقَهَاءُ فِي مَعْنَى الْعَرِيَّةِ وَالرُّخْصَةِ الَّتِي أَتَتْ فِيهَا فِي السَّنَةِ. فَحَكَى الْقَاضِي أَبُو مُحَمَّدٍ عَبْدُ الْوَهَّابِ الْمَالِكِيُّ أَنَّ الْعَرِيَّةَ فِي مَذْهَبِ مَالِكٍ هِيَ: أَنْ يَهَبَ الرَّجُلُ ثَمَرَةَ نَخْلَةٍ، أَوْ نَخَلَاتٍ مِنْ حَائِطِهِ لِرَجُلٍ بِعَيْنِهِ، فَيَجُوزُ لِلْمُعَرَّى شِرَاؤُهَا مِنَ الْمُعَرِّي لَهُ بِخَرْصِهَا تَمْرًا عَلَى شُرُوطٍ أَرْبَعَةٍ: أَحَدُهَا: أَنْ تُزْهِيَ. وَالثَّانِي: أَنْ تَكُونَ خَمْسَةَ أَوْسُقٍ فَمَا دُونَ، فَإِنْ زَادَتْ فَلَا يَجُوزُ. وَالثَّالِثُ: أَنْ يُعْطِيَهُ التَّمْرَ الَّذِي يَشْتَرِيهَا بِهِ عِنْدَ الْجِذَاذِ، فَإِنْ أَعْطَاهُ نَقْدًا لَمْ يَجُزْ. الرَّابِعُ: أَنْ يَكُونَ التَّمْرُ مِنْ صِنْفِ تَمْرِ الْعَرِيَّةِ، وَنَوْعِهَا. فَعَلَى مَذْهَبِ مَالِكٍ الرُّخْصَةُ فِي الْعَرِيَّةِ إِنَّمَا هِيَ فِي حَقِّ الْمُعَرِّي فَقَطْ، وَالرُّخْصَةُ فِيهَا إِنَّمَا هِيَ اسْتِثْنَاؤُهَا مِنَ الْمُزَابَنَةِ، وَهِيَ بَيْعُ الرُّطَبِ بِالتَّمْرِ الْجَافِّ الَّذِي وَرَدَ النَّهْيُ عَنْهُ، وَمِنْ صِنْفَيِ الرِّبَا أَيْضًا (أَعْنِي: التَّفَاضُلَ وَالنَّسَاءَ) ، وَذَلِكَ أَنَّه بَيْع تمر مَعْلُومِ الْكَيْلِ بتمر مَعْلُومٍ بِالتَّخْمِينِ - وَهُوَ الْخَرْصُ - فَيَدْخُلُهُ بَيْعُ الْجِنْسِ الْوَاحِدِ مُتَفَاضِلًا، وَهُوَ أَيْضًا بتمر إِلَى أَجَلٍ، فَهَذَا هُوَ مَذْهَبُ مَالِكٍ فِيمَا هِيَ الْعَرِيَّةُ، وَمَا هِيَ الرُّخْصَةُ فِيهَا، وَلِمَنِ الرُّخْصَةُ فِيهَا؟ وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ: فَمَعْنَى الرُّخْصَةِ الْوَارِدَةِ عِنْدَهُ فِيهَا لَيْسَتْ لِلْمُعَرِّي خَاصَّةً، وَإِنَّمَا هِيَ لِكُلِّ أَحَدٍ مِنَ النَّاسِ أَرَادَ أَنْ يَشْتَرِيَ هَذَا الْقَدْرَ مِنَ التَّمْرِ (أَعْنِي: خَمْسَةَ الْأَوْسُقٍ أَوْ مَا دُونَ ذَلِكَ) بِتَمْرٍ مِثْلِهَا; وَرُوِيَ أَنَّ الرُّخْصَةَ فِيهَا إِنَّمَا هِيَ مُعَلَّقَةٌ بِهَذَا الْقَدْرِ مِنَ التَّمْرِ لِضَرُورَةِ النَّاسِ أَنْ يَأْكُلُوا رُطَبًا، وَذَلِكَ لِمَنْ لَيْسَ عِنْدَهُ رُطَبٌ، وَلَا تَمْرٌ، يَشْتَرِي بِهِ الرُّطَبَ. وَالشَّافِعِيُّ يَشْتَرِطُ فِي إِعْطَاءِ التَّمْرِ الَّذِي تُبَاعُ فِي الْعَرِيَّةِ أَنْ يَكُونَ نَقْدًا، وَيَقُولُ: إِنْ تَفَرَّقَا قَبْلَ الْقَبْضِ فَسَدَ الْبَيْعُ. وَالْعَرِيَّةُ جَائِزَةٌ عِنْدَ مَالِكٍ فِي كُلِّ مَا يَيْبَسُ وَيُدَّخَرُ، وَهِيَ عِنْدَ الشَّافِعِيِّ فِي التَّمْرِ وَالْعِنَبِ فَقَطْ، وَلَا خِلَافَ فِي جَوَازِهَا فِيمَا دُونَ خَمْسَةِ الْأَوْسُقِ عِنْدَ مَالِكٍ، وَالشَّافِعِيِّ، وَعَنْهُمَا الْخِلَافُ إِذَا كَانَتْ خَمْسَةَ أَوْسُقٍ، فَرُوِيَ الْجَوَازُ عَنْهُمَا وَالْمَنْعُ، وَالْأَشْهَرُ عِنْدَ مَالِكٍ الْجَوَازُ.

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