Deuxième avis : l’obligation se limite à essuyer les mains seules. C’est l’avis des littéralistes et des spécialistes du hadith.
Troisième avis : l’essuyage jusqu’aux coudes est recommandé, mais seules les deux mains doivent obligatoirement être essuyées. Cet avis est rapporté de Mālik.
Quatrième avis : l’essuyage est obligatoire jusqu’aux épaules. Cet avis, marginal, est rapporté d’al-Zuhrī et de Muhammad ibn Maslama.
Leur divergence tient d’abord à la pluralité des sens du mot « main » dans la langue arabe. En effet, ce mot peut désigner trois choses : la main seule — c’est son emploi le plus courant —, la main avec l’avant-bras, ou encore la main avec l’avant-bras et le bras.
La seconde cause est la divergence des traditions rapportées à ce sujet. Ainsi, certaines versions authentiquement transmises du célèbre hadith de ‘Ammār comportent ces paroles :
« Il te suffit de frapper le sol de ta main, puis de souffler dessus et de t’en servir pour essuyer ton visage et tes deux mains. »
Dans certaines versions, le Prophète — sur lui la prière et la paix — lui dit :
« Et d’essuyer tes mains jusqu’aux coudes. »
Il est également rapporté d’Ibn ‘Umar que le Prophète — qu’Allah le couvre de bénédictions et lui accorde la paix — a dit :
« Les ablutions sèches comportent deux frappes : une pour le visage et une pour les mains jusqu’aux coudes. »
Ce hadith est également rapporté par l’intermédiaire d’Ibn ‘Abbās et d’autres transmetteurs.
La majorité des juristes a donné la prépondérance à ces hadiths sur le hadith authentiquement établi de ‘Ammār, parce que le raisonnement analogique les appuie : je veux dire l’analogie entre les ablutions sèches et les ablutions à l’eau. C’est précisément cette analogie qui les a conduits à comprendre le mot « main » comme désignant la main et l’avant-bras, plutôt que la main seule, alors que ce dernier sens est le plus manifeste.
Celui qui prétend que ce mot s’applique également à ces deux sens, sans être plus manifeste dans l’un que dans l’autre, se trompe. Bien que le mot « main » ait plusieurs sens, il désigne la main au sens propre et ce qui la dépasse au sens figuré. Or tout terme polysémique n’est pas nécessairement indéterminé : seul l’est celui qui a été établi, dès l’origine, pour désigner plusieurs sens. C’est de ce dernier que les juristes disent qu’on ne peut valablement tirer un argument.
C’est pourquoi nous disons que la position juste consiste à considérer que seules les deux mains doivent obligatoirement être essuyées. En effet, de deux choses l’une : soit le mot « main » désigne plus manifestement la main seule que les autres parties du membre supérieur, soit il désigne à égalité les différentes parties de l’avant-bras et du bras. Si le premier sens est le plus manifeste, il faut s’en tenir à la tradition authentiquement établie. Faire prévaloir ici le raisonnement analogique sur la tradition n’a donc aucune justification, pas plus que de s’en servir pour donner la prépondérance à des hadiths dont l’authenticité n’a pas encore été établie. La réponse à cette question ressort clairement du Coran et de la Sunna. Médite donc cela.