que le plus savant en droit est celui qui a mémorisé le plus de questions. Leur erreur ressemble à celle de quelqu’un qui s’imaginerait que le bottier est celui qui possède beaucoup de bottines, et non celui qui sait les fabriquer. Or, il est évident que celui qui possède beaucoup de bottines verra un jour venir à lui quelqu’un dont le pied ne trouvera chaussure à sa taille dans son assortiment. Il lui faudra alors nécessairement recourir au fabricant, qui sait confectionner une bottine adaptée à chaque pied. Telle est la situation de la plupart des apprentis juristes de notre temps.
Puisque nous nous sommes écartés de notre propos, revenons à l’exposé des questions que nous avions annoncé.
Première question
Les savants s’accordent à dire que la vente d’or contre de l’or et d’argent contre de l’argent n’est permise qu’à quantité égale et de la main à la main. Fait exception ce qui est rapporté d’Ibn ‘Abbās et de ceux des Mecquois qui l’ont suivi : ils autorisaient ces ventes avec inégalité et n’interdisaient que le report.
Ibn ‘Abbās a adopté cette position en raison du hadith qu’il rapporte d’après Usāma ibn Zayd, selon lequel le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :
« Il n’y a d’usure que dans le report. »
Ce hadith est authentique. Ibn ‘Abbās s’en est tenu à son sens apparent et n’a donc reconnu d’usure que dans le report.
Quant à la majorité des savants, elle s’est fondée sur ce que Mālik rapporte, d’après Nāfi‘, d’après Abū Sa‘īd al-Khudrī : le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :
« Ne vendez de l’or contre de l’or qu’à quantité égale, sans que l’une des quantités dépasse l’autre. Ne vendez de l’argent contre de l’argent qu’à quantité égale, sans que l’une des quantités dépasse l’autre. Et n’échangez aucune quantité de ces métaux livrable ultérieurement contre une quantité remise immédiatement. »
C’est l’un des hadiths les plus authentiques rapportés à ce sujet. Le hadith de ‘Ubāda ibn al-Sāmit est également authentique en la matière.
La majorité des savants s’est donc fondée sur ces hadiths, car ils sont explicites sur ce point. En revanche, le hadith d’Ibn ‘Abbās ne l’est pas, puisqu’il a été rapporté sous deux formulations.
La première est :
« L’usure réside uniquement dans le report. »
On ne peut en déduire la permission de l’inégalité que par un raisonnement a contrario. Or, ce mode de déduction est faible, surtout lorsqu’un énoncé explicite s’y oppose.
La seconde formulation est :
« Il n’y a d’usure que dans le report. »
Elle est plus forte que la première, car son sens apparent implique que ce qui ne comporte pas de report ne constitue pas de l’usure. Il est toutefois possible que, par ces mots : « Il n’y a d’usure que dans le report », il ait voulu désigner la forme d’usure qui se produit le plus souvent. Dès lors que cette interprétation est possible et que le premier texte est explicite, il faut interpréter ce hadith de manière à concilier les deux.