leur différence ne rend pas obligatoire la réduction du prix pour sinistre durant cette période (je veux dire : celui qui considère que la fraîcheur est recherchée dans l’achat au même titre que la maturité rend cette réduction obligatoire ; celui qui ne considère pas ces deux situations comme équivalentes estime qu’elle ne s’applique pas). De là vient leur divergence sur l’obligation de réduire le prix pour les sinistres touchant les légumes.
[Troisième partie : Les accessoires des biens vendus]
[Première question : Vente de palmiers portant des fruits : quand les fruits sont-ils compris dans la vente des arbres et quand ne le sont-ils pas ?]
Troisième partie de l’examen des règles juridiques (consacrée aux accessoires des biens vendus) :
Ce chapitre comporte deux questions célèbres.
Première question.
Vente de palmiers portant des fruits : quand les fruits sont-ils compris dans la vente des arbres et quand ne le sont-ils pas ?
Selon la majorité des juristes, lorsqu’une personne vend des palmiers portant des fruits avant la pollinisation, les fruits reviennent à l’acheteur. Si la vente intervient après la pollinisation, ils reviennent au vendeur, à moins que l’acheteur ne stipule qu’ils lui reviendront. Cette règle s’étend à tous les autres fruits. Elle repose sur l’authenticité du hadith d’Ibn ‘Umar selon lequel le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — a dit :
« Celui qui vend des palmiers déjà pollinisés en conserve les fruits, à moins que l’acheteur ne stipule qu’ils lui reviendront. »
Ils expliquent : puisque le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — a attribué le prix au vendeur après la pollinisation, nous en déduisons, par un raisonnement a contrario, qu’avant celle-ci les fruits reviennent à l’acheteur, sans qu’il ait à le stipuler.
Abū Hanīfa et ses disciples estiment, quant à eux, que les fruits reviennent au vendeur aussi bien avant qu’après la pollinisation. Ils ne comprennent pas ici le sens implicite du texte comme fondant un raisonnement a contrario, mais comme fondant un raisonnement a fortiori. Ils expliquent : si les fruits reviennent au vendeur après la pollinisation, ils doivent à plus forte raison lui revenir avant celle-ci. Ils assimilent l’apparition des fruits à une naissance : de même que celui qui vend une esclave ayant un enfant conserve cet enfant, sauf stipulation contraire de l’acheteur, il en va de même pour les fruits.
Ibn Abī Laylā estime, pour sa part, que les fruits reviennent à l’acheteur dès lors que les arbres sont vendus, que la pollinisation ait eu lieu ou non, et que l’acheteur l’ait stipulé ou non. Il a donc écarté le hadith au profit d’un raisonnement analogique, considérant que les fruits font partie du bien vendu. Cet avis n’a de sens que si le hadith n’était pas, à ses yeux, authentiquement établi. Quant à Abū Hanīfa, il n’a pas rejeté le hadith : il s’est seulement opposé à la déduction tirée de son sens implicite.
La divergence sur cette question entre Abū Hanīfa, al-Shāfi‘ī, Mālik et ceux qui partagent leurs avis tient donc à l’opposition entre le raisonnement a contrario et le raisonnement a fortiori, également appelé implication du discours. Ce dernier argument est toutefois faible ici, bien qu’il soit, en principe, plus fort que le raisonnement a contrario.
Quant à la divergence d’Ibn Abī Laylā, elle tient à l’opposition entre le raisonnement analogique et la tradition rapportée. Son argument est faible, comme nous l’avons dit.
Pour les savants, la pollinisation consiste à placer l’inflorescence des palmiers mâles dans celle des palmiers femelles. Pour les autres arbres, le stade correspondant est celui de la floraison et de la nouaison. La fécondation des figuiers qui y sont soumis est assimilée à la pollinisation. Quant aux céréales, le stade qui tient lieu de pollinisation fait l’objet d’une divergence au sein de l’école. Ibn al-Qāsim rapporte ainsi de Mālik qu’il correspond au détachement du grain de son enveloppe, par analogie avec les autres fruits.
Mais cette règle dépend-elle de la pollinisation effective ou de l’arrivée de sa période ? Selon un avis, c’est la période qui compte ; selon un autre, c’est la pollinisation elle-même. Sur cette distinction repose leur divergence lorsque seule une partie des