Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Le troisième avis est celui de Mālik : l’acheteur a le choix entre conserver le bien et obtenir du vendeur une réduction du prix correspondant au défaut, ou le restituer au vendeur en lui versant une indemnité correspondant au défaut survenu chez lui. Si le vendeur et l’acheteur s’opposent, le premier disant : « Je reprends le bien vendu, et vous me versez la valeur du défaut survenu chez vous », et le second répondant : « Non, je conserve le bien vendu, et vous me versez la valeur du défaut survenu chez vous », c’est la position de l’acheteur qui prévaut, et le choix lui appartient. Selon un autre avis rapporté dans l’école, c’est la position du vendeur qui prévaut. Cela ne se justifie toutefois que selon l’avis voulant que l’acheteur puisse seulement conserver le bien ou le restituer en indemnisant la diminution survenue chez lui.

Abū Muhammad Ibn Hazm s’est singularisé en affirmant que l’acheteur peut restituer le bien sans rien devoir.

Ceux qui estiment que l’acheteur peut seulement restituer le bien en versant une indemnité correspondant au défaut, ou le conserver, s’appuient sur l’argument suivant : les juristes sont unanimes à reconnaître que, lorsqu’aucun défaut n’est survenu chez l’acheteur, le seul recours est la restitution. Il convient donc de maintenir cette règle même lorsqu’un défaut est survenu chez l’acheteur, à charge pour lui de verser une indemnité correspondant à ce nouveau défaut.

Quant à ceux qui estiment que l’acheteur ne peut en aucun cas restituer le bien, mais seulement réclamer une indemnité correspondant au défaut présent chez le vendeur, ils raisonnent par analogie avec l’affranchissement et la mort, ce cas de référence ne faisant pas l’objet d’un accord unanime : ‘Atā’ a exprimé un avis contraire à son sujet.

Pour sa part, Mālik, voyant s’opposer les droits du vendeur et ceux de l’acheteur, a fait prévaloir ceux de l’acheteur et lui a accordé le choix. En effet, le vendeur se trouve nécessairement dans l’une de ces deux situations : soit il a été négligent, faute d’avoir recherché le défaut pour que l’acheteur en soit informé ; soit il en avait connaissance et l’a dissimulé à l’acheteur.

Selon Mālik, s’il est établi que le vendeur a dissimulé le défaut, il doit accepter la restitution sans que l’acheteur ait à lui verser une indemnité correspondant au défaut survenu chez lui. Si le bien meurt du fait du défaut dissimulé, le vendeur en supporte la perte, contrairement au cas où cette dissimulation n’est pas établie.

Quant à l’argument d’Abū Muhammad, il consiste à dire qu’il s’agit d’un événement survenu par la volonté d’Allah, comme s’il s’était produit alors que le bien appartenait encore au vendeur. En effet, la restitution pour défaut indique que la vente n’a été conclue qu’en apparence, et non en réalité. En outre, ni le Coran ni la Sunna n’imposent à une personne assujettie aux prescriptions religieuses d’indemniser une diminution à laquelle elle n’a nullement contribué, sauf à titre de rigueur accrue, selon ceux qui rendent l’usurpateur responsable de la diminution survenue chez lui par la volonté d’Allah. Telles sont donc les règles relatives aux défauts physiques survenus après la vente.

Quant aux défauts de comportement, tels que la fuite de l’esclave et le vol, un avis rapporté dans l’école veut qu’ils fassent obstacle à la restitution, comme les défauts physiques ; un autre avis affirme le contraire. Il n’y a pas de divergence sur le fait que, lorsqu’un défaut survenu chez l’acheteur disparaît ensuite, il n’a plus d’incidence sur la restitution, à moins que ses suites ne restent à craindre.

Dans ce cadre, les juristes divergent sur le cas de l’acheteur qui a un rapport sexuel avec l’esclave qu’il a achetée.

Certains disent : « S’il a eu un rapport avec elle, il ne peut plus la restituer, mais peut réclamer une indemnité correspondant au défaut, qu’elle ait été vierge ou non. » C’est l’avis d’Abū Hanīfa.

Al-Shāfi‘ī dit : « Il verse une indemnité correspondant au rapport si elle était vierge, mais n’en verse pas si elle ne l’était pas. »

D’autres disent : « Il la restitue et verse une dot correspondant à celle d’une femme de même condition. » C’est l’avis d’Ibn Abī Shubruma et d’Ibn Abī Laylā.

Sufyān al-Thawrī dit : « Si elle n’était pas vierge, il verse la moitié du dixième de son prix ; si elle était vierge, il en verse le dixième. »

Mālik dit : « Il ne doit rien pour le rapport avec une esclave qui n’était pas vierge, car cette jouissance lui revient en contrepartie des risques dont il répond. »

وَالْقَوْلُ الثَّالِثُ قَوْلُ مَالِكٍ: إِنَّ الْمُشْتَرِيَ بِالْخِيَارِ بَيْنَ أَنْ يُمْسِكَ وَيَضَعَ عَنْهُ الْبَائِعُ مِنَ الثَّمَنِ قَدْرَ الْعَيْبِ، أَوْ يَرُدَّهُ عَلَى الْبَائِعِ، وَيُعْطِيَهُ ثَمَنَ الْعَيْبِ الَّذِي حَدَثَ عِنْدَهُ، وَأَنَّهُ إِذَا اخْتَلَفَ الْبَائِعُ وَالْمُشْتَرِي، فَقَالَ الْبَائِعُ لِلْمُشْتَرِي: أَنَا أَقْبِضُ الْمَبِيعَ، وَتُعْطِي أَنْتَ قِيمَةَ الْعَيْبِ الَّذِي حَدَثَ عِنْدَكَ، وَقَالَ الْمُشْتَرِي: بَلْ أَنَا أَمْسِكُ الْمَبِيعَ، وَتُعْطِي أَنْتَ قِيمَةَ الْعَيْبِ الَّذِي حَدَثَ عِنْدَكَ، فَالْقَوْلُ قَوْلُ الْمُشْتَرِي وَالْخِيَارُ لَهُ، وَقَدْ قِيلَ فِي الْمَذْهَبِ الْقَوْلُ قَوْلُ الْبَائِعِ، وَهَذَا إِنَّمَا يَصِحُّ عَلَى قَوْلِ مَنْ يَرَى أَنَّهُ لَيْسَ لِلْمُشْتَرِي إِلَّا أَنْ يُمْسِكَ أَوْ يَرُدَّ، وَمَا نَقَصَ عِنْدَهُ. وَشَذَّ أَبُو مُحَمَّدِ بْنُ حَزْمٍ فَقَالَ: لَهُ أَنْ يَرُدَّ وَلَا شَيْءَ عَلَيْهِ. وَأَمَّا حُجَّةُ مَنْ قَالَ: إِنَّهُ لَيْسَ لِلْمُشْتَرِي إِلَّا أَنْ يَرُدَّ، وَيَرُدَّ قِيمَةَ الْعَيْبِ، أَوْ يُمْسِكَ، فَلِأَنَّهُ قَدْ أَجْمَعُوا عَلَى أَنَّهُ إِذَا لَمْ يَحْدُثْ بِالْمَبِيعِ عَيْبٌ عِنْدَ الْمُشْتَرِي فَلَيْسَ إِلَّا الرَّدُّ، فَوَجَبَ اسْتِصْحَابُ حَالِ هَذَا الْحُكْمِ، وَإِنْ حَدَثَ عِنْدَ الْمُشْتَرِي عَيْبٌ مَعَ إِعْطَائِهِ قِيمَةَ الْعَيْبِ الَّذِي حَدَثَ عِنْدَهُ. وَأَمَّا مَنْ رَأَى أَنَّهُ لَا يَرُدُّ الْمَبِيعَ بِشَيْءٍ وَإِنَّمَا قِيمَةُ الْعَيْبِ الَّذِي كَانَ عِنْدَ الْبَائِعِ، فَقِيَاسًا عَلَى الْعِتْقِ وَالْمَوْتِ لِكَوْنِ هَذَا الْأَصْلِ غَيْرَ مُجْمَعٍ عَلَيْهِ، وَقَدْ خَالَفَ فِيهِ عَطَاءٌ. وَأَمَّا مَالِكٌ: فَلَمَّا تَعَارَضَ عِنْدَهُ حَقُّ الْبَائِعِ، وَحَقُّ الْمُشْتَرِي غَلَّبَ الْمُشْتَرِيَ، وَجَعَلَ لَهُ الْخِيَارَ; لِأَنَّ الْبَائِعَ لَا يَخْلُو مِنْ أَحَدِ أَمْرَيْنِ: إِمَّا أَنْ يَكُونَ مُفَرِّطًا فِي أَنَّهُ لَمْ يَسْتَعْلِمِ الْعَيْبَ، وَيَعْلَمْ بِهِ الْمُشْتَرِي، أَوْ يَكُونُ عَلِمَهُ فَدَلَّسَ بِهِ عَلَى الْمُشْتَرِي. وَعِنْدَ مَالِكٍ أَنَّهُ إِذَا صَحَّ أَنَّهُ دَلَّسَ بِالْعَيْبِ وَجَبَ عَلَيْهِ الرَّدُّ مِنْ غَيْرِ أَنْ يَدْفَعَ إِلَيْهِ الْمُشْتَرِي قِيمَةَ الْعَيْبِ الَّذِي حَدَثَ عِنْدَهُ، فَإِنْ مَاتَ مِنْ ذَلِكَ الْعَيْبِ كَانَ ضَمَانُهُ عَلَى الْبَائِعِ بِخِلَافِ الَّذِي لَمْ يَثْبُتْ أَنَّهُ دَلَّسَ فِيهِ. وَأَمَّا حُجَّةُ أَبِي مُحَمَّدٍ: فَلِأَنَّهُ أَمْرٌ حَدَثَ مِنْ عِنْدِ اللَّهِ كَمَا لَوْ حَدَثَ فِي مِلْكِ الْبَائِعِ، فَإِنَّ الرَّدَّ بِالْعَيْبِ دَالٌّ عَلَى أَنَّ الْبَيْعَ لَمْ يَنْعَقِدْ فِي نَفْسِهِ، وَإِنَّمَا انْعَقَدَ فِي الظَّاهِرِ، وَأَيْضًا فَلَا كِتَابَ وَلَا سُنَّةَ يُوجِبُ عَلَى مُكَلَّفٍ غُرْمَ مَا لَمْ يَكُنْ لَهُ تَأْثِيرٌ فِي نَقْصِهِ إِلَّا أَنْ يَكُونَ عَلَى جِهَةِ التَّغْلِيظِ عِنْدَ مَنْ ضَمِنَ الْغَاصِبَ مَا نَقَصَ عِنْدَهُ بِأَمْرٍ مِنَ اللَّهِ، فَهَذَا حُكْمُ الْعُيُوبِ الْحَادِثَةِ فِي الْبَدَنِ. وَأَمَّا الْعُيُوبُ الَّتِي فِي النَّفْسِ كَالْإِبَاقِ وَالسَّرِقَةِ، فَقَدْ قِيلَ فِي الْمَذْهَبِ إِنَّهَا تُفِيتُ الرَّدَّ كَعُيُوبِ الْأَبْدَانِ، وَقِيلَ لَا، وَلَا خِلَافَ أَنَّ الْعَيْبَ الْحَادِثَ عِنْدَ الْمُشْتَرِي إِذَا ارْتَفَعَ بَعْدَ حُدُوثِهِ أَنَّهُ لَا تَأْثِيرَ لَهُ فِي الرَّدِّ إِلَّا أَنْ لَا تُؤْمَنَ عَاقِبَتُهُ. وَاخْتَلَفُوا مِنْ هَذَا الْبَابِ فِي الْمُشْتَرِي يَطَأُ الْجَارِيَةَ: فَقَالَ قَوْمٌ: إِذَا وَطِئَ فَلَيْسَ لَهُ الرَّدُّ وَلَهُ الرُّجُوعُ بِقِيمَةِ الْعَيْبِ، وَسَوَاءٌ أكَانَتْ بِكْرًا، أَوْ ثَيِّبًا; وَبِهِ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: يَرُدُّ قِيمَةَ الْوَطْءِ فِي الْبِكْرِ، وَلَا يَرُدُّهَا فِي الثَّيِّبِ. وَقَالَ قَوْمٌ: بَلْ يَرُدُّهَا وَيَرُدُّ مَهْرَ مِثْلِهَا، وَبِهِ قَالَ ابْنُ أَبِي شُبْرُمَةَ، وَابْنُ أَبِي لَيْلِي. وَقَالَ سُفْيَانُ الثَّوْرِيُّ: إِنْ كَانَتْ ثَيِّبًا رَدَّ نِصْفَ الْعُشْرِ مِنْ ثَمَنِهَا، وَإِنْ كَانَتْ بِكْرًا رَدَّ الْعُشْرَ مِنْ ثَمَنِهَا. وَقَالَ مَالِكٌ: لَيْسَ عَلَيْهِ فِي وَطْءِ الثَّيِّبِ شَيْءٌ; لِأَنَّهُ غَلَّةٌ وَجَبَتْ لَهُ بِالضَّمَانِ.

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