Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

la surenchère factice consiste à augmenter l’offre sur une marchandise sans avoir l’intention de l’acheter, afin d’avantager le vendeur et de léser l’acheteur. Ils divergent toutefois sur le statut de la vente ainsi conclue.

Les tenants de l’école littéraliste la considèrent comme invalide. Mālik estime que cette pratique s’apparente à un défaut de la marchandise : l’acheteur dispose d’un choix ; il peut, à son gré, la restituer ou la conserver. Abū Hanīfa et al-Shāfi‘ī disent : « Si cette pratique a lieu, son auteur commet un péché, mais la vente demeure valable. »

Cette divergence tient à la question suivante : l’interdiction implique-t-elle l’invalidité de l’acte interdit, même lorsqu’elle ne porte pas sur l’acte lui-même, mais sur une circonstance extérieure ? Ceux qui estiment qu’elle implique l’annulation de la vente ne reconnaissent pas sa validité ; les autres la reconnaissent. Selon la majorité, lorsque l’interdiction tient à un élément inhérent à l’acte interdit, elle implique son invalidité, comme dans le cas de l’usure et des ventes aléatoires. Lorsqu’elle tient à une circonstance extérieure, elle n’implique pas son invalidité.

L’interdiction de vendre l’eau prononcée par le Prophète — sur lui la bénédiction et le salut — semble relever de cette catégorie, comme l’indique l’une des formulations rapportées :

« Il a interdit de vendre le surplus d’eau pour empêcher ainsi l’accès aux pâturages. »

Abū Bakr ibn al-Mundhir a dit : « Il est établi que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde le salut — a interdit de vendre l’eau et de vendre le surplus d’eau pour empêcher ainsi l’accès aux pâturages. Il a également dit : “On ne doit pas en empêcher l’accès, lorsqu’il s’agit d’un puits, ni empêcher la vente d’eau.” »

Les savants ont divergé sur l’interprétation de cette interdiction. Un groupe lui a donné une portée générale, déclarant : « Il n’est permis de vendre l’eau en aucun cas, qu’elle provienne d’un puits, d’une mare ou d’une source, sur un terrain privé ou sans propriétaire. Toutefois, si le terrain est possédé, son propriétaire a un droit prioritaire sur la quantité d’eau nécessaire à ses besoins. » Yahyā ibn Yahyā partage cet avis et dit : « Il est quatre choses dont, à mon sens, on ne doit pas priver autrui : l’eau, le feu, le bois et les pâturages. »

D’autres ont restreint la portée de ces hadiths, car leur généralité se heurte aux principes établis : le bien d’une personne n’est licite qu’avec son libre consentement, comme l’a dit le Prophète — sur lui la bénédiction et le salut — et comme le reconnaît unanimement l’ensemble des savants. Ceux qui ont ainsi restreint leur portée ont toutefois divergé sur la manière de le faire.

Certains disent : « Il s’agit d’un puits partagé entre deux associés, chacun disposant d’un jour pour irriguer. L’un achève d’arroser ses cultures avant la fin de son jour, tandis que son associé ne parvient pas à irriguer entièrement les siennes pendant le jour qui lui revient. Le premier doit alors laisser son associé accéder à l’eau pendant le reste de sa propre journée. »

D’autres disent : « Cette interdiction concerne celui qui irrigue ses cultures avec l’eau de son puits, puis voit celui-ci s’effondrer, alors que son voisin dispose d’un surplus d’eau. Ce voisin ne peut lui refuser ce surplus jusqu’à ce qu’il ait réparé son puits. »

Ces deux interprétations sont proches. Elles reposent sur le fait de comprendre l’énoncé sans restriction de l’un des deux hadiths à la lumière de l’énoncé assorti d’une restriction de l’autre : le Prophète a interdit de vendre l’eau sans autre précision, puis il a interdit de refuser le surplus d’eau. Ils ont donc interprété le premier énoncé à la lumière du second et déclaré : « Dans les deux hadiths, l’interdiction porte sur le surplus d’eau. »

Quant à Mālik, le principe de sa doctrine est que, lorsque l’eau se trouve sur un terrain privé protégé, elle appartient au propriétaire du terrain, qui peut la vendre

النَّجْشَ هُوَ أَنْ يَزِيدَ أَحَدٌ فِي سِلْعَةٍ، وَلَيْسَ فِي نَفْسِهِ شِرَاؤُهَا، يُرِيدُ بِذَلِكَ أَنْ يَنْفَعَ الْبَائِعَ وَيَضُرَّ الْمُشْتَرِيَ ; وَاخْتَلَفُوا إِذَا وَقَعَ هَذَا الْبَيْعُ، فَقَالَ أَهْلُ الظَّاهِرِ: هُوَ فَاسِدٌ، وَقَالَ مَالِكٌ: هُوَ كَالْعَيْبِ، وَالْمُشْتَرِي بِالْخِيَارِ، إِنْ شَاءَ أَنْ يَرُدَّ رَدَّ، وَإِنْ شَاءَ أَنْ يُمْسِكَ أَمْسَكَ; وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَالشَّافِعِيُّ: وَإِنْ وَقَعَ أَثِمَ، وَجَازَ الْبَيْعُ. وَسَبَبُ الْخِلَافِ هَلْ يَتَضَمَّنُ النَّهْيُ فَسَادَ الْمَنْهِيِّ؟ وَإِنْ كَانَ النَّهْيُ لَيْسَ فِي نَفْسِ الشَّيْءِ بَلْ مِنْ خَارِجٍ; فَمَنْ قَالَ يَتَضَمَّنُ فَسْخَ الْبَيْعِ لَمْ يُجِزْهُ; وَمَنْ قَالَ لَيْسَ يَتَضَمَّنُ أَجَازَهُ. وَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّ النَّهْيَ إِذَا وَرَدَ لِمَعْنًى فِي الْمَنْهِيِّ عَنْهُ أَنَّهُ يَتَضَمَّنُ الْفَسَادَ مِثْلَ النَّهْيِ عَنِ الرِّبَا وَالْغَرَرِ، وَإِذَا وَرَدَ الْأَمْرُ مِنْ خَارِجٍ لَمْ يَتَضَمَّنِ الْفَسَادَ. وَيُشْبِهُ أَنْ يَدْخُلَ فِي هَذَا الْبَابِ نَهْيُهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - عَنْ بَيْعِ الْمَاءِ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - فِي بَعْضِ أَلْفَاظِهِ: «إِنَّهُ نَهَى عَنْ بَيْعِ فَضْلِ الْمَاءِ لِيُمْنَعَ بِهِ الْكَلَأُ» ، وَقَالَ أَبُو بَكْرِ بْنُ الْمُنْذِرِ: ثَبَتَ " أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - «نَهَى عَنْ بَيْعِ الْمَاءِ، وَنَهَى عَنْ بَيْعِ فَضْلِ الْمَاءِ لِيُمْنَعَ بِهِ الْكَلَأُ " ، وَقَالَ: لَا يُمْنَعُ وَهُوَ بِئْرٌ وَلَا بَيْعُ مَاءٍ» . وَاخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي تَأْوِيلِ هَذَا النَّهْيِ، فَحَمَلَهُ جَمَاعَةٌ مِنَ الْعُلَمَاءِ عَلَى عُمُومِهِ، فَقَالُوا: لَا يَحِلُّ بَيْعُ الْمَاءِ بِحَالٍ كَانَ مِنْ بِئْرٍ، أَوْ غَدِيرٍ، أَوْ عَيْنٍ فِي أَرْضٍ مُمَلَّكَةٍ، أَوْ غَيْرِ مُمَلَّكَةٍ، غَيْرَ أَنَّهُ إِنْ كَانَ مُتَمَلَّكًا كَانَ أَحَقَّ بِمِقْدَارِ حَاجَتِهِ مِنْهُ، وَبِهِ قَالَ يَحْيَى بْنُ يَحْيَى قَالَ: أَرْبَعٌ لَا أَرَى أَنْ يُمْنَعْنَ: الْمَاءُ، وَالنَّارُ، وَالْحَطَبُ، وَالْكَلَأُ. وَبَعْضُهُمْ خَصَّصَ هَذِهِ الْأَحَادِيثَ بِمُعَارَضَةِ الْأُصُولِ لَهَا، وَهُوَ أَنَّهُ لَا يَحِلُّ مَالُ أَحَدٍ إِلَّا بِطِيبِ نَفْسٍ مِنْهُ كَمَا قَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -، وَانْعَقَدَ عَلَيْهِ الْإِجْمَاعُ، وَالَّذِينَ خَصَّصُوا هَذَا الْمَعْنَى اخْتَلَفُوا فِي جِهَةِ تَخْصِيصِهِ، فَقَالَ قَوْمٌ: مَعْنَى ذَلِكَ أَنَّ الْبِئْرَ يَكُونُ بَيْنَ الشَّرِيكَيْنِ يَسْقِي هَذَا يَوْمًا فَيَرْوِي زَرْعَ أَحَدِهِمَا فِي بَعْضِ يَوْمِهِ، وَلَا يَرْوِي فِي الْيَوْمِ الَّذِي لِشَرِيكِهِ زَرْعَهُ، فَيَجِبُ عَلَيْهِ أَنْ لَا يَمْنَعَ شَرِيكَهُ مِنَ الْمَاءِ بَقِيَّةَ ذَلِكَ الْيَوْمِ. وَقَالَ بَعْضُهُمْ: إِنَّمَا تَأْوِيلُ ذَلِكَ فِي الَّذِي يَزْرَعُ عَلَى مَائِهِ فَتَنْهَارُ بِئْرُهُ وَلِجَارِهِ فَضْلُ مَاءٍ أَنَّهُ لَيْسَ لِجَارِهِ أَنْ يَمْنَعَهُ فَضْلَ مَائِهِ إِلَى أَنْ يُصْلِحَ بِئْرَهُ، وَالتَّأْوِيلَانِ قَرِيبَانِ، وَوَجْهُ التَّأْوِيلَيْنِ أَنَّهُمْ حَمَلُوا الْمُطْلَقَ فِي هَذَيْنِ الْحَدِيثَيْنِ عَلَى الْمُقَيَّدِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ نَهَى عَنْ بَيْعِ الْمَاءِ مُطْلَقًا، ثُمَّ نَهَى عَنْ مَنْعِ فَضْلِ الْمَاءِ، فَحَمَلُوا الْمُطْلَقَ فِي هَذَا الْحَدِيثِ عَلَى الْمُقَيَّدِ وَقَالُوا: الْفَضْلُ هُوَ الْمَمْنُوعُ فِي الْحَدِيثَيْنِ، وَأَمَّا مَالِكٌ فَأَصْلُ مَذْهَبِهِ أَنَّ الْمَاءَ مَتَى كَانَ فِي أَرْضٍ مُتَمَلَّكَةٍ مَنِيعَةٍ فَهُوَ لِصَاحِبِ الْأَرْضِ لَهُ بَيْعُهُ

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