Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à al-Shāfi‘ī, il estime que cette interdiction vise uniquement à protéger le vendeur, afin que celui qui vient à sa rencontre ne le lèse pas en profitant de son ignorance des prix pratiqués dans la ville. Il disait : « Si la vente a lieu, le propriétaire de la marchandise dispose d’un choix : il peut la confirmer ou l’annuler. » Cette position d’al-Shāfi‘ī est explicitement énoncée dans le hadith authentiquement rapporté par Abū Hurayra du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde le salut —, qui a dit :

« N’allez pas au-devant des marchandises acheminées au marché. Si quelqu’un le fait et en achète, leur propriétaire dispose d’un choix lorsqu’il arrive au marché. »

Ce hadith est rapporté par Muslim et d’autres.

[Section : La vente effectuée par un citadin pour le compte d’un habitant de la campagne]

Section. Les savants ont divergé sur le sens de l’interdiction faite par le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde le salut — au citadin de vendre pour le compte d’un habitant de la campagne. Certains ont dit, sans divergence sur ce point : « Les citadins ne doivent pas vendre pour le compte des habitants de la campagne. » Quant à l’achat effectué par un citadin pour le compte d’un habitant de la campagne, les avis qui lui sont attribués divergent : tantôt il l’a autorisé, position également adoptée par Ibn Habīb ; tantôt il l’a interdit. Par citadins, il entend les habitants des grandes villes. On rapporte aussi de lui qu’il n’est pas permis aux villageois de vendre pour le compte des nomades vivant sous la tente. Al-Shāfi‘ī et al-Awzā‘ī ont adopté une position semblable à celle de Mālik.

Abū Hanīfa et ses disciples ont déclaré : « Il n’y a aucun mal à ce qu’un citadin vende pour le compte d’un habitant de la campagne et l’informe des prix. » Mālik réprouvait cela — je veux dire le fait que le citadin informe l’habitant de la campagne des prix —, tandis qu’al-Awzā‘ī l’autorisait.

Ceux qui interdisent cette pratique s’accordent à dire que cette interdiction vise à favoriser les citadins : les biens sont plus faciles à obtenir pour les habitants de la campagne que pour ceux des villes ; ils leur coûtent moins cher et, le plus souvent, ils les obtiennent même gratuitement, c’est-à-dire sans rien payer. Ils semblent ainsi considérer comme répréhensible qu’un citadin conseille sincèrement un habitant de la campagne. Or, cela contredit ces paroles du Prophète — sur lui la bénédiction et le salut :

« La religion est le conseil sincère. »

C’est sur ces paroles qu’Abū Hanīfa s’est appuyé pour autoriser cette pratique.

La majorité invoque le hadith de Jābir rapporté par Muslim et Abū Dāwūd. Jābir rapporte que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde le salut — a dit :

« Qu’un citadin ne vende pas pour le compte d’un habitant de la campagne. Laissez les gens commercer entre eux : Allah accorde aux uns leur subsistance par l’intermédiaire des autres. »

À ma connaissance, Abū Dāwūd est seul à rapporter cet ajout. Il paraît plus vraisemblable que l’interdiction vise à éviter que l’habitant de la campagne ne soit lésé, puisqu’il arrive sans connaître les prix, à moins que cet ajout ne soit établi. Selon cette lecture, le hadith aurait le même sens que l’interdiction d’aller à la rencontre des caravanes, telle que l’interprète al-Shāfi‘ī. Si la vente a lieu, elle est néanmoins conclue et valable, en vertu de ces paroles du Prophète — sur lui la bénédiction et le salut :

« Laissez les gens commercer entre eux : Allah accorde aux uns leur subsistance par l’intermédiaire des autres. »

Les disciples de Mālik ont divergé sur ce point : certains estiment que la vente doit être annulée, tandis que d’autres estiment qu’elle ne doit pas l’être.

[Section : La vente avec surenchère factice]

Section. Quant à l’interdiction de la surenchère factice prononcée par le Prophète — sur lui la bénédiction et le salut —, les savants s’accordent sur le caractère interdit de cette pratique et sur le fait que

وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ، فَقَالَ: إِنَّ الْمَقْصُودَ بِالنَّهْيِ إِنَّمَا هُوَ لِأَجْلِ الْبَائِعِ لِئَلَّا يَغْبِنَهُ الْمُتَلَقِّي، لِأَنَّ الْبَائِعَ يَجْهَلُ سِعْرَ الْبَلَدِ، وَكَانَ يَقُولُ: إِذَا وَقَعَ فَرَبُّ السِّلْعَةِ بِالْخِيَارِ، إِنْ شَاءَ أَنْفَذَ الْبَيْعَ، أَوْ رَدَّهُ. وَمَذْهَبُ الشَّافِعِيِّ هُوَ نَصٌّ فِي حَدِيثِ أَبِي هُرَيْرَةَ الثَّابِتِ عَنْ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَنَّهُ قَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا تَتَلَقَّوُا الْجَلَبَ، فَمَنْ تَلَقَّى مِنْهُ شَيْئًا فَاشْتَرَاهُ فَصَاحِبُهُ بِالْخِيَارِ إِذَا أَتَى السُّوقَ» خَرَّجَهُ مُسْلِمٌ، وَغَيْرُهُ. [فَصْلٌ بَيْعُ الْحَاضِرِ لِلْبَادِي] فَصْلٌ وَأَمَّا نَهْيُهُ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَنْ بَيْعِ الْحَاضِرِ لِلْبَادِي، فَاخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي مَعْنَى ذَلِكَ، فَقَالَ قَوْمٌ: لَا يَبِعْ أَهْلُ الْحَضَرِ لِأَهْلِ الْبَادِيَةِ قَوْلًا وَاحِدًا. وَاخْتُلِفَ عَنْهُ فِي شِرَاءِ الْحَضَرِيِّ لِلْبَدَوِيِّ، فَمَرَّةً أَجَازَهُ، وَبِهِ قَالَ ابْنُ حَبِيبٍ ; وَمَرَّةً مَنَعَهُ، وَأَهْلُ الْحَضَرِ عِنْدَهُ هُمُ الْأَمْصَارُ; وَقَدْ قِيلَ عَنْهُ إِنَّهُ لَا يَجُوزُ أَنْ يَبِيعَ أَهْلُ الْقُرَى لِأَهْلِ الْعَمُودِ الْمُنْتَقِلِينَ، وَبِمِثْلِ قَوْلِ مَالِكٍ قَالَ الشَّافِعِيُّ، وَالْأَوْزَاعِيُّ ; وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَأَصْحَابُهُ: لَا بَأْسَ أَنْ يَبِيعَ الْحَاضِرُ لِلْبَادِي وَيُخْبِرَهُ بِالسِّعْرِ، وَكَرِهَهُ مَالِكٌ، (أَعْنِي: أَنْ يُخْبِرَ الْحَضَرِيُّ الْبَادِيَ بِالسِّعْرِ) ، وَأَجَازَهُ الْأَوْزَاعِيُّ. وَالَّذِينَ مَنَعُوهُ اتَّفَقُوا عَلَى أَنَّ الْقَصْدَ بِهَذَا النَّهْيِ هُوَ إِرْفَاقُ أَهْلِ الْحَضَرِ، لِأَنَّ الْأَشْيَاءَ عِنْدَ أَهْلِ الْبَادِيَةِ أَيْسَرُ مِنْ أَهْلِ الْحَاضِرَةِ، وَهِيَ عِنْدَهُمْ أَرْخَصُ، بَلْ أَكْثَرُ مَا يَكُونُ مَجَّانًا عِنْدَهُمْ (أَيْ: بِغَيْرِ ثَمَنٍ) ، فَكَأَنَّهُمْ رَأَوْا أَنَّهُ يُكْرَهُ أَنْ يَنْصَحَ الْحَضَرِيُّ لِلْبَدَوِيِّ، وَهَذَا مُنَاقِضٌ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «الدِّينُ النَّصِيحَةُ» وَبِهَذَا تَمَسَّكَ فِي جَوَازِهِ أَبُو حَنِيفَةَ. وَحُجَّةُ الْجُمْهُورِ حَدِيثُ جَابِرٍ عِنْدَ مُسْلِمٍ، وَأَبِي دَاوُدَ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «لَا يَبِعْ حَاضِرٌ لَبَادٍ، ذَرُوا النَّاسَ يَرْزُقُ اللَّهُ بَعْضَهُمْ مِنْ بَعْضٍ» ، وَهَذِهِ الزِّيَادَةُ انْفَرَدَ بِهَا أَبُو دَاوُدَ فِيمَا أَحْسَبُ، وَالْأَشْبَهُ أَنْ يَكُونَ مِنْ بَابِ غَبْنِ الْبَدَوِيِّ لِأَنَّهُ يَرِدُ وَالسِّعْرُ مَجْهُولٌ عِنْدَهُ، إِلَّا أَنْ تَثْبُتَ هَذِهِ الزِّيَادَةُ، وَيَكُونَ عَلَى هَذَا مَعْنَى الْحَدِيثِ مَعْنَى النَّهْيِ عَنْ تَلَقِّي الرُّكْبَانِ عَلَى مَا تَأَوَّلَهُ الشَّافِعِيُّ: إِذَا وَقَعَ فَقَدْ تَمَّ وَجَازَ الْبَيْعُ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «دَعُوا النَّاسَ يَرْزُقُ اللَّهُ بَعْضَهُمْ مِنْ بَعْضٍ» ، وَاخْتَلَفَ فِي هَذَا الْمَعْنَى أَصْحَابُ مَالِكٍ ; فَقَالَ بَعْضُهُمْ: يُفْسَخُ، وَقَالَ بَعْضُهُمْ: لَا يُفْسَخُ. [فَصْلٌ بَيْعُ النَّجْشِ] فَصْلٌ ; وَأَمَّا نَهْيُهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - عَنِ النَّجْشِ، فَاتَّفَقَ الْعُلَمَاءُ عَلَى مَنْعِ ذَلِكَ، وَأَنَّ

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