Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

et il n’y a à cet égard aucune différence entre le fait de donner en gage le bien vendu lui-même ou un autre bien. Selon un avis rapporté d’Ibn al-Qāsim, cela n’est pas permis, car cette condition empêche l’acheteur de disposer du bien vendu pendant une longue durée, durant laquelle le vendeur ne pourrait pas non plus se réserver un avantage attaché à ce bien ; elle doit donc rendre la vente invalide. C’est pourquoi Ibn al-Mawwāz a déclaré que cela était permis pour une courte durée.

Parmi les traditions rapportées à ce sujet figure « l’interdiction, par le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde le salut —, d’associer une vente à un prêt ». Les juristes s’accordent à considérer cette opération comme une vente invalide. Ils divergent toutefois lorsque l’on renonce à la condition avant la prise de possession du bien. Abū Hanīfa, al-Shāfi‘ī et les autres savants maintiennent l’interdiction, tandis que Mālik et ses disciples, à l’exception de Muhammad ibn ‘Abd al-Hakam, admettent alors la vente. Un avis conforme à celui de la majorité a également été rapporté de Mālik. La majorité fait valoir que l’interdiction implique l’invalidité de l’opération interdite et que, de surcroît, le prix du bien vendu est indéterminé en raison du prêt associé à la vente.

On rapporte que Muhammad ibn Ahmad ibn Sahl al-Barmakī interrogea Ismā‘īl ibn Ishāq al-Mālikī sur cette question, en lui disant : « Quelle différence y a-t-il entre une vente associée à un prêt et le cas d’un homme qui vend un esclave pour cent dinars et une outre de vin, puis déclare, après avoir conclu la vente : “Je renonce à l’outre” ? Or, les savants sont unanimes à considérer que cette vente doit être annulée. »

Ismā‘īl lui fit une réponse qui ne constitue pas un argument probant : « La différence entre les deux cas est que celui qui a stipulé le prêt a le choix d’y renoncer ou de le maintenir, ce qui n’est pas le cas dans l’affaire de l’outre de vin. » Mais cette réponse ne fait que reprendre le point même sur lequel on lui demandait d’établir une distinction. On peut en effet lui demander : pourquoi aurait-il le choix dans le premier cas, sans pouvoir, dans le second, renoncer à l’outre et rendre ainsi la vente valable ?

Il serait plus juste de dire que, dans le premier cas, l’interdiction ne tient pas à une chose interdite en elle-même, à savoir le prêt, puisque celui-ci est licite. Elle tient uniquement à son association avec la vente. De même, la vente est licite en elle-même ; elle n’est interdite ici qu’en raison de la condition qui lui est associée. Dans le second cas, en revanche, la vente est interdite parce qu’on lui a associé une chose interdite en elle-même, et non une chose dont l’interdiction résulterait de la condition.

Le cœur de la question est donc le suivant : lorsqu’une vente est entachée d’invalidité en raison d’une condition, cette invalidité disparaît-elle avec la suppression de la condition ? Ou subsiste-t-elle, tout comme subsiste l’invalidité qui affecte une vente licite à laquelle on a associé une chose interdite en elle-même ? Cette question dépend à son tour d’un autre principe : cette invalidité est-elle de pur droit ou repose-t-elle sur une raison intelligible ? Si nous disons qu’elle est de pur droit, elle ne disparaît pas avec la suppression de la condition. Si nous disons qu’elle repose sur une raison intelligible, elle disparaît avec celle-ci. Mālik a retenu cette seconde conception, tandis que la majorité a considéré que cette invalidité ne reposait pas sur une raison intelligible.

L’invalidité qui affecte les ventes comportant de l’usure ou de l’aléa est, dans la plupart des cas, de pur droit. C’est pourquoi, selon ces juristes, de telles ventes ne sont pas valablement conclues dès l’origine, même si l’on renonce à l’usure après la vente ou si l’aléa disparaît. Ils divergent toutefois sur le régime applicable à une telle vente lorsqu’elle a eu lieu, comme nous le verrons dans les dispositions relatives aux ventes invalides.

La vente avec arrhes relève également de ce chapitre. La majorité des savants des grandes cités la tient pour illicite. On rapporte toutefois que certains Successeurs l’ont autorisée, notamment Mujāhid, Ibn Sīrīn, Nāfi‘ ibn al-Hārith et Zayd ibn Aslam.

وَلَا فَرْقَ فِي ذَلِكَ بَيْنَ أَنْ يَكُونَ الرَّهْنُ هُوَ الْمَبِيعُ، أَوْ غَيْرُهُ; وَقِيلَ عَنِ ابْنِ الْقَاسِمِ: لَا يَجُوزُ ذَلِكَ، لِأَنَّهُ شَرْطٌ يَمْنَعُ الْمُبْتَاعَ التَّصَرُّفَ فِي الْمَبِيعِ بِالْمُدَّةِ الْبَعِيدَةِ الَّتِي لَا يَجُوزُ لِلْبَائِعِ اشْتِرَاطُ الْمَنْفَعَةِ فِيهَا، فَوَجَبَ أَنْ يَمْنَعَ صِحَّةَ الْبَيْعِ، وَلِذَلِكَ قَالَ ابْنُ الْمَوَّازِ: إِنَّهُ جَائِزٌ فِي الْأَمَدِ الْقَصِيرِ. وَمِنَ الْمَسْمُوعِ فِي هَذَا الْبَابِ «نَهْيُهُ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَنْ بَيْعٍ وَسَلَفٍ» اتَّفَقَ الْفُقَهَاءُ عَلَى أَنَّهُ مِنَ الْبُيُوعِ الْفَاسِدَةِ. وَاخْتَلَفُوا إِذَا تَرَكَ الشَّرْطَ قَبْلَ الْقَبْضِ، فَمَنَعَهُ أَبُو حَنِيفَةَ، وَالشَّافِعِيُّ، وَسَائِرُ الْعُلَمَاءِ، وَأَجَازَ مَالِكٌ، وَأَصْحَابُهُ إِلَّا مُحَمَّدَ بْنَ عَبْدِ الْحَكَمِ، وَقَدْ رُوِيَ عَنْ مَالِكٍ مِثْلُ قَوْلِ الْجُمْهُورِ; وَحُجَّةُ الْجُمْهُورِ أَنَّ النَّهْيَ يَتَضَمَّنُ فَسَادَ الْمَنْهِيِّ عَنْهُ مَعَ أَنَّ الثَّمَنَ يَكُونُ فِي الْمَبِيعِ مَجْهُولًا لِاقْتِرَانِ السَّلَفِ بِهِ. وَقَدْ رُوِيَ أَنَّ مُحَمَّدَ بْنَ أَحْمَدَ بْنِ سَهْلٍ الْبَرْمَكِيَّ سَأَلَ عَنْ هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ إِسْمَاعِيلَ بْنَ إِسْحَاقَ الْمَالِكِيَّ، فَقَالَ لَهُ: مَا الْفَرْقُ بَيْنَ السَّلَفِ وَالْبَيْعِ، وَبَيْنَ رَجُلٍ بَاعَ غُلَامًا بِمِائَةِ دِينَارٍ وَزِقِّ خَمْرٍ فَلَمَّا عَقَدَ الْبَيْعَ قَالَ: أَنَا أَدَعُ الزِّقَّ، قَالَ: وَهَذَا الْبَيْعُ مَفْسُوخٌ عِنْدَ الْعُلَمَاءِ بِإِجْمَاعٍ، فَأَجَابَ إِسْمَاعِيلُ عَنْ هَذَا بِجَوَابٍ لَا تَقُومُ بِهِ حُجَّةٌ، وَهُوَ أَنْ قَالَ لَهُ: الْفَرْقُ بَيْنَهُمَا أَنَّ مُشْتَرِطَ السَّلَفِ هُوَ مُخَيَّرٌ فِي تَرْكِهِ، أَوْ عَدَمِ تَرْكِهِ، وَلَيْسَ كَذَلِكَ مَسْأَلَةُ زِقِّ الْخَمْرِ، وَهَذَا الْجَوَابُ هُوَ نَفْسُ الشَّيْءِ الَّذِي طُولِبَ فِيهِ بِالْفَرْقِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ يُقَالُ لَهُ: لِمَ كَانَ هُنَا مُخَيَّرًا، وَلَمْ يَكُنْ هُنَالِكَ مُخَيَّرًا فِي أَنْ يَتْرُكَ الزِّقَّ، وَيَصِحَّ الْبَيْعُ؟ وَالْأَشْبَهُ أَنْ يُقَالَ: إِنَّ التَّحْرِيمَ هَاهُنَا لَمْ يَكُنْ لِشَيْءٍ مُحَرَّمٍ بِعَيْنِهِ وَهُوَ السَّلَفُ، لِأَنَّ السَّلَفَ مُبَاحٌ، وَإِنَّمَا وَقَعَ التَّحْرِيمُ مِنْ أَجْلِ الِاقْتِرَانِ (أَعْنِي: اقْتِرَانَ الْبَيْعِ بِهِ) ، وَكَذَلِكَ الْبَيْعُ فِي نَفْسِهِ جَائِزٌ، وَإِنَّمَا امْتُنِعَ مِنْ قِبَلِ اقْتِرَانِ الشَّرْطِ بِهِ، وَهُنَالِكَ إِنَّمَا امْتَنَعَ الْبَيْعُ مِنْ أَجْلِ اقْتِرَانِ شَيْءٍ مُحَرَّمٍ لِعَيْنِهِ بِهِ، لَا أَنَّهُ شَيْءٌ مُحَرَّمٌ مِنْ قِبَلِ الشَّرْطِ. وَنُكْتَةُ الْمَسْأَلَةِ هَلْ إِذَا لَحِقَ الْفَسَادُ بِالْبَيْعِ مِنْ قِبَلِ الشَّرْطِ يَرْتَفِعُ الْفَسَادُ إِذَا ارْتَفَعَ الشَّرْطُ أَمْ لَا يَرْتَفِعُ، كَمَا لَا يَرْتَفِعُ الْفَسَادُ اللَّاحِقُ لِلْبَيْعِ الْحَلَالِ مِنْ أَجْلِ اقْتِرَانِ الْمُحَرَّمِ الْعَيْنِ بِهِ؟ وَهَذَا أَيْضًا يَنْبَنِي عَلَى أَصْلٍ آخَرَ هُوَ هَلْ هَذَا الْفَسَادُ حُكْمِيٌّ، أَوْ مَعْقُولٌ؟ فَإِنْ قُلْنَا: حُكْمِيٌّ لَمْ يَرْتَفِعْ بِارْتِفَاعِ الشَّرْطِ، وَإِنْ قُلْنَا: مَعْقُولٌ ارْتَفَعَ بِارْتِفَاعِ الشَّرْطِ; فَمَالِكٌ رَآهُ مَعْقُولًا، وَالْجُمْهُورُ رَأَوْهُ غَيْرَ مَعْقُولٍ، وَالْفَسَادُ الَّذِي يُوجَدُ فِي بُيُوعِ الرِّبَا وَالْغَرَرِ هُوَ أَكْثَرُ ذَلِكَ حُكْمِيٌّ، وَلِذَلِكَ لَيْسَ يَنْعَقِدُ عِنْدَهُمْ أَصْلًا، وَإِنْ تَرَكَ الرِّبَا بَعْدَ الْبَيْعِ، أَوِ ارْتَفَعَ الْغَرَرُ. وَاخْتَلَفُوا فِي حُكْمِهِ إِذَا وَقَعَ عَلَى مَا سَيَأْتِي فِي أَحْكَامِ الْبُيُوعِ الْفَاسِدَةِ. وَمِنْ هَذَا الْبَابِ بَيْعُ الْعُرْبَانِ: فَجُمْهُورُ عُلَمَاءِ الْأَمْصَارِ عَلَى أَنَّهُ غَيْرُ جَائِزٍ; وَحُكِيَ عَنْ قَوْمٍ مِنَ التَّابِعِينَ أَنَّهُمْ أَجَازُوهُ، مِنْهُمْ مُجَاهِدٌ، وَابْنُ سِيرِينَ، وَنَافِعُ بْنُ الْحَارِثِ، وَزَيْدُ بْنُ أَسْلَمَ،

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