au sens propre est préférable à le comprendre au sens figuré. On pourrait penser que le verset comporte un élément imposant une inversion dans l’ordre des termes : le comprendre dans l’ordre où il se présente reviendrait à considérer la maladie et le voyage comme deux causes d’impureté rituelle. Mais cette inversion n’est pas nécessaire si l’on donne ici à « ou » le sens de « et ». Cet usage existe dans la langue arabe, comme dans ce vers :
« Il revenait au même de ne pas y faire paître leurs troupeaux
ou de les y mener, les terres fangeuses ayant pris couleur de poussière. »
En effet, on dit bien : « Zayd et ‘Amr se valent. » Voilà donc l’une des raisons de la divergence sur cette question.
Quant à leurs doutes concernant les traditions rapportées à ce sujet, ils ressortent clairement du récit suivant, rapporté par al-Bukhārī et Muslim :
« Un homme vint trouver ‘Umar — qu’Allah l’agrée — et lui dit : “Je me suis trouvé en état d’impureté majeure et je n’ai pas trouvé d’eau.” Il lui répondit : “Ne prie pas.” ‘Ammār intervint : “Ne te souviens-tu pas, ô Commandeur des croyants, lorsque nous étions, toi et moi, dans un détachement militaire ? Nous nous étions trouvés en état d’impureté majeure sans trouver d’eau. Toi, tu n’avais pas prié ; moi, je m’étais roulé dans la terre, puis j’avais prié. Le Prophète — qu’Allah lui accorde la bénédiction et la paix — avait alors dit : ‘Il t’aurait suffi de frapper le sol de tes deux mains, de souffler dessus, puis de les passer sur ton visage et tes mains.’” ‘Umar lui dit : “Crains Allah, ô ‘Ammār !” Celui-ci répondit : “Si tu le souhaites, je ne rapporterai plus ce récit.” »
Selon certaines versions, « ‘Umar lui dit : “Nous te laissons la responsabilité de ce que tu as pris sur toi de rapporter.” »
Muslim rapporte également, d’après Shaqīq :
« J’étais assis avec ‘Abd Allah ibn Mas‘ūd et Abū Mūsā. Abū Mūsā demanda : “Ô Abū ‘Abd al-Rahmān, si un homme se trouvait en état d’impureté majeure et ne trouvait pas d’eau pendant un mois, comment devrait-il faire pour la prière ?” ‘Abd Allah répondit à Abū Mūsā : “Il ne doit pas accomplir les ablutions sèches, même s’il ne trouve pas d’eau pendant un mois.” Abū Mūsā reprit : “Que fais-tu donc de ce verset de la sourate La Table servie :
‘Si vous ne trouvez pas d’eau, recourez à une terre pure pour les ablutions sèches’
[Les Femmes : 43] ?”
‘Abd Allah répondit : “Si on leur accordait cette permission en vertu de ce verset, ils ne tarderaient pas à recourir à la terre pour les ablutions sèches dès qu’ils trouveraient l’eau trop froide.” Abū Mūsā demanda alors à ‘Abd Allah : “N’as-tu pas entendu les propos de ‘Ammār ?” Il lui rappela le hadith précédent. ‘Abd Allah lui répondit : “N’as-tu pas vu que ‘Umar n’avait pas été convaincu par les propos de ‘Ammār ?” »
Cependant, la majorité des savants a considéré que cette permission était bien établie par les hadiths de ‘Ammār et de ‘Imrān ibn al-Husayn, tous deux rapportés par al-Bukhārī, et que l’oubli de ‘Umar ne remettait pas en cause l’obligation de se conformer au hadith de ‘Ammār. Ils ont également invoqué, pour établir la permission des ablutions sèches à la personne en état d’impureté majeure et à la femme ayant ses règles, la portée générale de cette parole du Prophète — qu’Allah lui accorde la bénédiction et la paix :
« La terre m’a été donnée comme lieu de prière et comme moyen de purification. »