soumis aux règles de l’usure contre ce dont il est issu), comme l’échange d’huile contre des olives. Nous reviendrons sur ce principe, que les juristes désignent par le terme de muzābana. Celle-ci relève de l’usure sous un rapport et de l’aléa contractuel sous un autre. En effet, lorsqu’elle porte sur des biens soumis aux règles de l’usure, elle est interdite tant en raison de l’usure que de l’aléa ; lorsqu’elle porte sur d’autres biens, elle n’est interdite qu’en raison de l’aléa, qui tient à l’ignorance de ce que l’on tirera du produit d’origine.
Question — Relève également de ce domaine leur divergence sur l’échange de farine contre du blé en quantités égales. L’avis le plus connu de Mālik l’autorise ; c’est celui qu’il exprime dans son Muwatta’. On rapporte également de lui qu’il l’interdit : tel est aussi l’avis d’al-Shāfi‘ī, d’Abū Hanīfa et d’Ibn al-Mājishūn, parmi les disciples de Mālik. Certains disciples de Mālik ont toutefois déclaré qu’il ne s’agissait pas de deux avis divergents de sa part : la transmission qui l’interdit concerne le cas où l’égalité est appréciée selon le volume, car le volume de la denrée change lorsqu’elle est réduite en farine ; celle qui l’autorise concerne le cas où l’on se fonde sur le poids. Quant à Abū Hanīfa, son interdiction tient à ce que l’un des deux produits se mesure en volume et l’autre au poids. Mālik retient la mesure en volume ou le poids pour les biens que l’on a coutume de mesurer ou de peser, et le nombre d’unités pour ceux que l’on ne mesure ni ne pèse.
Ils divergent également, dans ce domaine, sur les produits transformés dont la matière première est soumise à l’interdiction de l’usure, comme dans l’échange de pain contre du pain. Selon Abū Hanīfa, rien ne s’oppose à cet échange, en quantités égales ou inégales, car la transformation a fait sortir le produit de la catégorie soumise aux règles de l’usure. Selon al-Shāfi‘ī, l’échange n’est pas permis en quantités égales, et à plus forte raison en quantités inégales, car la transformation a modifié le produit au point de rendre inconnues les quantités sur lesquelles doit porter l’égalité. Quant à Mālik, son avis le plus connu autorise l’échange de pain contre du pain en quantités égales. Il a également été dit que cet échange était permis en quantités égales comme inégales. Quant à l’échange de pâte contre de la pâte, il l’autorise à condition que les quantités soient égales.
Cette divergence tient à deux questions : la transformation fait-elle sortir le produit de la catégorie des biens soumis aux règles de l’usure ? Si elle ne l’en fait pas sortir, peut-on ou non établir l’égalité des quantités ? Abū Hanīfa considère qu’elle l’en fait sortir, tandis que Mālik et al-Shāfi‘ī estiment le contraire. Ils divergent toutefois sur la possibilité d’établir cette égalité dans les deux cas. Mālik admettait ainsi que l’égalité des quantités de pain et de viande soit appréciée par une simple estimation, et à plus forte raison par la pesée.
En revanche, lorsque l’un des deux biens soumis aux règles de l’usure n’a subi aucune transformation, tandis que l’autre a été transformé, Mālik considère, dans de nombreux cas, que la transformation fait changer le produit de catégorie (je veux dire : que les deux produits ne constituent plus une seule et même catégorie). Il autorise alors leur échange en quantités inégales. Dans d’autres cas, il ne considère pas qu’il en soit ainsi. Il est difficile de dégager précisément les distinctions de sa doctrine sur ce point : selon lui, la viande rôtie et la viande cuite en marmite appartiennent à une seule catégorie, tandis que le blé grillé et le blé non grillé constituent deux catégories distinctes. Ses disciples ont tenté d’expliciter ces distinctions. Toutefois, ce qui ressort de sa doctrine, c’est qu’il n’a pas formulé sur ce point de règle générale à laquelle puissent se ramener ses différents avis. Al-Bājī a tenté de les ramener à une telle règle dans al-Muntaqā.
Il est également difficile de délimiter les utilités qui justifient, selon lui, de réunir certains biens échangés dans une même catégorie, et de les distinguer de celles qui ne le justifient pas (je veux dire : pour les animaux, les biens mobiliers et les végétaux). Cette difficulté vient de ce que, lorsqu’un homme est interrogé sur des choses semblables à