Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

[Livre du deuil]

Les musulmans s’accordent, à la seule exception d’al-Hasan, sur l’obligation du deuil pour les femmes libres musulmanes durant le délai de viduité consécutif au décès de leur mari. Ils divergent au sujet des autres catégories d’épouses, des délais de viduité autres que celui du veuvage, ainsi que de ce dont la femme en deuil doit ou non s’abstenir.

Mālik déclare que le deuil incombe à la musulmane comme à la femme des gens du Livre, à la mineure comme à la femme adulte. En revanche, selon lui, l’esclave dont le maître décède n’est pas tenue au deuil, qu’elle ait eu ou non un enfant de lui. Les juristes des grandes cités partagent cet avis. Concernant la femme des gens du Livre, Ibn Nāfi‘ et Ashhab s’écartent de l’opinion communément rapportée de Mālik, tout en lui attribuant eux-mêmes leur avis. Al-Shāfi‘ī partage cette position, à savoir que le deuil n’incombe pas à la femme des gens du Livre. Abū Hanīfa considère que ni la mineure ni la femme des gens du Livre ne sont tenues au deuil. Certains estiment que l’esclave mariée n’y est pas tenue non plus ; cet avis a également été rapporté d’Abū Hanīfa. Telles sont leurs divergences bien connues quant aux catégories d’épouses auxquelles le deuil incombe ou non.

Quant à leurs divergences concernant les délais de viduité, Mālik considère que le deuil ne s’impose que durant celui qui suit le décès du mari. Abū Hanīfa et al-Thawrī le jugent également obligatoire durant le délai de viduité consécutif à une répudiation irrévocable. Al-Shāfi‘ī, pour sa part, le recommande à la femme répudiée sans le lui imposer.

Le troisième point concerne ce dont la femme en deuil doit ou non s’abstenir. Selon les juristes, elle doit, de manière générale, renoncer aux parures qui attirent les hommes vers les femmes : les bijoux, le khôl — sauf celui qui n’a pas d’effet embellissant — et les vêtements teints, à l’exception du noir. Mālik ne réprouve en effet pas qu’elle porte du noir. Tous autorisent le khôl en cas de nécessité. Certains exigent toutefois qu’il n’ait pas d’effet embellissant, tandis que d’autres ne posent pas cette condition ; d’autres encore exigent qu’il soit appliqué la nuit, et non le jour. Dans l’ensemble, les avis des juristes sont proches quant à ce que la femme en deuil doit éviter : tout ce qui, de manière générale, suscite l’attirance des hommes envers les femmes.

Si la majorité considère le deuil comme obligatoire dans son principe, c’est en raison de la Sunna établie à ce sujet d’après le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Parmi ces textes figure le hadith d’Umm Salama, épouse du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Une femme vint trouver le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : “Ô Messager d’Allah, le mari de ma fille est décédé et elle souffre des yeux. Peut-elle y appliquer du khôl ?” Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : “Non”, deux ou trois fois, lui disant chaque fois : “Non.” Puis il ajouta : “Ce ne sont que quatre mois et dix jours ! Or, autrefois, l’une d’entre vous jetait une crotte au terme d’une année.” »

Abū Muhammad a dit : « C’est donc sur ce hadith qu’il faut s’appuyer pour soutenir le caractère obligatoire du deuil. »

[كِتَابُ الْإِحْدَادِ] ِ أَجْمَعَ الْمُسْلِمُونَ عَلَى أَنَّ الْإِحْدَادَ وَاجِبٌ عَلَى النِّسَاءِ الْحَرَائِرِ الْمُسْلِمَاتِ فِي عِدَّةِ الْوَفَاةِ إِلَّا الْحَسَنَ وَحْدَهُ. وَاخْتَلَفُوا فِيمَا سِوَى ذَلِكَ مِنَ الزَّوْجَاتِ وَفِيمَا سِوَى عِدَّةِ الْوَفَاةِ، وَفِيمَا تَمْتَنِعُ الْحَادَّةُ مِنْهُ مِمَّا لَا تَمْتَنِعُ، فَقَالَ مَالِكٌ: الْإِحْدَادُ عَلَى الْمُسْلِمَةِ، وَالْكِتَابِيَّةِ وَالصَّغِيرَةِ، وَالْكَبِيرَةِ. وَأَمَّا الْأَمَةُ يَمُوتُ عَنْهَا سَيِّدُهَا سَوَاءٌ أَكَانَتْ أُمَّ وَلَدٍ أَوْ لَمْ تَكُنْ فَلَا إِحْدَادَ عَلَيْهَا عِنْدَهُ، وَبِهِ قَالَ فُقَهَاءُ الْأَمْصَارِ، وَخَالَفَ قَوْلَ مَالِكٍ الْمَشْهُورَ فِي الْكِتَابِيَّةِ ابْنُ نَافِعٍ وَأَشْهَبُ، وَرَوَيَاهُ عَنْ مَالِكٍ، وَبِهِ قَالَ الشَّافِعِيُّ (أَعْنِي: أَنَّهُ لَا إِحْدَادَ عَلَى الْكِتَابِيَّةِ) ; وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لَيْسَ عَلَى الصَّغِيرَةِ، وَلَا عَلَى الْكِتَابِيَّةِ إِحْدَادٌ ; وَقَالَ قَوْمٌ: لَيْسَ عَلَى الْأَمَةِ الْمُزَوَّجَةِ إِحْدَادٌ، وَقَدْ حُكِيَ ذَلِكَ عَنْ أَبِي حَنِيفَةَ، فَهَذَا هُوَ اخْتِلَافُهُمُ الْمَشْهُورُ فِيمَنْ عَلَيْهِ إِحْدَادٌ مِنْ أَصْنَافِ الزَّوْجَاتِ مِمَّنْ لَيْسَ عَلَيْهِ إِحْدَادٌ. وَأَمَّا اخْتِلَافُهُمْ مِنْ قِبَلِ الْعَدَدِ فَإِنَّ مَالِكًا قَالَ: لَا إِحْدَادَ إِلَّا فِي عِدَّةِ الْوَفَاةِ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَالثَّوْرِيُّ: الْإِحْدَادُ فِي الْعِدَّةِ مِنَ الطَّلَاقِ الْبَائِنِ وَاجِبٌ ; وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَاسْتَحْسَنَهُ لِلْمُطَلَّقَةِ، وَلَمْ يُوجِبْهُ. وَأَمَّا الْفَصْلُ الثَّالِثُ وَهُوَ مَا تَمْتَنِعُ الْحَادَّةُ مِنْهُ مِمَّا لَا تَمْتَنِعُ عَنْهُ، فَإِنَّهَا تَمْتَنِعُ عِنْدَ الْفُقَهَاءِ بِالْجُمْلَةِ مِنَ الزِّينَةِ الدَّاعِيَةِ لِلرِّجَالِ إِلَى النِّسَاءِ، وَذَلِكَ كَالْحُلِيِّ وَالْكُحْلِ إِلَّا مَا لَمْ تَكُنْ فِيهِ زِينَةٌ وَلِبَاسُ الثِّيَابِ الْمَصْبُوغَةِ إِلَّا السَّوَادَ، فَإِنَّهُ لَمْ يَكْرَهْ مَالِكٌ لَهَا لُبْسَ السَّوَادِ، وَرَخَّصَ كُلُّهُمْ فِي الْكُحْلِ عِنْدَ الضَّرُورَةِ، فَبَعْضُهُمُ اشْتَرَطَ فِيهِ مَا لَمْ يَكُنْ فِيهِ زِينَةٌ، وَبَعْضُهُمْ لَمْ يَشْتَرِطْهُ، وَبَعْضُهُمُ اشْتَرَطَ جَعْلَهُ بِاللَّيْلِ دُونَ النَّهَارِ. وَبِالْجُمْلَةِ فَأَقَاوِيلُ الْفُقَهَاءِ فِيمَا تَجْتَنِبُ الْحَادَّةُ مُتَقَارِبَةٌ، وَذَلِكَ مَا يُحَرِّكُ الرِّجَالَ بِالْجُمْلَةِ إِلَيْهِنَّ. وَإِنَّمَا صَارَ الْجُمْهُورُ لِإِيجَابِ الْإِحْدَادِ فِي الْجُمْلَةِ لِثُبُوتِ السُّنَّةِ بِذَلِكَ عَنْ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَمِنْهَا حَدِيثُ أُمِّ سَلَمَةَ زَوْجِ النَّبِيِّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «أَنَّ امْرَأَةً جَاءَتْ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَقَالَتْ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، إِنَّ ابْنَتِي تُوُفِّيَ عَنْهَا زَوْجُهَا، وَقَدِ اشْتَكَتْ عَيْنَيْهَا أَفَتَكْتَحِلُهُمَا؟ فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: " لَا " ، مَرَّتَيْنِ، أَوْ ثَلَاثًا، كُلُّ ذَلِكَ يَقُولُ لَهَا: " لَا " ، ثُمَّ قَالَ: " إِنَّمَا هِيَ أَرْبَعَةُ أَشْهُرٍ وَعَشْرٌ، وَقَدْ كَانَتْ إِحْدَاكُنَّ تَرْمِي بِالْبَعْرَةِ عَلَى رَأْسِ الْحَوْلِ» ، وَقَالَ أَبُو مُحَمَّدٍ: فَعَلَى هَذَا الْحَدِيثِ يَجِبُ التَّعْوِيلُ عَلَى الْقَوْلِ بِإِيجَابِ الْإِحْدَادِ.

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